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Six mois après la coulée de boue au Brésil, la vie peine à reprendre

Le site de la mine de minerai de fer de Samarco, au Brésil, où un barrage retenant les eaux usées, a cédé en novembre 2015.

Photo : ICI Radio-Canada/Nicolas Doyon

Radio-Canada

Cours d'eau contaminés, faune détruite, économie exsangue. Six mois après le pire désastre écologique du Brésil, les habitants des régions touchées tentent toujours de retrouver un peu de leur vie emportée par la coulée de boue.

Un texte de Jean-Michel LeprinceTwitterCourriel

Le 5 novembre 2015, deux barrages de la mine de fer Samarco, dans l'État du Minas Gerais, au Brésil, se rompent. L'incident provoque un gigantesque tsunami de boue rouge qui se répand dans toute la région.

La coulée de boue écrase sur son passage le village de Bento Rodrigues, qui compte 650 habitants; 19 d'entre eux périront. Les survivants, dont la vie restera brisée pour longtemps, seront relogés tant bien que mal.

La marée rouge se répand dans deux petites rivières, affluents du rio Doce, affectant 22 villages sur son passage. Le rio Doce (fleuve doux) est maintenant surnommé rio morto (fleuve mort), car la boue a tout tué sur son passage et compromis l'approvisionnement en eau des communautés, dont plusieurs sont autochtones. Et négligées.

Des maisons détruites par la coulée de boue à Bento Rodrigues, dans l'État du Minas Gerais.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des maisons détruites par la coulée de boue à de Bento Rodrigues, dans l'État de Minas Gerais.

Photo : ICI Radio-Canada/Nicolas Doyon

La couverture de la catastrophe est difficile. L'accès est limité, l'information circule mal, le territoire est trop vaste.

Et puis, une semaine plus tard surviennent les attentats de Paris. Le plus grand désastre écologique du Brésil, dont l'ampleur a été comparée à celle de la marée noire de la BP dans le golfe du Mexique, passe inaperçu dans le reste du monde.

Le village de Bento Rodrigues, enseveli par la boue.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le village de Bento Rodrigues, enseveli par la boue.

Photo : ICI Radio-Canada/Nicolas Doyon

Au bout de plus d'une semaine, la marée rouge, suivant le cours du rio Doce, parvient à Linhares, la plus grande ville de la région, 650 km plus loin, au bord de l'océan.

Les autorités parviennent à protéger leurs puits de captation d'eau et dressent à la hâte des barrages pour protéger les lacs de la contamination. La région compte 64 lacs d'eau limpide, dont seul le plus grand, le lago Juparanã, a été légèrement contaminé. Une substance rouge, collante, flotte entre deux eaux.

Comme le lac est coupé de son contact naturel avec le rio Doce, son niveau a baissé de 2 mètres et il continuera à baisser. Pendant combien de temps? C'était la plage d'eau douce des habitants de Linhares.

Un village de pêcheurs dévasté

La communauté de Regencia, à l'extrémité du delta du rio Doce, est totalement sinistrée. Elle vivait de la pêche et du tourisme. Sa plage de surf, qui fait partie des 10 plus belles du Brésil, est fermée à la baignade.

La plage de Regencia, au BrésilAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La plage de Regencia a été contaminée, elle aussi, par la marée rouge.

Photo : ICI Radio-Canada/Nicolas Doyon

Les poissons de toute la côte sont contaminés, l'eau contient des métaux lourds, la pêche est interdite. On ne connaît toujours pas l'impact social et écologique de la catastrophe.

Luciano Cunha Cabral, biologiste à la mairie de Linhares

Les mangroves, pépinières de vie marine, ont aussi été touchées par la marée rouge. Leur faune est en danger pour longtemps. Le résidu minier de fer, d'aluminium et de manganèse est totalement stérile. Il ne contient aucune matière organique.

Le gouvernement brésilien a dédommagé les pêcheurs pour leurs revenus perdus. Des étrangers sont apparus au village et réclament la même chose. Les écoles se retrouvent subitement avec une vingtaine d'élèves de plus. Des personnes tentent de profiter d'indemnités auxquelles elles n'ont pas droit.

Bateaux de pêche à Regencia, au BrésilAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les pêcheurs sont privés de leur gagne-pain à Regencia, au Brésil.

Photo : ICI Radio-Canada/Nicolas Doyon

Les commerçants qui vivaient du tourisme commencent également à se faire entendre et devraient bientôt être indemnisés.

On cherche des projets à long terme pour occuper les gens : pêche en haute mer, pisciculture en bassins. Une ONG a mis en place une activité de fabrication de chandails qui donne du travail à une trentaine de personnes, mais elle ne peut faire de plus.

Une poissonnerie de Regencia, qui a dû fermer ses portes.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les poissonneries de Regencia ont dû fermer leurs portes après la coulée de boue.

Photo : ICI Radio-Canada/Nicolas Doyon

Le rio Doce et son estuaire, qui étaient déjà pollués, retrouveront-ils un jour un début de santé? Personne n'est en mesure de le dire. La marine brésilienne a annoncé qu'elle allait garder secrètes ses études d'impact pendant cinq ans, ce qui soulève de nombreuses inquiétudes.

Des dommages encore difficiles à évaluer

Le barrage appartient à la compagnie Samarco, détenue à parts égales par les entreprises brésilienne Vale et anglo-australienne BHP Billiton. Initialement, Samarco s'était engagée à débourser au moins 260 millions de dollars pour réparer les dégâts environnementaux.

Au début du mois de mai 2016, la justice brésilienne a fixé à 50 milliards de dollars ce que devront finalement verser les entreprises pour réparer les dommages. Mais elles ne les ont pas.

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