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Résidences pour aînés : la pertinence des exercices d'évacuation remise en question

Résidences pour aînés : des lacunes dans les évacuations
Radio-Canada

Un peu plus de deux ans après la tragédie de L'Isle-Verte qui a fait 32 morts, des résidences pour personnes âgées hésitent à effectuer des exercices d'évacuation incendie avec les résidents, selon l'Association des chefs en sécurité incendie du Québec.

Un texte de Jean-Philippe RobillardTwitterCourriel

L'Association convient que ces exercices d'évacuation peuvent être ardus pour les aînés, mais soutient qu'ils sont très utiles.

Selon un règlement de la Régie du bâtiment du Québec, les propriétaires des résidences pour aînés doivent faire des exercices d'évacuation incendie au moins deux fois par année. Dans plusieurs municipalités, ils sont supervisés par les pompiers. À Laval, par exemple, le service incendie accompagne chacune des résidences une fois par année. À Lévis, on les accompagne tous les deux ans et, à Longueuil, tous les trois ans.

Évacuer une résidence pour aînés

« On recommande à nos services d'incendie, comme Association, de participer aux exercices d'incendie, de s'assurer que les propriétaires le fassent. Mais je ne suis pas persuadé que ça va se faire de façon systématique si les services d'incendie ne font pas le suivi. Donc, on soulève une inquiétude. On sait que certains groupes de propriétaires qui représentent des résidences pour personnes âgées ont incité leurs gens à ne pas faire d'exercices en prétendant que c'était dangereux pour les résidents », déplore le vice-président de l'Association des chefs en sécurité incendie du Québec, Sylvain Dufresne

C'est essentiel, c'est primordial l'exercice d'évacuation.

Sylvain Dufresne, Association des chefs en sécurité incendie du Québec

Voici un exercice d'évacuation incendie dans une résidence privée pour aînés de Laval, le Manoir St-Claude, où une vingtaine de personnes en perte d'autonomie résident :

Les exercices d'évacuation incendie relèvent des services incendies des municipalités et de la Régie du bâtiment du Québec. Les délais d'évacuation proposés par le ministère de la Sécurité publique varient de 3, 5, 8 à 11 minutes. Ils tiennent compte notamment du type de construction, des caractéristiques du bâtiment et des équipements d'alarme et de sécurité incendie.

Selon Sylvain Dufresne, ce type d'exercices peut permettre de sauver des vies et peut-être même d'éviter des tragédies. « L'exercice d'évacuation est là pour nous permettre, un, de sensibiliser les résidents à leur réalité, de former le personnel qui est sur place et, deux, de valider que la résidence répond aux normes du guide qui a été développé pour évaluer les exercices d'évacuation », explique-t-il.

Le Regroupement québécois des résidences pour aînés nie inciter ses membres à ne pas faire d'exercices d'évacuation. Il réclame que les aînés soient exemptés des exercices d'évacuation incendie pour assurer leur sécurité.

Son président, Yves Desjardins, estime que ce genre d'exercice chronométré ne vaut pas la peine d'être fait. « Nous, on ne pense pas que ce soit primordial. Maintenant, il faut sensibiliser les résidents. Il faut que les gens connaissent les consignes, les parcours pour quitter le bâtiment, [qu'ils sachent] quoi faire en cas d'incendie. Il faut qu'il y ait au moins deux parcours, mais on ne pense pas que les faire courir dans les escaliers soit une bonne idée. Après un exercice d'évacuation, on en a pour deux ou trois jours à rassurer les gens, à dire que la résidence est sécuritaire, qu'il n'y a pas de danger », relate-t-il.

À l'Association de défense des droits des personnes retraitées, la présidente Judith Gagnon milite pour un exercice d'évacuation chronométré. « Il faut qu'on se pratique en cas de feu. C'est notre santé et notre sécurité. Il faut vraiment qu'on fasse des exercices. Si on ne se pratique pas, on ne peut pas savoir le temps requis, on ne peut pas savoir comment ça va aller, comment ça va aller dans l'environnement », soutient-elle.

Échecs dans les exercices

Des rapports obtenus en vertu de la loi d'accès à l'information montrent que plusieurs résidences québécoises ne réussissent pas l'exercice d'évacuation incendie en présence du service incendie local. À Lévis, par exemple, près de 40 % des exercices ont été un échec. À Laval, c'est 15 %.

Les lacunes observées lors des exercices d'évacuation sont souvent les mêmes :

  • délai d'évacuation (3, 5, 8 ou 11 minutes) non respecté;
  • coordination d'évacuation inefficace;
  • son de l'alarme d'incendie pas assez audible ou confus;
  • Mauvaise communication entre le personnel.

La plupart du temps, les propriétaires apportent les correctifs nécessaires et reprennent l'exercice d'évacuation avec succès.

Cependant, il arrive parfois qu'un propriétaire récalcitrant se voie retirer la certification de sa résidence, comme ce fut le cas récemment au Manoir Chomedey, à Laval.
Les villes de Montréal, Longueuil et Québec tardent toujours à nous remettre leurs rapports d'exercice d'évacuation incendie des résidences privées pour aînées sur leur territoire.

Extraits d'un rapport d'un exercice tenu dans une résidence d'une trentaine d'unités à Laval

« Vous avez dépassé le délai prescrit de 11 minutes pour réussir à emmener les résidents à l'extérieur. Il restait environ cinq résidents qui n'ont pas été évacués dans le délai prescrit. Ils sont demeurés dans le corridor près de la cage d'escalier. »

  • Veuillez toujours utiliser les issues de secours les plus proches.
  • Veuillez ne pas répondre à votre centrale privée lorsque nous effectuons un exercice d'évacuation, car nous voulons tester leurs délais d'appel à la centrale 911.
  • L'exercice d'évacuation s'est fait avec deux membres du personnel (nombre minimum présent durant la nuit).
  • Un meilleur moyen de communication est nécessaire. Veuillez rendre disponibles des émetteurs-récepteurs au personnel afin de mieux communiquer entre eux durant une évacuation.
  • La formation du personnel devra être reprise.

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