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Où produit-on le plus de déchets? La réponse en carte

Radio-Canada

Chaque mois, un Occidental produit en moyenne l'équivalent de son poids en déchets. C'est deux fois plus que ce que génère un citoyen de la Chine ou du Brésil et trois fois plus qu'un résident du continent africain. Mais ces derniers pourraient bien le rattraper dans quelques années. Découvrez les cancres et les champions des ordures.

Un texte de Mathieu GobeilTwitterCourriel

À la veille de la Journée mondiale de l'environnement, dimanche, rappelons qu'au cours du dernier siècle la quantité mondiale de déchets produite dans les villes a été multipliée par 10, passant de 300 000 à 3 millions de tonnes quotidiennement.

D'ici 2025, les chercheurs prévoient que la quantité totale doublera encore, à mesure que l'urbanisation et la consommation mondiale augmentent. Dans 10 ans, l'humanité produira assez de déchets chaque jour pour remplir une file de camions à ordures s'étirant sur 5000 km.

« L'urbanisation crée de la richesse. Et si les gens s'enrichissent, ils achètent plus, et s'ils achètent plus, ils jettent plus de choses », rappelle Daniel Hoornweg, professeur à l'Institut universitaire de technologie de l'Ontario, qui a travaillé sur le développement urbain à la Banque mondiale.

Sur la carte, les pays les plus foncés sont ceux où la production de matières résiduelles par personne est la plus grande. La moyenne globale est d'environ 1,2 kg par personne par jour.

La production de déchets dans le monde.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La production de déchets dans le monde.

Photo : Radio-Canada / Carto

La version originale de ce document a été modifiée. Pour des raisons techniques, la version interactive de la carte n'est plus disponible.

Les pays industrialisés arrivent en tête de liste, mais plusieurs pays sont en passe de les rattraper, selon les prévisions pour 2025.

La Chine a dépassé les États-Unis en 2004 pour ce qui est de la production totale de déchets.

Daniel Hoornweg, professeur à l'Institut universitaire de technologie de l'Ontario

Comme une grande proportion de Chinois vivent encore à la campagne, la production par personne reste relativement basse dans cet État. « Mais des pays d'Asie comme les Philippines, l'Indonésie et le Vietnam suivent la même trajectoire d'urbanisation, et le sous-continent indien prend aussi cette voie, mais avec du retard. »

Selon le chercheur, l'Afrique subsaharienne, où la production de déchets est actuellement la plus faible, connaîtra inévitablement une forte hausse à mesure que la population s'urbanisera et que les habitudes s'occidentaliseront.

De manière générale, les urbains génèrent en moyenne deux fois plus de déchets solides que les habitants des campagnes qui ont un même niveau de vie : c'est parce qu'ils consomment plus de produits manufacturés et emballés et gaspillent plus. Si l'on tient compte du fait que les citadins sont plus riches en général que les ruraux, leur « poids-poubelle » est quatre fois plus important, par personne, selon les travaux de Daniel Hoornweg et de ses collègues.

Un homme nettoie des bacs à ordures et à recyclage dans un parc de Tokyo, au Japon.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Un homme nettoie des bacs à ordures et à recyclage dans un parc de Tokyo, au Japon.

Photo : La Presse canadienne / AP/Shizuo Kambayashi

Même parmi les pays riches, on note des différences de taille. Par exemple, un Japonais produit les deux tiers de la quantité de déchets qu'un Canadien génère, pour un niveau de vie comparable. Cela tient au fait que les villes sont plus densément peuplées au Japon et que le coût de la vie est plus élevé. La différence est aussi attribuable aux normes culturelles.

« Si vous visitez une maison au Japon, vous allez dire : "Comme c'est petit!" Et plus une demeure est petite, en général, moins elle produit de déchets. Les Japonais achètent aussi des produits plus petits et de meilleure qualité », qui durent plus longtemps, ajoute-t-il.

« Alors que beaucoup de ménages canadiens vont se procurer trois ou quatre télés pour leur maison, les Japonais, eux, vont se contenter d'une, peut-être deux. Et puis, il y a tout l'emballage qui vient avec », donne-t-il comme exemple.

Ce sont de petits pays insulaires qui, par personne, produisent le plus de déchets. Par exemple, les résidents de La Barbade, d'Antigua-et-Barbuda ou de Saint-Christophe-et-Niévès produisent de 4 à 5 kg par jour. Cela serait dû au fait que l'industrie touristique y est très présente – générant beaucoup de déchets – et à de meilleurs inventaires des matières résiduelles.

Quant à la façon dont on dispose des déchets, on note des différences marquées même parmi les pays riches.

« Au Canada, nous réacheminons environ 24 % de nos déchets vers le recyclage et le compostage. Le reste s'en va au site d'enfouissement ou à l'incinérateur. En moyenne, en Europe, c'est plus de 50 % [qui est recyclé et composté], rappelle M. Hoornweg. Nous ne sommes pas les pires au Canada, mais nous sommes certainement dans la queue du peloton » des pays industrialisés.

La gestion des déchets est avant tout une responsabilité municipale, et ce, partout dans le monde. San Francisco parvient à recycler et à composter environ 80 % de ses déchets. La Ville s'est donné un objectif de 100 % en 2020.

Des régions de Suisse ou d'Allemagne ont aussi fait beaucoup pour réduire la quantité de matières qui aboutissent dans les dépotoirs, mentionne le chercheur. « Le Brésil a quant à lui réussi à intégrer les recycleurs informels, l'industrie de l'emballage et le secteur du recyclage » dans une même chaîne, cite-t-il en exemple.

Le Canada traîne de la patte

Selon Daniel Hoornweg, le Canada et les États-Unis devraient s'attaquer davantage aux déchets de table et au gaspillage de nourriture. « C'est de loin notre plus gros problème », dit-il.

Les déchets organiques prennent beaucoup de place dans les sites d'enfouissement et les dépotoirs et produisent du méthane (un puissant gaz à effet de serre) à mesure qu'ils se décomposent. Ce méthane peut être récupéré et utilisé, mais nécessite des infrastructures spécialisées. Les déchets organiques produisent aussi du lixiviat, le jus de poubelle, qui peut contaminer les cours d'eau et les nappes phréatiques si le site n'est pas étanche.

« On gaspille trop de nourriture. Il faut revoir notre façon d'acheter », dit le chercheur.

Il faut des commerces de proximité où l'on peut se procurer le nécessaire pour un ou deux repas, au lieu d'acheter pour 10 semaines de bouffe et de mettre tout ça dans notre VUS pour ensuite se rendre compte que, oups, ça s'est gâté et il faut jeter des aliments. Les seuls à profiter de ce système, ce sont les ratons laveurs.

Daniel Hoornweg

Il faut aussi, selon lui, adapter les systèmes de recyclage et de compostage aux réalités urbaines d'aujourd'hui – et ne pas se concentrer seulement sur la maison de banlieue unifamiliale.

« Beaucoup de hautes tours de condos dans les grandes villes n'ont qu'une chute, celle pour les déchets », explique-t-il. Les résidents sont obligés de descendre au rez-de-chaussée pour vider leur bac à recyclage ou à compost. En conséquence, peu le font. Les gens jettent alors tout dans les poubelles. « Il faut mettre en place deux chutes séparées, ou même trois », explique-t-il.

De plus, selon lui, il faut penser à la production de déchets globale, dans toutes les sphères d'activité et tous les lieux.

« L'attention des politiciens et des médias se porte surtout sur les déchets domestiques. Mais nous générons beaucoup plus de déchets au travail, à l'école, dans les magasins, au restaurant, etc., qu'à la maison. Puisque nous n'avons pas à nous occuper individuellement de ces déchets, nous avons tendance à ne pas y penser », dit-il.

Un jeune garçon transporte un sac de matières recyclables dans un dépotoir près de Guwahati, en Inde.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Un jeune garçon transporte un sac de matières recyclables dans un dépotoir près de Guwahati, en Inde.

Photo : La Presse canadienne / AP/Anupam Nath

Des ramasseurs qui vivent de l'industrie des déchets

Dans de nombreux pays, le recyclage des matières repose sur le travail de millions d'individus, les ramasseurs populaires – besognant de manière formelle ou informelle. Ils travaillent dans les dépotoirs ou dans les rues, dans des conditions souvent dangereuses.

« Lors de la grande crise économique de 2002 en Argentine, en quelques mois, il y a eu des dizaines de milliers de ramasseurs de plus – les cartoneros – qui se sont lancés dans cette activité, pour la plupart des femmes. Elles doivent souvent travailler la nuit et laisser leurs enfants à un proche », dit le chercheur.

Les secteurs formel et informel travaillent côte à côte, mais entrent parfois en conflit, ce qui peut être un frein au recyclage.

À Buenos Aires, les recycleurs informels passent en premier le long des rues et sortent le carton et les contenants des sacs pour les revendre, relate Daniel Hoornweg. « Les matières qu'ils laissent derrière eux, éparpillées, ne valent presque plus rien. » Ceux qui font la collecte « officielle » en camion s'en désintéressent, puisque leur ramassage représente un coût plus élevé que ce qu'elles rapportent. Cet effet dissuasif constitue un frein au recyclage.

Récemment, la ville a fait certains efforts pour intégrer les cartoneros – dont beaucoup se sont regroupés en syndicats – à la gestion des déchets, en les rémunérant et leur offrant de meilleures conditions de travail.

Environnement