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La fusillade de Moncton, l'événement qui a marqué la longue carrière de Roger Brown

Roger Brown, commissaire adjoint de la GRC au Nouveau-Brunswick, prend sa retraite à titre de commandant samedi. Photo: Ici Radio-Canada
Radio-Canada

Le commandant de la GRC au Nouveau-Brunswick, Roger Brown, assistera samedi au dévoilement du monument à la mémoire des trois gendarmes tués à Moncton le 4 juin 2014. Il s'agira de la dernière activité publique de celui qui se retire après 36 années de carrière.

Un texte de Louis MillsTwitterCourriel

Ce n'est pas par hasard que Roger Brown a choisi de prendre sa retraite comme commandant de la division J le 4 juin. La fusillade de Moncton a été l'événement le plus traumatisant de sa carrière.

C'est sûr que le 4 juin, pour moi, c'était la journée la plus difficile de ma carrière. [...] Comme commandant, tu ne veux pas perdre un membre en devoir et j'en ai perdu trois.

Roger Brown, commandant de la division J de la GRC, au N.-B.

Roger Brown se remémore souvent cette soirée du 4 juin et la journée irréelle qui a suivi, pendant que se déroulait la traque de l'assassin des policiers, Justin Bourque.

Les policiers sur le qui-vive à MonctonLes policiers sur le qui-vive à Moncton Photo : Michèle Brideau

« Je pense à ça tous les jours : est-ce que j'aurais pu faire quelque chose de différent? »

Sa réponse? Les circonstances de la tuerie étaient tellement uniques qu'il aurait été difficile, voire impossible, de la prévenir, d'après lui.

Cet individu avait un but, il avait le but de tuer des policiers.

Roger Brown

Des erreurs commises

Depuis les événements, l'enquête indépendante du sous-commissaire à la retraite Alphonse MacNeil a conclu que des erreurs tactiques avaient été commises pendant le drame, que les radiocommunications des policiers étaient déficientes, qu'ils étaient mal équipés et mal entraînés pour faire face à la puissance de feu de Justin Bourque.

Des accusations ont également été portées contre la GRC en vertu du Code canadien du travail. Les accusations portent sur un présumé manque d'équipement et de formation des policiers tués et sur une supervision déficiente. La GRC a plaidé non coupable.

Beaucoup de choses ont changé depuis au sein de la force policière, affirme Roger Brown.

De grands progrès ont notamment été réalisés concernant l'une des recommandations principales du rapport McNeil, soit la distribution de carabines aux policiers de première ligne et de la formation sur leur maniement.

« Impossible d'éliminer les risques »

En dépit des mesures adoptées, Roger Brown refuse d'écarter l'idée qu'un drame comme celui qu'a vécu Moncton il y a deux ans puisse se reproduire. « C'est impossible, impossible d'éliminer les risques associés à notre emploi. Il va toujours y avoir un risque, même aujourd'hui, avec les recommandations qui viennent de McNeil. »

Roger Brown explique que le risque zéro n'existe pas, dans le domaine du travail policier.Roger Brown explique que le risque 0 n'existe pas, dans le domaine du travail policier. Photo : Ici Radio-Canada

« Dans 10 ans, il va y avoir les mêmes questions là-dessus. Il va toujours y avoir des questions au point de vue de la formation. [...] L'équipement change à tous les jours. Quand j'ai commencé dans la GRC, il y a 36 ans, j'avais pas de carabine, j'avais pas de 9 mm. J'avais un revolver avec six balles, j'avais pas de "pepper spray". L'équipement a changé et il va y avoir d'autres changements dans le futur », dit-il.

Si, mettons, je prends l'équipement que j'ai aujourd'hui, la formation que j'ai aujourd'hui, et je mets tout ça sur l'événement du 4 juin, je ne sais pas si ça aurait changé quelque chose.

Roger Brown

Roger Brown croit que justice a été rendue contre l'assassin des agents Fabrice Gevaudan, Doug Larche et Dave Ross. Même si certains ont dénoncé les peines consécutives de 25 ans de prison pour chaque meurtre imposées à Justin Bourque - la peine de prison la plus lourde depuis un amendement au Code criminel en 2011 - le commandant Brown estime qu'il a eu ce qu'il méritait.

Moments forts de la carrière du commandant Roger Brown Photo : ICI Radio-Canada

Les trois années les plus difficiles

Roger Brown a été commandant de la division J, au Nouveau-Brunswick, pendant 3 ans, 3 années qui ont été plus difficiles que les 33 années précédentes de sa carrière, nous confie-t-il.

Mis à part la fusillade de Moncton, il se rappelle avec douleur le suicide en 2014 d'un gendarme de Fredericton, le caporal Ron Francis, qui souffrait de stress post-traumatique.

Cette tragédie a mené à une meilleure prise de conscience du stress vécu par les premiers répondants et à ses effets sur leur santé mentale.

Il n'y a plus de tabou associé à ce sujet au sein de la GRC aujourd'hui, selon Roger Brown. Il reconnaît lui-même consulter des spécialistes depuis la fusillade de Moncton.

Moi, je suis des traitements moi-même. [...] Oui ça m'affecte et je suis allé voir des professionnels moi-même et ça fait partie de mon travail aujourd'hui.

Roger Brown

Il n'a toutefois pas reçu de diagnostic du trouble de stress post-traumatique.

Un baume : l'appui du public

Toute la communauté du Grand Moncton s'est ralliée derrière les policiers après la fusillade du 4 juin 2014.Toute la communauté du Grand Moncton s'est ralliée derrière les policiers après la fusillade du 4 juin 2014. Photo : REUTERS/Christinne Musch

Parmi les moments plus réjouissants de sa carrière, il souligne l'appui inconditionnel des gens de la région de Moncton lors des événements du 4 juin 2014 et par la suite.

« Le fait que tout le monde était dans la même équipe, avec le même but, pour moi c'est formidable. »

Les gens de la région comprennent mieux le travail des forces policières depuis ces tristes événements, dit-il, et il espère que la GRC continuera à mériter la confiance du public en étant toujours redevable de ses actions.

D'après une entrevue réalisée par Nicolas Steinbach

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