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Être végane, dur pour le moral?

Photo : iStock / MilosStankovic

Radio-Canada

Malgré la popularité grandissante du mouvement végane, plusieurs adeptes se sentent ostracisés et trouvent parfois lourd d'être au centre de blagues sur les réseaux sociaux. Et certains vivent mal avec la souffrance des animaux, au point d'en faire des cauchemars et de consulter.

Un texte d'Anne-Marie Provost, de Grand Montréal TwitterCourriel

La détresse psychologique provoque la discussion dans la communauté, dans des livres ou en groupe. Ils ont été plusieurs dizaines à s'entasser au café Venosa, à Montréal, pour écouter mardi soir dernier la conférence d'Anne-Sophie Cardinal, « Qu'en est-il du bien-être psychologique des véganes? ». Le café végétalien de la rue Saint-Denis, doublé d'un refuge pour chats de la SPCA, a même dû refuser des participants à la porte.

Anne-Sophie Cardinal

Anne-Sophie Cardinal

Photo : Radio-Canada/Anne-Marie Provost

« Le véganisme, ce n'est pas simplement avoir des habitudes alimentaires différentes dans sa cuisine. Il y a d'autres aspects qui nous touchent, comme d'où provient la viande, le processus derrière », affirme un participant, Nicolas Pucci-Barbeau, qui était végétarien avant de devenir végane il y a quelques mois.

Certains ont une conscience aiguë du chemin parcouru par les animaux entre l'abattoir et les comptoirs à viande. Tout comme du processus derrière la fabrication de vêtements de fourrure et d'objets en cuir. Ils sont plusieurs à avoir vu des documentaires et des images-chocs d'animaux égorgés, vidés de leur sang alors qu'ils sont encore conscients, maltraités ou qu'ils hurlent de douleur.

Nicolas Pucci-Barbeau a ces images bien en tête, au point où il a changé ses habitudes en faisant l'épicerie.

Quand je suis devenu végétarien, je me suis mis à aller dans les fruiteries, où il n'y a pas de département de viande, ou dans des magasins d'aliments naturels.

Nicolas Pucci-Barbeau

Anne-Sophie Cardinal raconte de son côté faire des cauchemars de temps à autre. L'étudiante qui amorce un doctorat en psychologie veut approfondir la question des véganes et de la détresse psychologique dans son doctorat. Ils sont quelques personnes de son entourage à parfois faire de l'insomnie et à consulter sur la question.

Les gens sont très empathiques envers les animaux et la souffrance animale.

Anne-Sophie Cardinal

Végétalisme : Le végétalisme fait référence à l'aspect alimentaire. Les gens ne mangent aucun produit d'origine animale, donc pas d'œufs, de produits laitiers, de viande, ni de miel.

Véganisme : Il s'agit davantage d'un mode de vie. Comme les végétaliens, les gens ne mangent aucun produit d'origine animale. Par contre, le concept de respect des animaux s'étend à d'autres sphères de vie. Ils ne portent pas de cuir, de fourrure, de laine, ni de soie. Les adeptes de ce mouvement s'auto-qualifient de véganes. C'est ce terme qui a été retenu dans le texte.

Une communauté rabaissée

Il y a peu de recherche sur la question spécifique des véganes et de la santé mentale et Anne-Sophie Cardinal aimerait contribuer à ce champ de recherche. Quelques études traitent de végéphobie, qui désigne le rejet du végétarisme, et de « microagressions » envers la communauté.

L'exclusion et le rejet sont désignés comme des « microagressions ».

Atelier « Qu'en est-il du bien-être psychologique des véganes? » au café Venosa, à Montréal.

Atelier «Qu'en est-il du bien-être psychologique des véganes?» au café Venosa, à Montréal.

Photo : Radio-Canada/Anne-Marie Provost

« Juste à Noël, quand je dis à ma famille que je ne mange pas le même repas qu'eux, cela suscite beaucoup d'incompréhension. Quelques-uns ont été ouverts, mais il y a eu beaucoup de fermeture. Rapidement, on veut aller chercher de l'aide. C'est une minorité très rabaissée », affirme Nicolas Pucci-Barbeau.

De son côté, Patrick Drolet-Savoie, qui participait également à la conférence, trouve parfois lourdes les blagues qui circulent sur les réseaux sociaux.

Ce que ces blagues ont en commun, c'est que c'est systématiquement négatif. C'est toujours pour rabaisser le message. La répétition, l'aspect négatif, il y a un côté presque harcelant.

Patrick Drolet-Savoie

Plusieurs végétaliens et végétariens considèrent ces comportements comme un mécanisme de défense de la part des gens qui consomment de la viande.

Refuges pour animaux

Certains ne lisent plus les commentaires et évitent les contacts blessants. D'autres ne regardent pas les documentaires et masquent les images de souffrance animale. Et ils sont plusieurs à aller faire du bénévolat dans des refuges qui réhabilitent des animaux.

« Nous sommes sensibles à la souffrance des animaux, alors quand nous allons dans un refuge, on y revient avec des images d'animaux bien traités et heureux, ça contrecarre les autres images », affirme Patrick Drolet-Savoie. Il est allé donner un coup de main le temps d'une journée au Refuge pour chevaux RR, situé à la frontière du Québec et de l'Ontario.

Sur le site, on indique qu'il s'agit d'un organisme de bienfaisance à but non lucratif qui « sauve, réhabilite, et trouve des familles d'accueil non seulement pour les chevaux abusés, négligés et/ou abandonnés, mais aussi pour les bovins, moutons, chèvres, porcs, poulets, canards, lapins, chiens, chats, rongeurs et oiseaux domestiques ».

On retrouve également un refuge au Québec dans le Bas-Saint-Laurent, ainsi que quelques sanctuaires pour animaux aux États-Unis.

Woodstock Farm Sanctuary

Woodstock Farm Sanctuary

Photo : photo courtoisie

Anne-Sophie Cardinal a passé quelques jours récemment au Woodstock Farm Sanctuary, dans l'État de New York.

Le but est de s'occuper des animaux et de les sortir de l'industrie. Au sanctuaire où j'étais, il y a une vache, Fawn, qui s'est cassé les deux pattes en tombant d'un camion.

Anne-Sophie Cardinal

Les centres ont également comme mission d'éduquer le grand public sur les abus commis sur les animaux de la ferme.

Société