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30 ans d'inclusion : un virage bénéfique pour les enfants à besoins spéciaux

Photo : Julie-Anne Lapointe

Radio-Canada

Il y a 30 ans, le Nouveau-Brunswick adoptait une loi qui allait radicalement changer les écoles de la province. En transformant la loi scolaire, la province décidait de regrouper les élèves à besoins spéciaux, les surdoués et les élèves « réguliers » dans une même classe.

Un texte de Julie-Anne LapointeTwitterCourriel

Avec le début de l'intégration, les élèves souffrant d'un handicap se joignent aux élèves de l'école publique. C'est la fin des classes spéciales dans les « écoles ségrégées », comme on les appelait à l'époque.

Jacynthe Soucy, aujourd'hui retraitée, a enseigné pendant 17 ans à l'école pour enfants à besoins spéciaux de Grand-Sault, et une quinzaine d'années par la suite à l'école publique. Elle se souvient des craintes de certains enseignants au moment de la transition vers un système plus inclusif.

« Je me souviens d'avoir fait une session avec les enseignants du district pour leur parler de nos élèves, leurs besoins, et leur montrer que c'étaient des humains comme eux autres », raconte-t-elle.

Le 18 juin 1986, le gouvernement du Nouveau-Brunswick adopte le projet de loi 85, qui élimine la Loi sur l'enseignement spécial.

Dorénavant, tous les élèves seraient regroupés dans le même système scolaire, y compris les élèves à besoins spéciaux qui se trouvaient jusque là isolés des autres enfants.

La peur était aussi présente chez les parents des élèves à besoins spéciaux. « Certains parents avaient peur que leurs enfants soient victimes d'intimidation », souligne l'enseignante à la retraite.

Cette inquiétude existait à l'époque également du côté des parents des enfants qui fréquentaient l'école publique, se souvient Léonard Goguen, coauteur d'un rapport qui allait paver la voie à l'inclusion dans les écoles de la province.

« Plusieurs ont eu peur que maintenant, le temps de l'enseignement soit consacré aux élèves en difficultés, dit-il. Il y a eu des personnes qui ont voulu résister à ces changements », affirme M. Goguen.

Pourtant, ces changements étaient nécessaires, selon lui, pour améliorer le traitement des élèves à besoins spéciaux et pour sensibiliser les enfants aux différences dans la communauté.

Je pense que l'inclusion n'a pas seulement aidé les enfants en difficultés, mais a aidé les autres élèves à voir que tout le monde a le droit de prendre sa place.

Léonard Goguen, coauteur d'un rapport sur la loi sur l’enseignement spécial du Nouveau-Brunswick

Le projet de l'intégration dans les écoles a été inspiré par une tendance internationale qui se dégageait dans les années 80, raconte Léonard Goguen, qui a également été professeur à la Faculté des sciences de l'éducation à l'Université de Moncton.

« Aux États-Unis, on venait de passer une loi pour que toutes les écoles offrent des services aux enfants en difficultés. C'était aussi une tendance nationale, on retrouvait ça en Ontario, en Saskatchewan... Il y avait cette tendance d'offrir les services aux élèves dans le milieu le moins contraignant possible, qui respectait le plus la communauté ou les groupes, au lieu que les enfants soient amenés dans une école spéciale. »

Ce projet d'intégration devrait toutefois se faire, selon ses recommandations de l'époque, en déployant des ressources additionnelles dans le système scolaire.

« Ç'a quand même été difficile à mettre en place, ajoute M. Goguen. Ça impliquait de la formation des enseignants, avoir du personnel de soutien pour aider les enseignants à travailler. Une des choses qu'on avait placée dans notre rapport, c'était le financement assuré. Je pense que ça, ça a eu de la difficulté avec le temps. »

De l'intégration à l'inclusion

Si on parlait dès 1986 d'intégration, ce terme a été remplacé, depuis, par inclusion. On ne cherche plus à intégrer les élèves au système scolaire aujourd'hui, mais plutôt à créer un environnement où les élèves se sentent acceptés malgré leurs différences, qu'elles soient physiques ou intellectuelles.

Daniel SoucyAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Daniel Soucy

Photo : Julie-Anne Lapointe

La fin de l'isolement pour les enfants à besoins spéciaux

L'enseignante à la retraite Jacynthe Soucy dit avoir vu les bienfaits d'un système scolaire inclusif pour l'ensemble des élèves. « C'était bon pour les deux groupes d'enfants, d'apprendre à vivre ensemble », souligne-t-elle.

Mme Soucy en a été témoin à l'école, mais aussi chez elle, puisque son fils atteint du syndrome de Down, Daniel Soucy, a lui-même fréquenté l'école publique quelques années après la mise en place du système inclusif dans la province.

Grâce à l'inclusion, Daniel a été invité à des fêtes d'amis, il a grandi entouré d'une multitude d'enfants, et il a été couronné roi du bal des finissants.

« S'il avait été à l'école ségrégée, je ne pense pas qu'il aurait plus de connaissances qu'aujourd'hui, ce serait peut-être pire, souligne son père Danny Soucy. Aujourd'hui, il a tout ce bagage, ces connaissances-là. Il a fait partie de la communauté de sa naissance jusqu'à aujourd'hui. »

À 24 ans, Daniel Soucy habite chez ses parents. Il travaille à développer des compétences qui pourraient lui être utiles pour trouver un emploi, comme livrer le courrier ou détruire des documents dans une déchiqueteuse.

Ses parents, Danny et Jacynthe, souhaitent qu'il continue à développer son autonomie pour lui permettre de quitter le nid familial.

« La plus grosse inquiétude, c'est qu'il ne soit pas accepté, qu'on ne lui donne pas la chance qu'il devrait avoir », souligne Danny Soucy.

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