•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Le triomphe en juin de Sept jours en mai

Le spectacle « Sept jours en mai » était présenté au Gésù dans le cadre des FrancoFolies.

Le spectacle « Sept jours en mai » était présenté au Gésù dans le cadre des FrancoFolies.

Photo : Victor Diaz Lamich

Prenez note que cet article publié en 2016 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

L'idée, un peu folle, de réunir sept artistes en vase clos pour créer des chansons en sept jours a mené à un disque. Et puis l'album a mené à un spectacle. Et la tournée dudit spectacle qui a fait escale à Montréal, jeudi, a démontré que les idées les plus audacieuses peuvent se transformer en triomphe.

Philippe Rezzonico

Un texte de Philippe Rezzonico
TwitterCourriel

Quand les organisateurs des FrancoFolies ont annoncé que le spectacle du disque Sept jours en mai allait être présenté deux fois au Gesù, j'étais heureux comme pas un. Pouvait-on rêver d'une salle plus intimiste pour présenter des chansons nées dans une retraite fermée à Valcourt au mois de mai 2015?

Michel Rivard, Luc De Larochellière, Éric Goulet, Mara Tremblay, Gilles Bélanger ainsi que le duo Mountain Daisies (Carl Prévost et Ariane Ouellet) devaient se dire la même chose.

Les sept auteurs-compositeurs et interprètes multi-instrumentistes ont recréé à leur arrivée sur les planches la genèse de Au rythme où vont les choses, quand Rivard, Prévost et Ouellet ont présenté la nouvelle née à leurs collègues.

Du coup, même les spectateurs qui n'étaient pas familiers avec le contexte de création de l'œuvre ont immédiatement été plongés dans l'univers créatif des « deux végétariens, quatre carnivores et une sans gluten », a-t-on appris.

Avec Vincent Carré à la batterie, les membres du collectif à géométrie variable a offert durant deux heures les 14 chansons retenues sur le disque et 10 titres qui ont fait la renommée de certains d'entre eux.

Pour un spectacle qui n'était présenté que pour la cinquième fois, l'unité était assez remarquable, merci.

Cela tient peut-être au fait que tous, sauf De Larochellière, ont un jour ou l'autre été membres d'un groupe ou d'un collectif. Rivard (Beau Dommage), Goulet (Possession Simple, Les Chiens), Mara (Les Maringouins, Les Frères à Ch'val, Les Colocs), Bélanger (12 hommes rapaillés), les Mountain Daisies et Larochellière totalisent 213 années d'écriture et de composition, a révélé le grand Luc.

L'expertise et le talent sautaient d'ailleurs aux yeux et aux oreilles au fur à mesure que le groupe changeait de place et d'instrument, selon la chanson interprétée. On aura ainsi eu droit à trois bassistes (Mara, Goulet, Prévost), deux pianistes-claviéristes (Goulet, Rivard), deux violonistes (Mara, Ariane), un harmoniciste-percussionniste (Bélanger) et six adeptes de toutes les variations de six cordes. Seuls Ariane Ouellet et Vincent Carré n'ont jamais changé d'instrument.

On avait l'impression de voir la version folk rock country d'Arcade Fire...

Possibilités multiples

Cette complémentarité permettait toutes les configurations : chansons interprétées tous ensemble, qui étaient parfois serties d'harmonies à six voix. Titres offerts avec une instrumentation minimaliste, quelques fois chantés en bivouac.

Juste le ciel, avec Goulet au chant, avait un élan indomptable. Cartes postales, qui mettait en vedette « Mamie Mara », était touchante. Quant à Un monde sans abeilles, elle mettait aux prises Mara et Ariane dans un duel de violons pas piqué des vers. Impressionnant, quand on sait que les duos ou trios d'écriture ont été tirés au hasard, tout comme les thèmes créatifs des chansons.

Rivard et Delarochellière ont été ceux qui ont fait les liens les plus étoffés. Ces deux-là content et racontent avec aisance, mais personne n'a été laissé de côté dans cette équipée partagée.

Gilles BélangerAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Gilles Bélanger

Photo : Victor Diaz Lamich

Bélanger a offert l'introduction la plus sympathique quand il a cité son père né en 1900 pour l'inspiration de Plus tu vis vieux, moins t'es mort longtemps. Implacable logique, en effet.

Relectures vivantes

Si les chansons de Sept jours en mai étaient forcément presque à l'identique en regard de leurs versions studio, les succès passés des artistes ont réservé des surprises. Jamais Beau Dommage n'a interprété Le blues de la métropole avec autant de puissance.

Rivard l'a chanté avec quelque chose qui ressemblait à de la hargne. Prévost a livré un pont de guitare électrique totalement rock 'n' roll et Mara a joué de la basse comme si elle était dans un band de métal. Bétonnée, cette version.

En revanche, la relecture et – surtout - les réarrangements musclés de Un trou dans les nuages ont moins bien servi la chanson qui nous faisait planer dans sa version d'origine.

Pour sa part, Éric Goulet a trempé dans le country-folk Comme un cave, qui était d'approche plus rock sur scène il y a 20 ans, du temps de Possession Simple.

Mara Tremblay a vitaminé Le spaghetti à papa plus que jamais et Luc De Larochellière a dynamité Six pieds sur terre qui a été nappée de l'harmonica de Bélanger. Plus d'actualité que jamais, a-t-il noté, cette chanson qui porte sur les salauds et les crétins... Il a toutefois proposé Beauté perdue dans un écrin délicat; sa voix, sa guitare et le violon d'Ariane. Magnifique.

Mara TremblayAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Mara Tremblay

Photo : Victor Diaz Lamich

Même sentiment à l'écoute de Les aurores (Mara) et Mon bel amour (Bélanger, avec les mots de Gaston Miron), quand tout le monde était réuni à l'avant-scène.Un pur ravissement.

Sept jours en mai – le disque et le spectacle -, c'est l'antithèse de la malbouffe musicale, de la musique à numéros et des collaborations forcées pour vendre des exemplaires de disques sur la base du vedettariat. Toutes les chansons ne sont pas de qualité égale, certes.

N'oublions pas que 21 titres ont été composés en une semaine. C'est beaucoup.

Mais toutes ces chansons respirent la liberté, la spontanéité et le goût du risque de cette entreprise décidément pas comme les autres, qui a germé dans la tête d'Éric Goulet. Cela s'est même prolongé après la dernière note de Vu d'ici.

Sous les salves d'applaudissements, les membres du collectif n'ont pas retraité en coulisses côté cour ou jardin, mais ils sont descendus au parterre afin de remonter les marches des allées du Gesù pour sortir de la salle et aller immédiatement s'installer dans le hall pour rencontrer les spectateurs et signer des autographes.

En fait, les artistes étaient à la grande table... avant même que les festivaliers ne soient sortis de la salle. Jamais vu ça. Finalement, c'est un peu comme si les membres de Sept jours en mai avaient invité tout le monde à se réunir autour de la table à Valcourt, où sont nées les chansons qui ont mené à l'un des meilleurs spectacles de musique francophone qui soient.

Sept jours en mai, en supplémentaire aux FrancoFolies de Montréal, le vendredi 17 juin.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !