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Les feluettes, c'est notre Roméo et Juliette

L'opéra « Les feluettes »
L'opéra « Les feluettes » Photo: Radio-Canada
Franco Nuovo

Après avoir été jouée un peu partout dans le monde et avoir été adaptée au grand écran, voilà que l'œuvre écrite par Michel Marc Bouchard il y a plus de 30 ans se retrouve à l'Opéra de Montréal, à Wilfrid-Pelletier, dans la grande salle, sur la grande scène qui accueille plus de 80 chanteurs, musiciens, figurants. À l'opéra! Même l'auteur désormais librettiste ne pouvait y croire. Et pourtant!

Franco Nuovo
Un texte de Franco Nuovo
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Quand, en 1987, André Brassard a mis en scène cette histoire d'amour non conventionnelle pour l'époque, il était certain qu'elle demeurerait confinée à la petite salle Fred-Barry, où elle a été créée. Un an plus tard, ce texte romantique s'est retrouvé au TNM. C'était le début d'un grand voyage, d'une grande épopée.

J'ai eu le privilège jeudi d'assister à la générale de cet opéra mis en scène par Serge Denoncourt. La salle était vide hormis quelques invités éparpillés au parterre, mais 2000 étudiants avaient envahi les balcons.

Extrait: Les Feluettes

Je me suis engagé, bien sûr, à ne pas faire de critique, mais j'en ai vu assez pendant ces 2 h 45 pour constater que l'œuvre a encore une fois passé la rampe pour faire de nous les témoins d'une histoire d'amour plus grande que nature, plus forte que les préjugés et aussi gigantesque que le drame classique qu'on nous y raconte.

Les feluettes, c'est Roméo et Juliette, Tristan et Iseult, Le rouge et le noir, La Belle et la Bête... C'est l'intensité dramatique. C'est la tradition revue. C'est l'amour à l'état le plus pur indépendamment des sexes. C'est une vraie histoire d'amour, une vraie quête de l'autre qui va au-delà de l'orientation sexuelle. Michel Marc Bouchard avait 26 ans quand il a écrit Les feluettes; 26; un jeune homme, un tout jeune homme.

Michel Marc BouchardMichel Marc Bouchard Photo : Radio-Canada

Quand on lui demande d'expliquer le succès de sa pièce, il répond : « On a comblé un vide, je crois. Ce n'était pas le temps de parler de couple, personne ne parlait d'amour et nous on s'est permis d'être fleur bleue dans une structure théâtrale réelle. »

Et puis, on ne peut négliger que ça s'est inscrit dans un courant. Pensons à Normand Chaurette, à Being at Home with Claude, de René-Daniel Dubois.

Même si Michel Marc Bouchard a dû, bien sûr, revoir la structure pour l'adapter à l'opéra, sa langue reste belle, magnifique, émouvante.

Entre Montréal et Vancouver

Il y a des années, en 1996, après avoir vu Lillies (Les feluettes porté au cinéma par le réalisateur John Greyson), le compositeur Australien Kevin March a approché Michel Marc Bouchard dans l'espoir de faire de sa pièce un opéra. Les années ont passé et le projet s'est réalisé. Ce spectacle beau et touchant est donc né de la volonté du compositeur et de deux maisons d'opéra, celles de Vancouver et de Montréal.

L'opéra « Les feluettes »L'opéra « Les feluettes » Photo : Radio-Canada

Ainsi, l'art le plus conservateur se marie ici à un drame où les femmes sont incarnées par des mâles, où deux hommes s'aiment d'une passion dévorante que Denoncourt nous propose dans des tableaux dignes de peintures de la Renaissance. Deux hommes qui s'aiment jusqu'à la mort.

L'histoire racontée par l'auteur des Muses orphelines, de Tom à la ferme, porté à l'écran par Xavier Dolan, et de Christine, la reine-garçon est universelle. Le sentiment amoureux qu'il nous dépeint est plus fort que le médium qui le porte, que ce soit le théâtre, le cinéma ou encore maintenant l'opéra.

Du théâtre à l'opéra

Michel Marc Bouchard était assis à quelques fauteuils de moi. Il était de toute évidence fébrile et heureux de ce qu'il a vu ce jeudi soir là sur la scène de Wilfrid-Pelletier. Et avec raison. Avec ce spectacle, lui qui n'a dans sa tête d'autre agenda que le théâtre, et ce, depuis longtemps maintenant, vient de mettre le doigt sur quelque chose d'unique.

Il devait particulièrement être fier, heureux et soulagé quand il a entendu dans cette salle des étudiants applaudir à tout rompre et crier comme s'ils venaient d'assister à un concert rock.

L'opéra « Les feluettes »L'opéra « Les feluettes » Photo : Radio-Canada

Ma fille, qui m'accompagnait, applaudissait à s'en arracher les mains et hurlait littéralement des bravos et des You-ou! Il y a des histoires éternelles qui nous rappellent, heureusement, que contre l'amour on ne peut rien faire.

Ah! J'allais oublier : un mot sur les deux étoiles montantes Étienne Dupuis et Jean-Michel Richer. Ils chantent, mais aussi ils osent, si bien qu'on ne doute pas deux secondes de la passion qui les habite.

Un seul bémol, il n'y aura pour le moment que quatre représentations des Feluettes en version opéra à Montréal, soit les 21, 24, 26 et 28 mai. Quand on voit le travail et l'énergie déployés sur cette scène, on ne peut que regretter que ça ne se prolonge pas. Ce qui est dommage.

Grand Montréal

Musique