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10 questions à une personne transgenre sur sa réalité

Morgane Oger, présidente de l'Association transgenre de Colombie-Britannique.

Morgane Oger, présidente de l'Association transgenre de Colombie-Britannique.

Photo : Fanny Bédard/ ICI Radio-Canada

Radio-Canada

Morgane Oger s'identifie comme femme transgenre depuis quelques années seulement, ce qui ne l'empêche pas d'être une militante active. La présidente de l'Association transgenre de la Colombie-Britannique se réjouit du projet de loi déposé la semaine dernière à Ottawa, qui s'attaque à la discrimination de ses pairs, mais admet que les défis restent nombreux. Elle a accepté de répondre à une série de questions pour démystifier sa réalité.

Un texte de Fanny BédardTwitterCourriel

1. Comment avez-vous su que vous étiez transgenre?

C'est très difficile de répondre. Je savais dès l'âge de 5 ou 6 ans que je m'identifiais différemment des autres. C'était très furtif. Je n'avais pas le vocabulaire pour ça. Vers 27 ans, j'en ai parlé à d'autres, mais même à l'époque je n'avais pas les mots. Finalement, autour de la quarantaine, je me suis identifiée comme une femme transgenre.

Je l'ai annoncé à ma famille avec beaucoup de craintes. Pour moi, c'était un secret terrible durant des années. De l'avouer, c'est la chose la plus difficile que j'ai faite de toute ma vie.

Morgane Oger

2. Qu'est-ce qui s'est passé quand vous vous êtes déclarée transgenre?

Un grand soulagement et en même temps une grande peur. J'acceptais les risques, en ne sachant pas à quoi m'attendre. J'avais surtout peur de la réaction de mes enfants, de mon ancienne femme, de ce qu'il adviendrait au travail. Il y a eu des conséquences très positives : la liberté, ça ouvre. Par contre, ça a été le début d'une bagarre avec mon ex-partenaire qui se poursuit.

3. Comment êtes-vous perçue au travail?

Je suis ingénieure dans un milieu très masculin. J'ai la chance d'avoir un employeur qui est acceptant, mais la discrimination est réelle, même si elle est sous-consciente.

C'est difficile pour moi de départager si je suis discriminée comme femme, transgenre ou femme transgenre.

Morgane Oger

Il faut dire aussi que c'est très difficile de trouver de l'emploi quand on est transgenre, alors on a moins tendance à se battre, parce qu'on sait qu'une des conséquences de se battre trop fort est qu'on peut perdre son emploi et pour une personne transgenre c'est beaucoup plus catastrophique.

4. Qu'est-ce qui vous a le plus surprise quand vous avez annoncé que vous étiez transgenre?

J'ai compris rapidement qu'il y avait plus de risques pour ma sécurité, qu'il fallait que je sois toujours vigilante. J'ai déjà été attaquée physiquement devant mes enfants subitement.

5. Quels lieux évitez-vous?

Des régions entières. Je ne vais pas dans le centre ni dans le sud des États-Unis. J'ai refusé un travail au Tennessee il y a un an et demi. Je n'irais pas en Europe de l'Est, ni en Russie ni dans un pays musulman. Ça m'étonnerait que j'aille en Amérique du Sud. J'irais peut-être en Australie ou en Chine, mais pas sans être attendue par des amis.

Au Canada, je ne me sentirais pas en sécurité à l'extérieur des grands centres.

Morgane Oger

6. De quoi vous ennuyez-vous de votre vie d'avant?

Quand j'avais une opinion qui n'était pas sur les réalités transgenres, les gens m'écoutaient. Maintenant, les gens ne m'écoutent pas ou beaucoup moins. En même temps, c'est difficile de filtrer entre misogynie et la transphobie.

7. Qu'est-ce qui est le plus difficile dans le processus de changement de sexe?

Déclarer qu'on est transgenre. Ensuite, décider de faire une altération chimique ou chirurgicale sur un corps sain, c'est toute une décision. Prendre des bloqueurs de testostérone, prendre des surdoses de médicaments, ça a des conséquences. Je suis consciente des risques. Ça fait peur, mais moins que de rester comme avant.

8. Que répondez-vous à ceux qui disent que changer de sexe est un luxe?

Dans le système médical ici, on paie pour beaucoup d'interventions facultatives comme des reconstructions de becs-de-lièvre ou après des accidents. Les gens peuvent survivre sans ces opérations, mais on le fait pour les aider. Une autre question par contre, c'est pourquoi cette chirurgie est nécessaire ? À cause des pressions sociales? Est-ce que si j'étais née aujourd'hui, j'aurais poursuivi une demande de chirurgie transsexuelle? C'est une très bonne question. J'ai été élevé dans un monde où je pouvais être homme ou femme. Pas les deux en même temps.

Pour moi, l'idée d'être à mi-chemin entre homme et femme, c'était très insécurisant, insupportable. Et je ne pouvais pas rester homme.

Morgane Oger

Peut-être que dans 20 ou 30 ans, il y aura moins ce besoin de nous intégrer strictement comme homme ou femme, qu'un flou autour des genres sera mieux accepté. 

9. Qu'est-ce qu'on ne vous demande pas assez?

Ce que je pense sur les autres sujets que ceux liés aux réalités transgenres (rires). J'aimerais qu'on me demande en quoi l'acceptation des personnes transgenres est bonne pour les autres minorités.

10. En quoi est-elle bonne?

Parce que ça donne une chance d'humaniser des expériences de vie inconnues par la majorité des Canadiens, d'ouvrir les yeux sur des besoins différents, mais valables. Juste pour rappeler qu'il faut faire attention à tout le monde.

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