•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Abdeslam reste silencieux devant le juge d'instruction

L'avocat de Salah Abdeslam, Frank Berton, répond aux questions des journalistes.

L'avocat de Salah Abdeslam, Frank Berton, répond aux questions des journalistes.

Photo : Reuters/Gonzalo Fuentes

Reuters

Le premier interrogatoire de Salah Abdeslam en France a tourné court vendredi après que le seul rescapé présumé du commando djihadiste qui a fait 130 morts à Paris et Saint-Denis le 13 novembre dernier eut fait valoir son droit au silence.

Salah Abdeslam, 26 ans, était arrivé en début de matinée au palais de justice de Paris dans un convoi sous haute surveillance policière.

Il « a d'entrée de jeu fait valoir son droit au silence, en refusant de répondre aux questions du juge d'instruction », a fait savoir un porte-parole du parquet dans un message envoyé à Reuters.

Il a refusé de préciser les raisons le conduisant à faire un tel usage de son droit au silence. 

Porte-parole du parquet

Son avocat français, Me Frank Berton, avait fait savoir en début de semaine qu'il ne communiquerait « ni avant, ni pendant, ni après » l'interrogatoire de son client.

Lors de son premier passage devant les magistrats, qui s'est soldé, le 27 avril dernier, par sa mise en examen et son incarcération, Salah Abdeslam avait indiqué qu'il refusait de s'exprimer pour l'instant, invoquant les conditions « musclées » de son transfert depuis la Belgique.

Mais il avait promis de s'expliquer ultérieurement, faisant de ce rendez-vous un moment très attendu. D'autant plus que depuis, Frank Berton répétait à l'envi que son client souhaitait collaborer avec la justice.

Les parties civiles ne sont pas étonnées

« Les conditions de mon engagement dans ce dossier ont été claires : je ne défends pas quelqu'un qui se tait parce qu'il n'y a pas de prise pour moi. Si l'accusé est muet, la justice le devient aussi. Et ça, ça ne m'intéresse pas », expliquait-il ainsi le 7 mai dans L'Obs.

Les juges attendaient de Salah Abdeslam, considéré au minimum comme le logisticien des attaques revendiquées par le groupe armé État islamique, qu'il précise son rôle dans leur préparation et leur déroulement. Il est en effet le seul suspect clé entre les mains de la justice française, qui a mis en examen deux autres personnes, le « logeur » de Saint-Denis, et l'intermédiaire entre ce dernier et la cousine d'Abdelhamid Abaaoud, commanditaire présumé des attaques.

Ils espéraient aussi obtenir des informations qui permettraient d'éviter d'autres attentats en Europe.

Les parties civiles, qui seront reçues par les juges les 24, 25 et 26 mai prochain , n'étaient pas optimistes.

« Son cheval de bataille, c'est de se faire passer pour un comparse qui s'est laissé embobiner », rappelait ainsi jeudi Me Gérard Chemla, qui représente entre 70 et 80 parties civiles.

Pour sa collègue Samia Maktouf, son refus de parler était prévisible. « C'est bien la preuve que c'est quelqu'un qui ne collaborera jamais avec la justice. Il fait parler les morts, mais il ne parle pas », a-t-elle dit.

On ne lui faisait pas confiance, et on ne lui fera jamais confiance.

Samia Maktouf, avocate

Le rôle exact de ce Français d'origine marocaine reste à définir.

« Petit con » à l'intelligence « d'un cendrier vide », selon son avocat belge Sven Mary, il semble vouloir minimiser sa responsabilité dans les attentats. Mais pour les enquêteurs, il serait plutôt la cheville ouvrière de leur organisation.

C'est lui qui a convoyé des assaillants à travers l'Europe avant les attaques et qui a loué deux des trois véhicules utilisés par les djihadistes le soir du 13 novembre. Et lui encore qui a déposé trois kamikazes devant le Stade de France, souligne une source proche du dossier.

Les enquêteurs s'interrogent par ailleurs sur son rôle dans un possible attentat avorté dans le XVIIIe arrondissement de Paris, où une voiture a été retrouvée. Son téléphone portable a en effet été accroché par une borne téléphonique dans cet arrondissement après les attaques, avant d'être localisé près de Montrouge (Hauts-de-Seine), où une ceinture d'explosifs a été retrouvée.

Devant les enquêteurs belges, Salah Abdeslam a déclaré avoir voulu se faire exploser au Stade de France, avant de renoncer à ce projet, d'abandonner sa ceinture et de rejoindre la Belgique. Il a aussi dit ne pas connaître Abdelhamid Abaaoud, qui avait pourtant grandi dans le même quartier de Bruxelles, selon une source proche du dossier.

Il a refusé de confirmer ces déclarations vendredi, a indiqué le parquet.

Dans L'Obs, Frank Berton disait lui avoir demandé de réfléchir à cinq points en amont de son premier interrogatoire sur le sol français : le Bataclan, le Stade de France, la ceinture d'explosifs, la voiture laissée dans le 18e arrondissement et son passage à Montrouge.

Pour aider à reconstituer le parcours de celui qui est incarcéré et placé à l'isolement à la prison de Fleury-Mérogis (Essonne) depuis le 27 avril, les juges français ont demandé à leurs homologues belges qu'ils leur remettent quatre personnes inculpées à Bruxelles.

Trois d'entre elles sont soupçonnées d'avoir aidé Salah Abdeslam dans sa fuite, une fuite qui a duré près de quatre mois et a fait de lui l'homme le plus recherché d'Europe, avant son arrestation le 18 mars à Molenbeek, quatre jours avant les attentats de Bruxelles.

International