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Le Plan d'action en économie numérique vu par les entreprises en démarrage

La ministre responsable de la Stratégie numérique, Dominique Anglade, et le premier ministre, Philippe Couilllard, ont dévoilé la Stratégie numérique du Québec.
La ministre responsable de la Stratégie numérique, Dominique Anglade, et le premier ministre, Philippe Couilllard, ont dévoilé la Stratégie numérique du Québec. Photo: Radio-Canada
Catherine Mathys

Ce matin, le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, accompagné de la ministre de l'Économie, de la Science et de l'Innovation et ministre responsable de la Stratégie numérique, Dominique Anglade, a dévoilé le Plan d'action en économie numérique ainsi que le processus de cocréation de la Stratégie numérique.

Qu'en pensent les entreprises en démarrage?

Je me suis demandé comment l'écosystème très dynamique des jeunes entreprises Internet au Québec voyait ces annonces. Et puis, j'ai vu le tweet de Sylvain Carle, directeur général de FounderFuel et associé à RealVentures.

J'en ai profité pour lui poser quelques questions. Voici l'entretien qu'il m'a accordé.

Pourquoi avoir tweeté cela, était-ce étonnant que le gouvernement fasse allusion aux entreprises émergentes?

"Ce qui m'étonne, c'est qu'on ait dû attendre jusqu'en 2016 pour que ça arrive. Le monde des startups, c'est comme un monde à part pour lequel le gouvernement n'avait pas de compréhension. Pour des gens qui sont en économie classique, ça reste des bibittes difficiles à cerner, des startups. Pour moi, ce matin, les mots choisis étaient une manifestation de l'évolution de la réflexion."

En tant qu'acteur du monde des entreprises en démarrage, êtes-vous content de ce que vous avez entendu ce matin?

"Dans l'ensemble, oui. Je qualifierais l'annonce d'un bon début. Il a fallu attendre longtemps. C'est sûr qu'il fallait présenter un plan d'action d'économie numérique qui n'existe pas, qui est chapeauté par une stratégie qui n'existe pas, et qui sera construite avec les gens. Ça fait un peu alambiqué, mais c'est le résultat d'une nouvelle façon de faire qui s'installe. Et ça, c'est positif. Ce que je peux dire, c'est qu'il n'y a jamais eu autant d'écoute pour cette idée de collaboration, de consultation. C'est un grand pas en avant.

Le défi, ce sera la mise en œuvre [du plan]. Par exemple, c'est une bonne nouvelle d'ajouter 100 millions de dollars en infrastructures pour l'accès au réseau, mais ce sera quel genre de réseau, géré par qui? Il va coûter combien? Il sera ouvert, ou fermé? Est-ce que ce sont les grandes compagnies de télécommunications qui vont s'enrichir?"

Mais on peut dire que, dans l'ensemble, le changement de discours est favorable.

"Absolument. L'autre mesure qui est un peu passée inaperçue, c'est celle d'ouvrir le marché public aux startups, de modifier les conditions pour faciliter l'accès de ces entreprises à l'économie créée par le gouvernement lui-même, ce qui est une partie assez importante, et ça aussi, c'est une bonne nouvelle.

En ce moment, les critères des appels d'offres sont là pour s'assurer d'avoir des soumissionnaires capables de répondre aux besoins, mais ce sont souvent des barrières à l'entrée. On veut une compagnie qui a au moins tant d'années d'existence, qui a au moins tant de revenus ou tant d'employés. Ces mesures-là sont bonnes dans le sens où elles tentent de prévenir les mauvais choix, mais avec le temps, elles sont devenues des obstacles pour les jeunes entreprises innovantes qui n'ont peut-être que deux ans d'existence et qui n'ont peut-être pas encore 1 million de ventes, mais qui ont la meilleure innovation sur le marché! Même si c'est reconnu, elles n'ont pas accès [à ces mesures]."

Ce sont deux visions de l'économie qui s'affrontent.

"Ça touche en effet à une plus grande question, celle des critères qu'on utilise pour évaluer l'économie ou les programmes. Ce sont des critères établis dans les années 60, 70 et 80, avec une économie non numérique, traditionnelle. Le numérique ne cadre plus avec cette manière d'évaluer les choses. Par exemple, l'exportation. Si on est sur le réseau, on exporte par défaut. Ça n'enlève pas le fait qu'on ait besoin de missions commerciales et de ce genre de choses, mais avant, une entreprise qui exportait arrivait à un certain stade de maturité, mais là, on exporte quasiment dès le départ avec Internet. Alors, qu'est-ce que l'exportation dans ce contexte-là?

Un autre exemple serait celui de la création d'emplois. Au gouvernement, on évalue beaucoup la performance d'une entreprise selon le nombre d'employés. Mais des startups comme Instagram qui valent 2 milliards avec 10 employés, ça a beaucoup plus de valeur que d'autres avec 1000 employés. De regarder le numérique avec une lorgnette du 20e siècle fait qu'on n'appréhende pas la situation correctement, parfois."

Vous sentez donc un vent de changement au gouvernement?

"Oui, il y a une prise de conscience. Mais un des champs d'intervention que j'ai mentionnés et qui n'a pas été mis en place, c'est la modernisation et la transformation du gouvernement lui-même.

J'ai fait partie d'un conseil mis sur pied dans la dernière année pour finaliser le plan dévoilé ce matin. J'en ai parlé sur mon blogue cette semaine. Tout s'est fait de manière très dirigée, nous n'avions pas tant d'impact. On a été appelé à commenter une liste prédéterminée de sujets, mais on ne pouvait pas ajouter des points comme la modernisation de l'État. Ce n'était pas dans les cartes cette fois-ci.

On a fonctionné de la manière la plus antinumérique pour monter un plan d'action numérique. Mais en même temps, ce que ça nous a permis de faire, c'est de monter une plateforme en ligne, ouverte, où les gens peuvent participer. Ce genre d'initiative a très bien fonctionné en France."

C'est un début. 

Techno