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Le grand bond en avant : fermer Internet?

Singapour

Photo : AFP / Roslan Rahman

Martin Lessard
Prenez note que cet article publié en 2016 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

On apprenait ce matin que le gouvernement de Singapour retirera l'accès à Internet à tous ses employés à partir de mai 2017. La raison invoquée pourrait convaincre toutes les administrations publiques en Occident de le faire aussi.

Le quotidien The Straits Times de Singapour a publié une note de service qui circule depuis quelque temps dans les bureaux de la ville-État. Dans un geste sans précédent, les 100 000 ordinateurs de ses employés du réseau gouvernemental se verront littéralement débranchés d'Internet dans un an.

La Ville de Singapour ne peut en aucun cas être traitée de néoluddite, c'est-à-dire réfractaire aux nouvelles technologies, tant elle est à l'avant-garde du monde en ce domaine. Elle ferait d'ailleurs passer une bonne partie de nos gouvernements locaux pour des primitifs qui tapent encore sur des os de phacochère.

Citant des raisons de sécurité informatique, le gouvernement a décidé de prendre acte que nous sommes bel et bien à l'ère post-Snowden et qu'aucune solution n'est plus sécuritaire que celle de tout débrancher.

La note précise que la communication interne se fera par un réseau protégé (VPN) et que des ordinateurs dédiés, mais non connectés au réseau interne, resteront accessibles pour les employés qui souhaitent aller sur Internet.

Ce retour de 20 ans en arrière, à l'époque où aucun ordinateur de bureau au gouvernement n'était branché à Internet, bousculera assurément les habitudes des fonctionnaires dont l'usage du web à des fins professionnelles est quotidien.

« Avant, raconte une personne interviewée par le journal singapourien, un virus avait peu de chance de s'infiltrer et de voler des informations confidentielles. Aujourd'hui, il est très difficile d'empêcher les fuites sur les médias sociaux ou l'accès aux sites de partage de fichiers. »

Bientôt dans un bureau administratif près de chez vous

Si vous pensez que Singapour va rester une exception à la règle, détrompez-vous.

Avec les scandales à répétition d'entreprises en ligne qui se font voler, année après année, les données de leurs clients, il ne reste plus vraiment de doute que les administrations gouvernementales sont tout autant dans la mire des pirates, que ces derniers soient à la solde d'États étrangers ou d'organisations criminelles.

Pas plus tard que la semaine dernière, on a appris que la justice française a travaillé un an déconnectée du réseau afin de mener une enquête contre Google France. Un retour en arrière qui n'est pas sans rappeler la série Life on Mars où le personnage principal se retrouve dans la années 70. Les fonctionnaires ont procédé comme dans les films d'espions des années 40 et utilisé des noms de code (Google portait le nom Tulipe en référence aux abris fiscaux des Pays-Bas). Ils ont réussi, sans éveiller les soupçons, à faire une descente dans les bureaux de la multinationale qui, comme c'est le cas pour bien d'autres, ne semble pas payer sa juste part d'impôt.

Si les normes élevées en matière de sécurité de l'information fixées par gouvernement singapourien sont réellement prises au sérieux, la prochaine étape pour protéger les données importantes sur Internet sera de ne pas y être.

Aller de l'avant, c'est revenir en arrière, quoi!

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