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4 questions pour comprendre les enjeux du Brexit

Deux partisans de la séparation de l'Union européenne vus de dos

Des partisans du Brexit participent à un rassemblement de l’UKIP à Birmingham, le 31 mai 2016. Ils portent des chandails avec les slogans : « Je tourne mon dos à l’UE » et « Je veux quitter l’UE et toi? »

Photo : Getty Images / PAUL ELLIS

Radio-Canada

Après 40 ans au sein de l'Union européenne (UE), c'est l'heure du choix pour les Britanniques : réaffirmer leur confiance dans l'UE, malgré les récentes crises, ou sauter la clôture, avec tous les risques que cela implique. À l'approche du référendum du 23 juin, le pays est divisé. Pourquoi? La réponse en 4 points.

Un texte de Ximena Sampson Courriel

1. Pourquoi un référendum maintenant?

« Il y a une partie importante de l'électorat, mais aussi de l'élite politique, qui n'a jamais véritablement accepté l'adhésion du Royaume-Uni à l'Union européenne », explique Frédéric Mérand, directeur du Centre d'études et de recherches internationales de l'Université de Montréal (CERIUM).

Ces eurosceptiques soutiennent que ce qui devait au départ être une union purement économique est plutôt devenu au fil des ans un « super État », qui absorbe des sommes énormes en plus de réglementer la vie des Britanniques.

Aux élections législatives de mai 2015, le premier ministre britannique, David Cameron, a utilisé la promesse d'un référendum sur l'appartenance à l'UE pour calmer l'aile eurosceptique de son parti. Il espérait aussi damer le pion à l'UKIP (United Kingdom Independence Party, Parti indépendantiste du Royaume-Uni), un parti de droite hostile à l'UE, qui est arrivé en tête aux élections européennes de 2014.

Le désintérêt pour l'UE s'explique aussi par deux crises récentes : celle des réfugiés syriens et la crise grecque.

Le contexte de crise économique dans l'UE est aussi plus propice à voir davantage les dimensions négatives de l'intégration.

Laurie Beaudonnet, professeure de sciences politiques à l'Université de Montréal et spécialiste de l'Union européenne
Boris Johnson et Michael GoveAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L’ancien maire de Londres, Boris Johnson, et le ministre de la Justice du Royaume-Uni, Michael Gove, s’adressent à des travailleurs pendant une visite au groupe manufacturier DCS, le 6 juin 2016, à Stratford-Upon-Avon, dans le cadre d’une tournée du camp du Vote Leave.

Photo : Getty Images / Christopher Furlong

Qui est pour le Brexit? Les figures de proue du camp du oui sont l'ex-maire de Londres Boris Johnson et le chef de l'UKIP, Nigel Farage. Quelques ministres conservateurs, dont le ministre de la Justice, Michael Gove, font aussi campagne pour une sortie de l'UE.

Qui est contre le Brexit? La plupart des politiciens britanniques, dont le premier ministre, David Cameron, les travaillistes et leur chef, Jeremy Corbyn, ainsi que la plupart des chefs d'État et de gouvernement européens.


2. Pourquoi quitter l'UE?

Notre adhésion à l'UE [...] nous interdit de choisir qui prend les décisions importantes qui affectent nos vies. Les lois qui gouvernent les citoyens de ce pays sont décidées par des politiciens d'autres nations que nous n'avons jamais élus et que nous ne pouvons pas chasser.

Michael Gove, ministre de la Justice du Royaume-Uni
Le ministre de la Justice du Royaume-Uni, Michael GoveAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le ministre de la Justice du Royaume-Uni, Michael Gove, s’adresse à des partisans du retrait de l’UE lors d’un rassemblement, le 4 juin 2016, à Londres.

Photo : Getty Images / Carl Court

  • Les partisans d'un retrait de l'UE soutiennent que l'appartenance à l'Europe coûte cher, soit quelque 8,5 milliards de livres (15,8 milliards de dollars) en 2015. En sortir permettrait donc aux Britanniques de réaliser des économies, selon eux. « C'est une ligne récurrente de l'UKIP depuis plusieurs années », précise Laurie Beaudonnet, spécialiste de l'Union européenne.
  • Les indépendantistes soutiennent également que l'UE impose des règlements fastidieux, qui entravent les entrepreneurs. Ils prennent l'exemple de la directive sur le temps de travail, qui impose une semaine de travail maximale de 48 heures sur sept jours et un congé payé de quatre semaines par année. Se plier à ces réglementations coûte aux entreprises plus de 33 milliards de livres par année.
  • La question de l'immigration est également un enjeu majeur. Ce serait même la première préoccupation des Britanniques, avant la santé et l'économie, selon un sondage YouGov de décembre 2015.

Entre 1993 et 2014, la proportion des immigrants dans la population du Royaume-Uni a presque doublé, passant de 7 % à 13 %. Cela est surtout dû à l'élargissement de l'UE à plusieurs pays de l'Est, dont la Pologne, en 2004, et la Roumanie et la Bulgarie, en 2007.

Les citoyens des pays membres de l'Union européenne ont le droit de s'établir et de travailler dans n'importe quel autre État de l'UE. Le nombre de Polonais résidant au Royaume-Uni est ainsi passé de 69 000 en 2004 à 853 000 en 2014.

« Le point d'achoppement, c'est notamment les Polonais qui vont travailler au Royaume-Uni, mais [...] qui perçoivent les prestations familiales britanniques pour leur famille restée en Pologne », précise Laurie Beaudonnet. « Le débat n'est donc pas tant sur l'immigration que sur les prestations sociales. »

  • Et en toile de fond, on retrouve, bien sûr, l'argument de la souveraineté. « La dimension de la souveraineté est très forte au Royaume-Uni, couplée avec l'importance du modèle parlementaire », affirme Laurie Beaudonnet. « L'idée de déléguer des compétences à d'autres institutions est toujours vue très négativement. »

Pour les « Brexiters », aucune décision ne devrait jamais s'imposer au Parlement britannique.

Frédéric Mérand, directeur du Centre d'études et de recherches internationales de l'Université de Montréal (CÉRIUM)

3. Que disent les partisans de l'UE?

Rassemblement des partisans de l'UE en dessous d'une pancarte qui dit : « Plus d'emploi, de plus bas prix »Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L’ancien chef du Parti travailliste, Neil Kinnock, s’adresse à la foule lors d’un rassemblement des partisans de l’UE, le 4 juin 2016, à Londres.

Photo : Getty Images / Carl Court

  • Ils soutiennent, d'une part, que les coûts ne sont pas si importants pour le Royaume-Uni par rapport à d'autres contributeurs et, d'autre part, que l'UE rapporte aussi beaucoup à la Grande-Bretagne. Selon le camp du maintien dans l'union, chaque livre payée à l'Europe en rapporte 10 en matière d'investissement, de croissance, de commerce et d'emplois.
  • En ce qui concerne les réglementations, les europhiles soutiennent que sortir de l'UE ne changerait rien. Si elles veulent continuer à faire des affaires avec l'Europe, les entreprises britanniques devront se plier aux normes et standards que leurs partenaires leur imposeront.
  • Les partisans de l'UE avancent que les représentants britanniques sont partie prenante dans les décisions prises à Bruxelles. « C'est vrai qu'il y a eu une accumulation de pouvoir à Bruxelles », affirme Frédéric Mérand. « Mais s'il y a une décision qui est prise, c'est parce qu'il y a une majorité qualifiée d'États membres qui l'ont approuvée. Généralement, le Royaume-Uni en fait partie. »
  • Concernant l'immigration des ressortissants de l'UE, David Cameron a négocié en février un accord pour ne pas accorder d'avantages sociaux aux nouveaux arrivants pendant leurs premières années au Royaume-Uni et pour diminuer les montants des allocations familiales versées à leurs familles restées dans leur pays d'origine.
Barack Obama et David CameronAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le président des États-Unis, Barack Obama, participe à une conférence de presse avec le premier ministre britannique David Cameron, à Londres, le 22 avril 2016, après une rencontre au 22, Downing Street.

Photo : Getty Images / BEN STANSALL

Si nous restons dans cette UE réformée, nous savons ce que nous aurons. Si nous partons, nous ne le savons pas. C'est un saut dans l'inconnu. Alors que le monde est très incertain, pourquoi donc prendre un risque supplémentaire?

David Cameron, premier ministre du Royaune-Uni

4. Qu'arrivera-t-il si les « Brexiters » gagnent leur pari?

Boris JohnsonAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L’ancien maire de Londres, Boris Johnson, prend part à un débat télévisé sur le Brexit sur la chaîne ITV, le 9 juin 2016. Matt Frost/ITV via Getty Images

Photo : Getty Images / Matt Frost

« Si le Royaume-Uni sort de l'Union européenne, il va retrouver sa souveraineté en matière de régulation et de politique migratoire », affirme Laurie Beaudonnet. Cependant, si les Britanniques veulent conserver l'accès au marché commun européen, ils devront renégocier leurs ententes et possiblement accepter les mêmes règlements.

C'est ce que doivent faire la Norvège et la Suisse, deux États qui ne font pas partie de l'UE, mais qui doivent se plier à ses règles pour avoir accès au marché unique.

« Le Royaume-Uni serait alors dans une situation de négociation beaucoup moins forte », soutient Laurie Beaudonnet, « puisqu'il n'aurait plus de droit de regard sur la législation, il pourrait juste négocier a posteriori. »

L'UE est le principal partenaire commercial du Royaume-Uni. Les Britanniques y ont exporté 44 % de leurs produits et services et en ont importé 53 % en 2015.

Les Britanniques devront également renégocier à titre individuel les ententes qu'ils avaient conclues en tant que membres de l'UE, notamment le traité de libre-échange avec le Canada.

Écoutez les reportages de Dorothée Giroux à L'heure du monde sur les origines du Brexit (Nouvelle fenêtre) et sur les réactions des Écossais (Nouvelle fenêtre).

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