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À 378 km/h sur le circuit de Bakou? Vous n'êtes pas sérieux...

Lewis Hamilton

Lewis Hamilton

Photo : Getty Images / ANDREJ ISAKOVIC

Prenez note que cet article publié en 2016 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

BILLET - La communauté F1 a été surprise par les vitesses atteintes dans la longue ligne droite de 2 km du circuit de Bakou, en Azerbaïdjan. Elle doit en tirer les leçons.

Un texte de Philippe CrépeauTwitterCourriel

Si les appareils de mesures télémétriques de l’équipe Williams ont bien fait leur travail, Valtteri Bottas a roulé à 378 km/h durant la séance de qualification.

La FIA et le concepteur du circuit, Herman Tilke, ont été surpris par la vitesse enregistrée par le pilote finlandais.

Ils n’avaient pas obtenu de tels chiffres dans leurs simulations informatiques, et pensaient que les voitures rouleraient à 340 km/h sur la ligne droite de 2,2 km, qui permet au moteur d’être à plein régime pendant 23 secondes.

La F1 n'a pas besoin de faire rouler ses bolides à ces vitesses-là sur un circuit urbain.

À titre de comparaison, la vitesse maximale atteinte sur l'anneau d'Indianapolis, royaume de la vitesse, est de 382,816 km/h (239,26 mph). Cadeau du Néerlandais Arie Luyendyk lors des essais libres du Indy 500, le 10 mai 1996.

Valtteri Bottas à BakouAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Valtteri Bottas à Bakou

Photo : Getty Images / Charles Coates

En 2015, Sebastian Vettel avait enregistré la vitesse la plus rapide de la saison sur le circuit de Mexico, où l’altitude permet aux moteurs de mieux respirer. Il avait roulé à 366 km/h.

L’ancien record toutes pistes confondues était de 372,6 km/h, réalisé par Juan Pablo Montoya dans la McLaren en 2005 lors du Grand Prix d’Italie à Monza.

Rouler à 378 km/h sur le circuit de Bakou, c’est prendre des risques inutiles.

Le circuit est étroit, entouré de murs de béton et d’immeubles. La largeur de la piste dans la longue ligne droite des puits est de 13 mètres. À Indianapolis, la largeur de la piste à la ligne de départ/arrivée est de 19,4 m.

Si un pilote décollait en touchant une autre voiture dans la ligne droite du circuit de Bakou, sa voiture ne résisterait pas au choc, et pourrait se désintégrer dans les grillages de sécurité.

Ce qu’avait évité de justesse l'Australien Mark Webber en 2010, quand sa Red Bull avait décollé dans une portion rapide du circuit urbain de Valence, construit en bord de mer, dans le port.

Une bonne étoile veillait sur lui ce jour-là. Son vol plané avait fait peur à tout le monde, et il roulait à « seulement » 304 km/h…

Le site était magnifique, mais la course, présentée sous le nom de Grand Prix d'Europe, a disparu du calendrier après cinq ans. 

Le règlement de la FIA stipule que tout nouveau circuit permanent doit avoir un minimum de 12 mètres de largeur, plus 3 mètres dans la ligne droite (à la ligne de départ/arrivée).

Le circuit de Bakou étant un circuit temporaire, il n’a pas à respecter ce règlement, mais le danger se fiche de savoir si le circuit est permanent et temporaire. Il s’installe là où l’homme relâche sa vigilance.

C’est clairement le cas dans la ligne droite du circuit de Bakou.

Les décideurs de la F1 n’imaginaient pas qu’une F1 allait rouler à 378 km/h, mais c’est leur boulot de prévoir ces choses-là.

Ils ont dû pousser un soupir de soulagement quand le drapeau à damier a mis fin à la course.

Je fais la prédiction suivante : il y a aura une chicane dans la longue ligne droite avant la ligne de départ/arrivée l’an prochain à Bakou pour baisser la vitesse de pointe.

Surtout que la nouvelle réglementation technique pour 2017 (pneus plus larges, aileron arrière plus bas, plus large) permettra aux pilotes d’aller encore plus vite, jusqu’à 5 secondes au tour, selon la FIA.

Il est des circuits ayant des « droits acquis », comme le circuit de Monza ou de Spa-Francorchamps où la vitesse est vertigineuse. Ce sont des circuits mythiques que la FIA hésite à modifier.

Sebastian Vettel dans le Raidillon à SpaAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Sebastian Vettel dans le Raidillon à Spa

Photo : Getty Images / Paul Gilham

Que serait Spa sans l’enchaînement Eau rouge/Raidillon où les pilotes jouent les équilibristes à plus de 200 km/h ?

« Vous enlevez Eau rouge et vous retirez la raison pour laquelle je fais ce métier », avait dit Ayrton Senna en 1993.

Si Spa est un des temples du sport automobile européen comme l’est Indianapolis aux États-Unis, Bakou est le dernier né du championnat de F1, sans passé ni gloire dans un pays où la F1 doit trouver sa place.

Je ne suis pas certain que la F1 soit mise en valeur sur les circuits urbains. L'IndyCar et la formule E en ont déjà fait leurs décors. Mais c'est un autre débat... 

Les organisateurs et M. Ecclestone devront tirer les leçons de ce premier exercice. Avec notamment les commentaires de l’ancien champion du monde Alain Prost: les caméras étaient mal placées, et n'ont pas mis en valeur les qualités du circuit.

À revoir pour la deuxième édition. Heureusement, le virage no 8 a tenu ses promesses, surtout après la faute de jugement de Lewis Hamilton qui l’a éloigné de la pole position dans la troisième partie de la séance de qualification.

Felipe Massa et Lewis Hamilton en TurquieAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Felipe Massa et Lewis Hamilton en Turquie

Photo : Getty Images / BERTRAND GUAY

Mais un virage n’assure pas l’avenir d’un Grand Prix. Parlez-en au circuit permanent d’Istanbul (à 40 km de la ville), dont le virage no 8, à quatre points de corde a fait la renommée, mais qui n’a pas réussi à retenir la F1 qui l’a déserté après sept ans.

Bernie Ecclestone sait que Bakou doit trouver son public, et par prudence l'a inscrit au calendrier sous le nom de Grand Prix d’Europe. Tout comme il l'avait fait pour Valence.

Le Grand Prix d'Europe a déjà été présenté sur six circuits depuis son arrivée au calendrier en 1983.

La FIA devra apporter en 2017 des changements au tracé du circuit urbain de Bakou. Les vitesses enregistrées en 2016 (et prévues en 2017) ne lui laissent pas le choix, afin d’assurer la pérennité de l’événement (dans le cadre du contrat de 5 ans, renouvelable pour 5 ans).

Si la vente de billets ne s’améliore pas en 2017 (18 500 billets imprimés pour la course de 2016, pas tous vendus), la course de Bakou disparaîtra aussi vite qu’ont disparu les Grands Prix en Inde (après 3 ans) et en Corée du Sud (après 4 ans).

Le Grand Prix d’Europe lui ne mourra pas, et renaîtra ailleurs…

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