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L'embourgeoisement dans Hochelaga, le Plateau d'il y a 30 ans

La rue Ontario, dans Hochelaga

Radio-Canada

Messages anticapitalistes, manifestations, occupations de terrains et vandalisme... La bataille contre l'embourgeoisement d'Hochelaga-Maisonneuve a été menée différemment, mais pour la même cause qu'il y a 30 ans dans Le Plateau-Mont-Royal. Retour sur ces épisodes de tensions sociales.

Un texte de Julie MarceauTwitterCourriel

Les images de l'époque rappellent l'ampleur de la protestation contre la conversion des logements en condominiums dans le Plateau : conférences de presse et manifestations pour dénoncer la spéculation immobilière et l'évincement de milliers de locataires. Même les curés ont livré bataille aux spéculateurs.

Tensions liées à l'embourgeoisement, d'hier à aujourd'hui

La nouvelle image de marque d'Hochelaga-Maisonneuve vante la mixité sociale du quartier.

« Tout est question d'équilibre. On est dans un quartier en pleine transformation, il y a des constructions de condos, des constructions de logements sociaux et je crois que l'idéal, c'est de conserver l'équilibre », affirme Jimmy Vigneux, directeur général de la Société de développement commercial (SDC) Hochelaga-Maisonneuve.

Une famille sur cinq gagne 80 000 $ et plus

Une nouvelle étude de la SDC Hochelaga-Maisonneuve confirme l'embourgeoisement. La proportion de familles qui gagnent 80 000 $ et plus par année a doublé dans l'aire de marché de la SDC entre 2010 et 2016. Elle est passée de 10 % à 20 %, soit environ un ménage sur cinq.

Une pancarte où l'on peut lire « Oui au logement social »Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Une pancarte où l'on peut lire « Oui au logement social »

Mais il faudra faire beaucoup plus pour conserver l'équilibre, affirme Émilie Lecavalier, porte-parole du BAILS, le comité de base pour l'action et l'information sur le logement social d'Hochelaga-Maisonneuve.

Il faut 100 unités de condos pour avoir un maigre pourcentage de logements sociaux, donc on est toujours à la remorque du marché privé.

Émilie Lecavalier, porte-parole du comité BAILS
Émilie Lecavalier, porte-parole du comité BAILSAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Émilie Lecavalier, porte-parole du comité BAILS

Mercier–Hochelaga-Maisonneuve est le troisième arrondissement avec le plus de logements sociaux après Ville-Marie et le Sud-Ouest, selon une répartition réalisée en 2014 par la Ville.

« On pourrait se satisfaire du fait qu'on est troisième, mais lorsqu'on regarde les revenus médians, c'est l'un des quartiers où se trouvent le plus de gens à faibles revenus, donc, c'est normal qu'il y ait plus de logements sociaux », ajoute Émilie Lecavalier.

Les données sur la carte sont regroupées par région de tri d'acheminement (ou RTA), c'est-à-dire la zone définie par les trois premiers caractères du code postal. Plus les RTA sont bleues, plus le revenu se situe en dessous de la moyenne montréalaise. Plus elles sont rouges, plus le revenu moyen est au-dessus de la moyenne de la ville.

Des artistes dans un bâtiment désaffecté

D'ici cet automne, des dizaines d'artistes s'installeront dans le 3890-3910, rue Sainte-Catherine Est, un ancien centre local d'emploi converti en ateliers pour artistes. Les membres de l'Atelier Graff, établis depuis 50 ans sur le Plateau, en font partie. Les artistes ont dû se résigner à déménager en raison des prix du Plateau.

Gilles Renaud, directeur général des Ateliers créatifs MontréalAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Gilles Renaud, directeur général des Ateliers créatifs Montréal

« Habituellement, les artistes vont aller dans des friches industrielles, des bâtiments abordables qui sont plus ou moins en bon état, vont les investir, aménager et, tranquillement, il va y avoir un buzz, des cafés, des boutiques... et là, il y a une prise de valeur et ça se retourne contre eux », explique le directeur général des Ateliers créatifs Montréal, Gilles Renaud, qui espère que le paradoxe ne se reproduira pas.

François Saillant, porte-parole du Front d'action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU), qui était de la bataille dans le Plateau, estime quant à lui que tous les espoirs sont encore permis dans l'est de la ville.

Il y a moyen de faire quelque chose contre la gentrification, mais pour faire ça, ça prend des luttes importantes qui forcent les gouvernements à poser des gestes.

François Saillant
François Saillant, porte-parole du FRAPRUAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

François Saillant, porte-parole du FRAPRU

Les vandales antibourgeois dénoncés par des anarchistes

Une dizaine de commerces ont été la cible de vandales depuis le mois de février. À la mi-avril, la tension a monté d'un cran lorsqu'une vingtaine de personnes vêtues de cagoules ont lancé des pièces incendiaires contre des policiers. Un attentat avorté, selon le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), contre un commerce local.

Les comités de logements comme le BAILS et le FRAPRU se dissocient des auteurs de ces actes. Le comité BAILS dit toutefois comprendre la frustration que vivent les vandales. Des anarchistes du quartier ont tenu à souligner que l'idéologie anarchiste ne prône pas la violence et qu'ils dénoncent pour leur part ces gestes.

Le SPVM poursuit son enquête et n'écarte pas la possibilité que les auteurs de ces méfaits soient liés aux actes anti-embourgeoisement commis dans le quartier Saint-Henri.

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Société