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Où en sont les droits des homosexuels dans le monde? La réponse en carte

Radio-Canada

Comme le montre la fusillade dans une discothèque gaie à Orlando, l'homophobie est encore bien vivante, même en Amérique du Nord. Pour atteindre l'égalité, il y a encore beaucoup de travail à faire, y compris de la part des États, dont certains sont encore très réticents à reconnaître des droits aux gaies et aux lesbiennes. Pourquoi? Décryptage.

Un texte de Ximena Sampson Courriel

Bien des progrès ont été accomplis au cours des dernières décennies. L'homosexualité est aujourd'hui légale dans la majorité des États du monde. Un nombre important d'entre eux ont également adopté des lois interdisant différentes sortes de discrimination.

Les droits des homosexuels selon le pays et les peines qui les guettent là où l'homosexualité est illégale.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les droits des homosexuels selon le pays et les peines qui les guettent là où l'homosexualité est illégale.

Photo : Radio-Canada / Carto

La version originale de ce document a été modifiée. Pour des raisons techniques, la version interactive de la carte n'est plus disponible.

Cependant, dans certaines régions du monde des problèmes perdurent. Dans six États d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient, l'homosexualité est encore punie par la peine de mort. Dans d'autres pays africains, il faut plutôt s'attendre à de lourdes peines de prison, voire à de la prison à vie.

Comment l'expliquer? C'est en grande partie le résultat de l'héritage colonial de ces pays, croit Stephen Brown, professeur à l'École d'études politiques de l'Université d'Ottawa. « C'est surtout le colonialisme britannique qui a imposé des lois de l'ère victorienne contre la sodomie », explique-t-il.

« Ce sont ces lois, qui sont toujours en vigueur dans des pays d'Afrique anglophones, en Inde et ailleurs, qui font qu'il y a une criminalisation de l'homosexualité ou, du moins, de l'homosexualité masculine. »

Pourtant, cette criminalisation implique un oubli complet de leur propre histoire, soutient Stephen Brown, dans la mesure où, souvent les minorités sexuelles étaient bien acceptées dans la société avant l'arrivée des colonisateurs et des missionnaires.

Ils vont dire que l'homosexualité a été importée, mais on devrait plutôt dire que c'est l'homophobie qui a été importée.

Stephen Brown, professeur à l'École d'études politiques de l'Université d'Ottawa

Un désir d'affirmation

Une plus grande répression correspond aussi à un désir de s'affirmer face à l'Occident, croit Line Chamberland, professeure au département de sexologie de l'Université du Québec à Montréal (UQAM) et titulaire de la Chaire de recherche sur l'homophobie.

C'est le cas, notamment, du groupe armé État islamique, en Syrie et en Irak, qui exécute les homosexuels « pour mieux clamer sa haine des autres civilisations », mais aussi en Russie, où la communauté gaie a vécu d'importants reculs au cours des dernières années, notamment avec l'adoption de la loi interdisant de faire la propagande de l'homosexualité, en 2013.

Un homme est arrêté par deux policiersAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des policiers anti-émeute arrêtent un activiste LGBT lors d’un rassemblement non autorisé pour les droits des gais au centre-ville de Moscou, le 30 mai 2015.

Photo : Getty Images / DMITRY SEREBRYAKOV

Cela s'explique par la volonté affichée par le président russe, Vladimir Poutine, d'affirmer la supériorité de la puissance russe. « On va décrier les mœurs des Européens et l'homosexualité comme une importation européenne », soutient Line Chamberland. « L'homosexuel devient une figure de repoussoir associée à l'Europe. »

C'est également le cas dans d'autres pays de l'ancien espace soviétique. En Europe, ce sont justement les pays de l'Est qui sont le plus réticents à reconnaître des droits aux homosexuels.

L'homosexualité est instrumentalisée. Elle devient un enjeu politique.

Line Chamberland, professeure au département de sexologie de l'UQAM et titulaire de la Chaire de recherche sur l'homophobie

En Afrique, c'est un peu la même raison qui pousse les autorités à encourager la répression de l'homosexualité, pour « se démarquer en rejetant la démocratie à l'occidentale, y compris les droits qui vont avec, comme ceux des LGBT », croit Stephen Brown.

« Le cas extrême est celui du Zimbabwe », souligne-t-il. « [C'est un pays[ où l'on en fait une question de fierté nationaliste avec un discours qui dit : " Nous, on n'est pas comme les Occidentaux, qui sont décadents et qui ont des politiciens et des ministres qui peuvent être gais. Chez nous, ce n'est pas normal, ce n'est pas Africain." »

Mais tout cela contredit l'histoire de ce pays, des personnes transgenres font partie de l'histoire de toutes les nations du monde, y compris bon nombre de nations africaines.

Stephen Brown, professeur à l'École d'études politiques de l'Université d'Ottawa

Des améliorations notables

Un couple de lesbiennes s'embrasse à la cathédraleAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Carina Villaroel et Soledad Ortiz lors du baptême de leur fille, Umma Azul Villaroel, à la cathédrale de Cordoba, en Argentine, le 5 avril 2014. La marraine de la petite fille est l’ancienne présidente argentine, Cristina Fernandez de Kirchner. /AFP/Getty Images

Photo : Getty Images / Diego Lima

À l'autre extrémité du spectre, les pays d'Amérique latine sont ceux où l'on a vu le plus d'améliorations pour les minorités sexuelles au cours des dernières années. Dans la plupart des pays de la région, les couples de même sexe bénéficient au moins d'une certaine forme de reconnaissance.

« On a vu un changement culturel fondamental en une génération », soutient Stephen Brown.

Selon M. Brown, ce changement « est en lien avec la démocratisation du continent au cours des dernières décennies et le désir d'aller plus loin dans la reconnaissance des droits. Ce sont des pays qui ont connu beaucoup de violations des droits de la personne et ils souhaitaient prendre une distance avec leur passé autoritaire ».

Les pays anglophones des Caraïbes représentent une exception à cette tendance. Onze anciennes colonies britanniques criminalisent encore l'homosexualité.

Cependant, ce n'est pas parce que les droits sont reconnus sur papier qu'ils le sont également dans la pratique. C'est le cas en Amérique latine, où l'on enregistre un des taux les plus élevés de violence contre les personnes LGBT, tout comme en Afrique du Sud.

Deux militants pour les droits des homosexuels manifestent, dont une qui tient une pancarte qui dit : « Africaine lesbienne et fière de qui je suis! »Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des militants pour les droits des homosexuels participent à un rassemblement marquant la Journée internationale contre l’homophobie et la transphobie à Durban, le 17 mai 2014. Il s’agit, selon ses organisateurs, du plus grand événement de solidarité LGBT dans le monde.

Photo : Getty Images / RAJESH JANTILAL

L'Afrique du Sud est le seul pays du continent à permettre le mariage et l'adoption aux couples de même sexe et la Constitution leur offre des garanties de non-discrimination. Ces avancées sont un résultat direct de la lutte contre l'apartheid, croit Stephen Brown. « On a fait des liens entre race, ethnicité, genre et orientation sexuelle. »

On a compris que s'il était inacceptable de discriminer sur la base de la race, il s'ensuivait qu'il était également inacceptable de discriminer d'autres catégories sociales.

Stephen Brown, professeur à l'École d'études politiques de l'Université d'Ottawa

Dans les faits, il y a pourtant des niveaux très élevés de violence contre les personnes LGBT en Afrique du Sud, notamment des « viols correctifs » contre des lesbiennes.

En fait, la loi devrait être vue comme la première étape de la lutte pour la reconnaissance des droits et non comme la dernière, selon Stephen Brown. « C'est très important d'avoir la protection légale et même constitutionnelle, mais tant qu'il y aura de la violence et de la discrimination contre les personnes LGBT, tant que les ados se feront intimider dans les écoles, tant que les gens sentiront un besoin de cacher leur orientation sexuelle, il y aura encore un travail à faire. »

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