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Des universités québécoises s'intéressent sérieusement au hockey

Manon Simard, directrice du programme de sport d'excellence de l'Université de Montréal

Manon Simard, directrice du programme de sport d'excellence de l'Université de Montréal

Photo : Société Radio-Canada

BILLET – La chronique de mercredi, intitulée Et si les universités québécoises révolutionnaient notre hockey? a suscité énormément de réactions dans le petit univers du hockey et dans le milieu universitaire.

Un texte de Martin LeclercTwitterCourriel

Seulement trois universités québécoises (et une seule francophone) investissent dans le hockey masculin en ce moment. Le hockey étant un sport à développement tardif, cette absence d'implication du milieu universitaire crée un vide énorme au sommet de la quatrième plus grande pyramide de développement au monde.

Oui, vous avez bien lu. Hockey Québec est démographiquement la quatrième plus imposante fédération de hockey du monde.

Comment les dirigeants des programmes universitaires (autres que McGill, Concordia et l'UQTR) perçoivent-ils le monde du hockey masculin? Croient-ils possible de créer des programmes de très haut niveau dans le contexte québécois? Souhaitent-ils reprendre le flambeau?

Comme promis mercredi, je cède la parole aux dirigeants des programmes de l'Université de Montréal, de l'Université de Sherbrooke, de l'Université du Québec à Chicoutimi et de l'Université du Québec à Montréal.

***

Manon Simard, directrice des programmes sportifs de l'Université de Montréal.

Toutes catégories et tous sports confondus, Manon Simard est peut-être la plus redoutable directrice sportive au Québec en ce moment.

Lorsque cette femme extrêmement compétitive est arrivée en poste il y a 21 ans, il n'y avait plus de programmes d'excellence à l'Université de Montréal (UdeM). Les programmes de hockey féminin et de football masculin sont assez rapidement devenus de véritables puissances sur la scène canadienne. Les titres nationaux s'accumulent. Le hockey féminin développe des athlètes pour l'équipe nationale et des joueurs de l'équipe de football sont constamment sélectionnés au repêchage de la LCF ou épiés par des équipes de la NFL.

Et cette année, une quinzaine d'équipes de l'U de M ont remporté des championnats provinciaux.

« À l'Université de Montréal, avant de lancer un programme sportif, on se pose toujours les mêmes questions : Comment pourrons-nous jouer un rôle précis dans ce milieu de développement et comment pourrons-nous contribuer? Allons-nous aider nos athlètes à passer à l'échelon supérieur? », explique-t-elle.

« Une fois qu'on a répondu à ces questions, il faut être en mesure de bien faire les choses pour offrir le maximum aux athlètes qui décident de venir étudier et pratiquer leur sport chez nous. »

L'UdeM considère pour l'instant que le milieu du hockey masculin est freiné par toutes sortes de luttes de pouvoir. Notamment entre Hockey Québec et le hockey scolaire.

« Mes ressources financières étant ce qu'elles sont (limitées), je me dis que ça ne vaut pas la peine de nous lancer dans le hockey masculin si nous ne faisons pas une différence et si la structure du hockey n'est pas favorable, orientée et unifiée. La première condition, c'est de faire partie de la vision des intervenants du hockey québécois. Et présentement, ce n'est pas ce que je vois. »

Ce jugement n'est toutefois pas sans appel.

Tout au long de notre longue entrevue, Manon Simard rappelle que les circonstances pourraient changer rapidement. « Et si ce changement survenait, je crois que les universités embarqueraient. Je dis bien, les universités. »

« Personnellement, si on me présentait un plan articulé qui démontrait que nous pourrions jouer un véritable rôle et contribuer à faire passer des athlètes à l'autre niveau, j'écouterais », dit-elle.

« Mais nous ne souhaitons pas récupérer des joueurs de hockey qui veulent juste tenter de gagner un championnat canadien en terminant leurs études. Nous voulons des athlètes qui rêvent encore et qui veulent aller plus loin. Si nous décidons de créer un programme de hockey, ce ne sera pas pour finir deuxièmes au Canada. »

Le programme de football de l'UdeM opère avec un budget annuel légèrement inférieur à un million. Manon Simard estime qu'un programme de hockey masculin de première qualité nécessiterait au moins un investissement annuel de quelque 750 000 $.

***

Brenda Laliberté, coordonnatrice des équipes Vert & Or de l'Université de Sherbrooke.

L'Université de Sherbrooke estime que son excellent programme de football masculin mobilise d'importantes ressources financières et que, dans un contexte budgétaire difficile pour les universités québécoises (qui viennent de faire face à cinq années consécutives de compressions), l'aventure du hockey masculin n'est pas réalisable.

« Une équipe de hockey masculin nécessiterait environ le même investissement que notre équipe de football. Ce n'est pas un manque d'intérêt de notre part, mais les ressources ne sont pas là en ce moment. Notre position pourrait toutefois être revue si nous pouvions compter sur des investisseurs externes (un peu comme le programme du Rouge et Or à Québec) », précise Brenda Laliberté.

Pour tous les intervenants interrogés, une vive préoccupation se dégage : avant de lancer un programme de hockey masculin, il faut être capable d'en assurer la qualité et la pérennité.

« Si on lance un tel projet, on veut mettre sur pied une vraie machine sportive et on ne veut pas y aller à moitié. Il faut se comparer aux programmes existants. Il faut que le programme soit fort et qu'il ait des assises financières suffisantes pour assurer son fonctionnement pendant plusieurs années », souligne-t-elle.

La présence d'une équipe de la LHJMQ (le Phoenix) dans le même marché constitue aussi un obstacle aux yeux de l'Université de Sherbrooke. Aux guichets, le Phoenix n'est pas encore supporté totalement par la communauté sherbrookoise.

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Philippe Gagnon, responsable du sport d'excellence de l'Université du Québec à Chicoutimi.

Au milieu des années 1980, comme plusieurs autres universités québécoises, l'Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) a sabré ses programmes sportifs d'excellence. Les Inuk ont donc été rayés de la carte. Au milieu des années 2000, le lancement raté d'un programme de football a aussi laissé un arrière-goût amer dans les murs de l'université.

Mais les temps ont changé. Et l'université est maintenant à la recherche d'un programme fort, d'une locomotive qui entraînera les autres programmes sportifs de l'université dans son sillage.

Pour Philippe Gagnon, il n'y a pas de doute : l'UQAC doit miser sur le hockey masculin. D'autant plus qu'un aréna flambant neuf vient d'être construit sur le campus. « Toute l'infrastructure est en place pour qu'on puisse se lancer », estime-t-il.

« S'il y a un créneau qui nous convient parfaitement, c'est bien celui du hockey masculin. Ça créerait un happening sur le campus et ça développerait un sentiment d'appartenance envers l'université. Si ce programme avait du succès, on aurait tous les ingrédients en place », soutient Philippe Gagnon.

« Je ne sais pas si nous pourrions développer des joueurs de la LNH. Mais chose certaine, nous pourrions aider des athlètes à faire carrière au hockey. Il est certes souhaitable et plus intéressant d'obtenir un diplôme avant, par exemple, d'aller faire carrière en Europe. »

Créer un programme phare en basketball ou en soccer apparaît plus difficile à Chicoutimi.

« Nous sommes à 450 km de Montréal et les chances sont minces pour nous d'attirer des joueurs qui pratiquent ces sports à Montréal. Au hockey, les joueurs talentueux sont habitués de voyager dès leur jeune âge (et dans la LHJMQ), à la grandeur du Québec. »

Le responsable des sports d'excellence croit qu'il est possible pour l'UQAC de se faire une belle niche en hockey masculin. Mais encore là, il y a des considérations financières dont il faut tenir compte. Il estime les coûts de fonctionnement annuels à quelque 600 000 ?.

« Ça nous prend de l'énergie et de l'investissement. Il faut vendre le projet à la haute direction de l'université. Un tel programme d'excellence, c'est aussi un projet de relations publiques pour l'université. Je suis d'avis que c'est un porte-étendard qui s'inscrit dans les relations publiques d'une université.

« Notre difficulté ici, c'est que notre économie locale dépend largement des grandes entreprises installées dans la région. Je ne sais pas si nous serions capables d'être soutenus par notre milieu. Je crois donc qu'il nous faudrait un soutien institutionnel important au cours des cinq premières années », conclut-il.

Philippe Gagnon est en train d'établir des contacts solides dans le monde du hockey dans l'espoir présenter un plan crédible à ses supérieurs.

***

Daniel Méthot, coordonnateur du programme de sports d'excellence de l'Université du Québec à Montréal.

L'Université du Québec à Montréal (UQAM) jauge depuis quelques années la possibilité de créer un programme de hockey masculin.

« Ce serait incroyable. Ce serait notre plus gros programme! Une équipe de hockey des Citadins serait pour nous une locomotive. Ce serait l'équivalent d'un programme de football au sein d'une autre université », lance Daniel Méthot.

En 2019, l'UQAM célébrera son 50e anniversaire et le coordonnateur des sports d'excellence croit que le moment serait bien choisi pour lancer un programme de hockey.

« Mais nous faisons face à un défi de taille : nous n'avons pas d'aréna. Notre campus est situé en milieu urbain. Nous devrions donc nous entendre avec la Ville pour nous installer dans un aréna à proximité et obtenir les heures de glace nécessaires », dit-il.

Lorsqu'il constate l'émergence du hockey collégial et du hockey scolaire, Daniel Méthot estime qu'il serait normal qu'il y ait un débouché universitaire pour les hockeyeurs. Il croit aussi que les universités pourraient faire appel à leur expertise interne pour faire du hockey autrement.

« Nous avons des départements de kinésiologie, de science du sport, de psychologie. Nous pourrions faire les choses autrement au lieu de reproduire les mêmes modèles tout en espérant des résultats différents.

« Je vois des débouchés pour nos hockeyeurs universitaires. Le hockey est un sport à développement tardif. Ce n'est pas vrai que nos joueurs sont finis à 20 ans. Il serait possible d'en envoyer en Europe ou d'en faire graduer dans la Ligue américaine. J'y crois fermement », insiste-il.

Quelle sera la marche à suivre pour lancer ce projet à l'UQAM?

« Nous étudions cela sérieusement et nous sommes rendus à l'étape du réalisme. C'est un gros projet. Nous ne pouvons pas faire cela à moitié. Nos programmes sportifs sont financés par nos 40 000 étudiants. Les étudiants doivent s'approprier le projet. Nous devons les consulter. Ensuite, la deuxième phase sera la création d'un comité composé de sages, d'étudiants et de membres de la direction.

« Nous devons établir des fondations solides. Nous devons trouver des partenaires sérieux et des entraîneurs irréprochables pour lancer ce programme », conclut-il.

***

Toutes les universités n'ont pas été consultées à l'occasion de ce tour de table. Mais tout de même, une intéressante conclusion se dégage.

Il y a 10 ou 15 ans, les universités n'avaient aucun intérêt (ou très peu) pour le hockey masculin.

Or, le portrait a visiblement changé. Certaines institutions sont en train d'articuler des plans alors que d'autres constatent que le sport est en mouvance et qu'elles auront éventuellement un sérieux rôle à y jouer.

Grâce à l'expertise et à la compétitivité des universités, le hockey québécois connaîtra peut-être une intéressante période d'effervescence d'ici quelques années.

Trouver les fonds nécessaires pour développer et opérer de tels programmes restera toujours une préoccupation majeure. Mais l'exemple des programmes de football de Laval, Montréal et Sherbrooke nous enseigne toutefois que lorsque les décideurs des programmes d'excellence décident de prioriser un projet, ils finissent généralement par trouver les appuis nécessaires et par assurer sa continuité.

À toute épreuve, le blogue de Martin Leclerc.

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