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Les efforts d'une Ontarienne pour retarder la libération du meurtrier de son père

Lisa Freeman dit regretter que les criminels aient autant de droits.

Lisa Freeman dit regretter que les criminels aient autant de droits.

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2016 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Une résidente d'Oshawa multiplie les démarches pour empêcher la libération conditionnelle du meurtrier de son père qui a été tué en 1991. John Terrance Porter avait été condamné l'année suivante à 25 ans de prison à l'issue de son procès pour le meurtre prémédité de Roland Slingerland. Le meurtrier est admissible à sa libération conditionnelle pleine et entière avant la fin de l'année.

Un texte de Jean-Philippe NadeauTwitterCourriel

John Terrance Porter bénéficie déjà depuis trois ans de quelques sorties sous escorte dans la société, pour qu'il puisse faire des heures de travaux communautaires dans le cadre d'un programme de réinsertion sociale.

Mais pour la fille de la victime, Lisa Freeman, ces quelques heures de liberté sont déjà intolérables. « Le certificat de condamnation cite qu'il a été condamné à 25 ans », dit-elle en montrant le document des Services correctionnels du Canada.

Le prisonnier de 56 ans a toutefois abandonné, pour l'instant, l'idée de soumettre une demande de libération à laquelle il a droit, préférant rester en prison, mais avec des droits de sortie. On en ignore les raisons, mais Mme Freeman pense qu'il cherche à faire bonne figure auprès de la direction du pénitencier de Kingston.

C'est par pure coïncidence que Mme Freeman a eu connaissance des brèves sorties de prison du meurtrier de son père.

La Commission des libérations conditionnelles m'a appelée en 2012 pour me dire que Porter avait soumis une demande de sortie temporaire et qu'il fallait que je témoigne au sujet de l'impact que cela aurait sur ma vie.

Une citation de :Lisa Freeman

Lisa Freeman soutient que John Terrance Porter a donc reçu en vérité une peine ferme de 21 ans, puisqu'il a le droit de sortir de prison depuis trois ans. Elle dit regretter que les criminels aient autant de droits.

Mme Freeman n'en est pas à ses premières démarches auprès de la Commission nationale des libérations conditionnelles. Elle n'a toutefois jamais pu savoir où John Terrance Porter effectue ses heures de travaux communautaires mensuels.

La commission ne rend jamais publiques ces informations pour des raisons de protection de la vie privée. 

Un meurtre brutal

Roland Slingerland était un ancien combattant de la marine canadienne. Il travaillait comme gardien dans une maison de chambres de la rue Brock à Oshawa lorsqu'il a été assassiné en 1991.

Porter s'était rendu dans l'établissement pour s'enquérir de sa petite amie, mais M. Slingerland n'avait pas été en mesure de la trouver parmi les pensionnaires. Porter l'avait alors sauvagement abattu avec une hache dans un accès de rage.

Lisa Freeman, qui avait 21 ans à l'époque, est celle qui a dû identifier son père à la morgue. Elle affirme aujourd'hui qu'il existe une incompréhension dans la société au sujet des peines de prison à vie sans droit de libération conditionnelle avant 25 ans.

Elle précise que des individus condamnés pour meurtre prémédité peuvent obtenir des libérations ponctuelles avant la fin de leur peine. Elle parle de « fausse représentation ».

John Terrance Porter a tué Roland Slingerland avec une hache en 1991.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

John Terrance Porter a tué Roland Slingerland avec une hache en 1991.

Pétition

Mme Freeman a d'ailleurs lancé une pétition pour apporter des modifications à la loi fédérale afin que l'on s'assure qu'une peine de 25 ans signifie bien une peine sans aucun droit de libération conditionnelle avant 25 ans et ce, sans exception.

Elle précise que la loi n'atteindra pas son objectif de dissuader les individus à commettre un meurtre, s'ils savent à l'avance qu'ils ne seront pas condamnés à des peines de 25 ans fermes à l'issue d'un éventuel procès.

Les fausses idées reçues

L'avocat criminaliste de la défense, Corbin Cawkell, affirme que les meurtriers ont le droit de retrouver leur liberté après avoir purgé leur peine.

Il dit ignorer toutefois les exceptions qui peuvent être faites comme dans le cas de M. Porter. Me Cawkell souligne néanmoins qu'un prisonnier doit s'y prendre bien à l'avance avant de soumettre son dossier de libération conditionnelle.

Il est de toute façon très rare qu'un meurtrier condamné pour meurtre prémédité obtienne une libération complète dès sa première demande ; en cas de refus, il restera en prison.

Une citation de :Corbin Cawkell

Corbin Cawkell ajoute que les critères pour obtenir une libération conditionnelle et rester en liberté par la suite sont très exigeants et que la Commission nationale des libérations conditionnelles veille au grain.

Les erreurs sont très rares, le système de justice fonctionne et il se base sur la réinsertion sociale de l'individu et non pas sur la revanche

Une citation de :Corbin Cawkell, avocat

Me Cawkell souligne que dans 90 % des cas, il n'y a aucune récidive de la part du condamné.

L'avocat rejette en outre l'idée préconçue selon laquelle les assassins ont autant, sinon plus, de droits que les familles des victimes ou les victimes elles-mêmes lorsqu'elles ont survécu à une agression.

La justice, le service correctionnel et la commission ont le devoir d'équilibrer les droits du criminel, de la victime et de la société et les droits de chacun ne doivent jamais entrer en concurrence avec ceux des autres.

Une citation de :Corbin Cawkell

Un dernier sursis

La Commission nationale des libérations conditionnelles s'est refusée à tout commentaire parce qu'elle ne commente jamais les cas particuliers. John Terrance Porter devra à nouveau se présenter devant les commissaires en 2020.

Mme Freeman peut donc profiter d'un répit. Elle a quatre ans pour que sa pétition se rende au parlement par l'intermédiaire de son député fédéral qu'elle a sollicité à ce sujet.

« Il sortira un jour de prison, c'est clair, conclut-elle, je me suis déjà résignée à cette idée. »

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