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Du franglais aux FrancoFolies, parce que nous sommes en 2016

Loud Lary Ajust

Loud Lary Ajust

Photo : Facebook/Loud Lary Ajust

Prenez note que cet article publié en 2016 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Le spectacle extérieur d'ouverture des FrancoFolies de Montréal n'a jamais été consacré à la musique hip-hop. Ni à deux têtes d'affiche dont les disques ne peuvent être nommés au Gala de l'ADISQ pour insuffisance de contenu francophone. Contradiction? Même pas. Après tout, nous sommes en 2016.

Philippe Rezzonico

Un texte de Philippe Rezzonico
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Loud Lary Ajust, Dead Obies, Alaclair Ensemble et Brown offriront le spectacle extérieur d'ouverture des FrancoFolies, le 9 juin. Ce n'est pas la première fois que les organisateurs offrent une telle vitrine à la musique hip-hop. Koriass a eu droit à la place des Festivals l'an dernier, et le spectacle de clôture des Francos de 2009 (Rap Party) mettait en vedette Loco Locass, Radio Radio, Poirier, Samian et L'assemblée.

Mais jamais ce genre musical n'a eu droit à la symbolique soirée d'ouverture. À la soirée phare, à celle qui donne le ton à 10 jours de musique dans les salles du Quartier des spectacles et dans les rues de Montréal. Ce n'est pas rien.

« Quand on m'a embauché il y a 17 ans, l'un de mes mandats était de rajeunir les FrancoFolies, note Laurent Saulnier, le vice-président à la programmation. Ça fait 10 ans qu'on a une scène extérieure pour la musique urbaine. C'est juste l'évolution. Et il faut arrêter de penser que le hip-hop est une musique marginale. C'est de la musique pop partout dans le monde. »

(Source : YouTube/Loud Lary Ajust)

Le débat de l'inclusion de l'anglais dans le hip-hop francophone ne date pas d'hier. Il remonte au tournant du siècle. Les Dead Obies ont été sous les feux de la rampe en 2014 lorsque le groupe a été pris à partie par le chroniqueur Christian Rioux. L'an dernier, c'est le disque de Loud Lary Ajust, Blue Volvo, qui n'a pas été retenu au Gala de l'ADISQ (Nouvelle fenêtre) en raison de son pourcentage en contenu francophone inférieur à 70 % (une règle de l'ADISQ). Et l'on sait déjà que les albums parus cette année de Loud Lary Ajust (Ondulé) et des Dead Obies (Gesamtkunstwerk) ne seront pas retenus au gala de fin d'année 2016 pour les mêmes raisons.

Prise de position?

Vue sous cet angle, cette volonté des FrancoFolies d'offrir le spectacle d'ouverture à ces groupes peut être perçue comme une prise de position. Comme une volonté de dire : on en a marre de ce débat. Laissez les artistes s'exprimer.

« J'ai tellement pas l'impression d'avoir à me justifier, ajoute Laurent Saulnier. Sur le plan des statistiques de l'ADISQ, je ne peux rien dire. Ça ne semble pas entrer dans leurs cases. Mais Loud Lary Ajust et Dead Obies, ils entrent parfaitement dans nos cases. Ce sont deux groupes de hip-hop francophone, et je ne vais pas me priver de deux bands de cette qualité.

Laurent Saulnier, vice-président, programmation et production chez Équipe Spectra
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Laurent Saulnier, vice-président, programmation et production chez Équipe Spectra

Photo : Radio-Canada

« On reconnaît l'ouverture des FrancoFolies, souligne Julie Gariépy, productrice exécutive et directrice du Gala de l'ADSIQ, mais on n'a pas changé d'idée. Les FrancoFolies ne travaillent pas avec les mêmes règles que nous. »

« Nous avons longuement discuté de la question l'an dernier, mais le conseil d'administration de l'ADISQ réaffirme son désir de faire la promotion de la chanson francophone. Le contenu de ces groupes (Loud Lary Ajust et Dead Obies) sur disque est d'environ 50 % dans les deux langues. Pour nous, ce sont des groupes bilingues. »

— Une citation de  Julie Gariépy, productrice exécutive et directrice du Gala de l'ADSIQ

Un constat qui ne trouve pas d'écho chez les principaux intéressés.

« Je trouve ridicule que l'on décide en minutage ce qui est francophone ou ce qui ne l'est pas, comme le fait l'ADISQ avec ses 70 %, précise Jean-Christian Aubry, l'agent du groupe. Si les Dead Obies étaient des anglophones qui font des tournées au Canada anglais et aux États-Unis, ça serait autre chose.

« Mais c'est un groupe francophone et leurs fans sont des francophones qui ont pour nom Simard et qui habitent Montréal. Pas Toronto. Ce sont 6 kids francophones de 23 ans qui font du rap, pas de la lutte identitaire. Leur façon d'intégrer l'anglais au français, c'est une forme d'expression artistique. Pour être franc, on est un peu tannés d'en parler, et je pensais que cette histoire était derrière nous avant de voir certains commentaires à la suite de l'annonce des FrancoFolies. »

— Une citation de  Jean-Christian Aubry

(Source : YouTube/Dead Obies)

« Ceux qui pensent que ces groupes ne sont pas des groupes francophones sont un peu déconnectés d'avec ce qui se passe dans la rue. Pour reprendre volontairement une expression anglaise, nous, on est « street level ». Quand j'étais journaliste aux Francs-tireurs (à la fin des années 1990), j'ai fait une entrevue avec Muzion, qui utilisait le français, l'anglais et le créole dans ses chansons. Ça ne date pas d'hier ce phénomène de fusion. »

— Une citation de  Laurent Saulnier

L'annonce faite par les FrancoFolies il y a deux semaines aurait d'ailleurs pu être devancée d'un an, n'eût été un concours de circonstances.

« Ce spectacle avec Loud Lary Ajust, Dead Obies et Alaclair Ensemble, on voulait déjà le faire pour les FrancoFolies de l'an dernier, au Métropolis, assure Saulnier. Pour toutes sortes de raisons, ça ne s'est pas concrétisé. Puis, au party du Gala de l'ADISQ, Vlooper, d'Alaclair Ensemble, me croise et me dit que le groupe veut vraiment remettre ça. Et c'est ce qu'on propose cette année, avec Brown en plus. »

(Source : YouTube/Disques 7ième Ciel)

Les positions des divers intervenants, qui semblent irréconciliables, sont parfaitement défendables. Si l'on accepte que des francophones comme Céline Dion, Cœur de pirate, Pascale Picard et le groupe Simple Plan fassent des chansons et des disques en anglais, on ne peut empêcher les jeunes rappeurs de s'exprimer dans un langage créatif qui est en concordance avec leur époque. Cela reviendrait ni plus ni moins à réfuter l'existence de ce que l'on désigne aujourd'hui comme étant le néo-rap queb.

Et aucun festival ne va se priver de groupes dont la musique dépeint les aspirations et le quotidien des jeunes, comme le rock n'roll, la soul ou les chansonniers l'ont fait auprès des générations précédentes.

Par ailleurs, il serait injuste de reprocher à l'ADISQ de vouloir faire la promotion de la chanson francophone, quitte à établir des quotas dans les catégories musicales de son gala, comme on le fait pour les radios commerciales. N'oublions pas que le Gala de l'ADISQ est avant tout un concours avec des règles. Des règles parfois imparfaites, mais des règles quand même. Personne n'est obligé de s'y inscrire.

En définitive, je me dis que l'on va devoir composer encore un bout de temps avec ce débat sans fin qui enflamme les passions, comme tous ceux liés à la langue. Mais pour l'heure, on verra, jeudi soir, si le pari des FrancoFolies s'avère payant et si tous ces jeunes qui parlent le langage de la rue vont y descendre pour faire la fête.


Loud Lary Ajust, Dead Obies, Alaclair ensemble et Brown se produiront sur la Scène Ford (angle Sainte-Catherine et Jeanne-Mance).

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