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Les écoles hassidiques clandestines embarrassent la communauté juive

Des membres de la communauté hassidique de Montréal discutent entre eux.

En collaboration avec la DPJ, le SPVM procède à une perquisition dans une école juive de Montréal.

Photo : Simon-Marc Charron / Radio-Canada

La Presse canadienne

Des représentants de la communauté juive ne cachent pas leur malaise face à l'intervention, mercredi, de la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) dans une école juive hassidique clandestine à Montréal.

En entrevue avec La Presse Canadienne, le directeur des affaires publiques du Centre consultatif des relations juives et israéliennes-Québec (CIJA-Québec), David Ouellette, a tenu à rappeler que les écoles juives sont bien intégrées dans le réseau institutionnel et répondent en tous points aux exigences du ministère de l'Éducation.

« L'éducation est une valeur fondamentale du judaïsme. Nous sommes très fiers de notre réseau d'écoles affiliées au réseau institutionnel. Ce sont d'excellentes écoles avec virtuellement aucun décrochage. »

Il en a profité pour inviter la communauté hassidique à se conformer à la Loi sur l'instruction publique du Québec « parce que chaque enfant québécois a un droit non négociable de recevoir une éducation qui lui permette de s'épanouir dans tous les domaines », a-t-il dit.

M. Ouellette a reconnu que de telles situations peuvent nuire aux relations entre sa communauté et le reste de la population.

« On est conscients du fait que, lorsqu'il est question de juifs au Québec, il est plus souvent qu'autrement question de la communauté hassidique [...] Nous sommes une minorité invisible : pour ceux d'entre nous qui ne sont pas religieux, on n'a rien de distinctif, alors ces controverses nourrissent une perception fautive de la majorité des juifs du Québec. »

Il note au passage que la problématique n'est pas limitée au Québec.

Dans tous les pays où on compte une importante communauté hassidique, on vit le même défi d'amener ces écoles à se conformer aux lois sur l'éducation, que ce soit aux États-Unis, en Grande-Bretagne, en Belgique ou même en Israël.

David Ouellette, directeur du CIJA-Québec

« C'est vraiment une question épineuse qu'aucun gouvernement à ce jour n'a réussi à résoudre », conclut-il avec résignation.

Québec sur le point d'agir

À Québec, le ministre de l'Éducation, Sébastien Proulx, a promis jeudi un plan d'action avant la fin de l'année pour intervenir auprès des écoles clandestines ou illégales.

« Je souhaite que, comme société, on soit capable d'intervenir plus facilement. Je souhaite qu'on soit capable d'avoir une communication avec les différentes communautés » a-t-il dit en mêlée de presse.

« Si on veut travailler correctement dans ce dossier-là et finir par être capables de bien encadrer tout ça, il faut poser des gestes qui n'ont pas été posés jusqu'à maintenant [...] Je voudrais, cette année c'est certain, nous doter de pistes de solution et d'action. »

Le ministre Proulx a notamment parlé d'arrimer les données du Directeur de l'état civil sur les naissances à celles du ministère de l'Éducation, pour qui certains enfants sont complètement hors circuit parce que leurs parents ne les ont jamais inscrits à l'école.

Actuellement, un enfant qui n'a pas de code permanent n'existe pas au ministère de l'Éducation [...] Il faut être capables de se donner les outils pour travailler ensemble pour être capables d'identifier ceux qui ne sont pas dans notre système et ceux qui le sont.

Sébastien Proulx, ministre de l'Éducation

Interrogé en mêlée de presse, le ministre a fait valoir que la Loi sur l'instruction publique donne aux parents la responsabilité de la scolarisation de leurs enfants, ce qui rend toute intervention difficile pour le ministère, qui doit dès lors s'en remettre à la DPJ.

M. Proulx a indiqué que le comité interministériel qui se penche sur ce dossier cherche à mieux encadrer cette question et facilite des interventions dans le besoin.

Par ailleurs, tout comme sa collègue Lucie Charlebois la veille, le ministre de l'Éducation a dit avoir peu d'information sur l'intervention de la DPJ en raison des règles de confidentialité qui entourent son action.

« Ma compréhension c'est qu'ils sont allés dans un établissement où on semble donner une formation religieuse bien plus qu'une formation éducative. »

« Il n'y a pas eu de demande de permis, il n'y a pas de demande de permis en cours, il n'y en a pas eu dans le passé. Ce n'est pas un endroit où il se donnait un programme éducatif, donc ce n'est pas une école au sens du ministère de l'Éducation », a confirmé Sébastien Proulx.

Un plan de scolarisation à la maison attendu depuis 2015

En avril 2015, le Protecteur du citoyen diffusait un rapport sur la scolarisation à la maison qui indiquait notamment que « la progression des apprentissages des enfants doit être mieux suivie » et recommandait au ministère « de lui faire parvenir, d'ici le 15 juin 2015, un plan de travail pour le suivi des présentes recommandations et de lui faire un rapport de l'avancement de ce plan, selon un échéancier à venir ».

Or, cette semaine, une porte-parole du Protecteur du citoyen indiquait à Radio-Canada que « nous avons reçu le 15 juin (2015) un plan d'action, mais sans échéancier. Depuis, on doit se faire très insistant auprès du ministère parce qu'au 31 mars (2016), il devait nous remettre un suivi concernant nos recommandations, ce qui n'a pas été fait. Donc nous sommes insistants pour avoir des rencontres, pour avoir des discussions afin que les choses avancent. »

Batshaw réagit

Si la loi empêche la DPJ de divulguer des détails sur le nombre d'enfants et la raison de l'intervention, la directrice provinciale des Centres de la jeunesse et de la famille Batshaw du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de l'Ouest-de-l'Île-de-Montréal, Assunta Gallo, a précisé dans un communiqué que l'intervention avait été menée afin d'évaluer des signalements reçus.

Les interventions auraient pu porter sur la négligence, les abus physiques ou sexuels, les mauvais traitements psychologiques, la négligence éducative ou la non-fréquentation scolaire, précise Mme Gallo. « L'objectif ultime de la DPJ est de rencontrer les enfants afin d'évaluer si leur sécurité ou leur développement est compromis. Il en est ainsi pour tous les enfants de toutes les communautés du Québec, quelles que soient leurs origines culturelles, religieuses ou ethniques. »

Anne-Marie Dussault s'entretient avec Christine Brabant, spécialiste de la scolarisation à domicile, et l'avocat Marc-Antoine Cloutier

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