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Conversation en franglais avec Loud Lary Ajust

Loud Lary Ajust
Loud Lary Ajust Photo: William Fradette
Philippe Rezzonico

Depuis trois ans, le trio de Loud Lary Ajust est parmi les groupes de hip-hop les plus populaires au Québec. Six mois après la fin de sa tournée pour l’album Blue Volvo, le trio met en vente numérique le minidisque Ondulé.

Philippe Rezzonico

Un texte de Philippe Rezzonico
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C’est une excellente occasion de discuter avec Loud (Simon Cliche Trudeau) et Lary (Laurent Fortier-Brassard) de l’urgence qui les habite, de contenus français, des fondements du hip-hop et de l’émergence du genre en région. Voici notre conversation de type « Rapid fire » (en rafale), en français, en anglais et en rigolade.


Q : Après une tournée, les groupes de musique prennent parfois des vacances méritées, mais ce n’est pas le cas de Loud Lary Ajust. La semaine dernière, cinq chansons ont vu le jour sur le minidisque Ondulé. Un groupe dans l’urgence, Loud Lary Ajust? Tout à fait, à un tel point que le trio aurait aimé faire découvrir ses nouveaux titres encore plus tôt.

Lary : « Ce sont vraiment des chansons post-Blue Volvo, qui sont très moody. Blue Volvo a une inspiration qui va sur un plus long timeline. Là, c’est comme ça (claquements de doigts), croqué sur le vif. »

Loud : « On voulait même sortir les chansons à l’automne. On veut toujours les sortir au plus vite, mais il faut juste accepter qu’il y a un temps de vie à toute la machine. »

PR : « Vous auriez pu les sortir au moment de vos derniers spectacles, en 2015. »

Loud : « C’était ça notre plan, les sortir pour les shows au Métropolis, mais en même temps, elles n’étaient pas prêtes. »

Lary : « Il y a toujours des arrangements à faire sur les chansons. »

Loud : « Et on revisite les textes. On enlève ceci, ou enlève ça, parce que ça ne fonctionne plus dans le contexte de la chanson. Des fois, on dit : "Aujourd’hui, je ne le sens pas." »

Loud Lary AjustLoud Lary Ajust

PR : « Aznavour dit ça, lui aussi. »

Loud : « Nous et Aznavour : même combat. »

PR : « Pourquoi un minidisque? Ce sont des chansons laissées de côté ou n’en aviez-vous pas assez pour faire un album complet? »

Loud : « Ni l’un ni l’autre. On ne faisait pas un album, mais comme on fait toujours des chansons ici et là, à un moment, on s’est rendu compte qu’on avait le matériel pour faire un EP (Extended Play). On a juste complété. Il y a une cohésion, mais ce n’est pas un album qui n’était pas abouti. On n’était pas dans un cycle. »

Lary : « Ce ne sont pas des chansons laissées de côté. On ne fait jamais ça. »

Loud : « On n’aime pas ça, laisser traîner des chansons. Ce sont des chansons que l’on a faites l’été et l’automne dernier. C’est très récent. »

PR : « On s’en doute. Sur la première chanson (Clay Davis, clin d’œil à la série télévisée The Wire), vous dites : "On n’est jamais nominés!" On se demande vraiment de quoi vous voulez parler… (rire collectif) Note : L’ADISQ a refusé d’inclure l’album Blue Volvo dans la catégorie hip-hop au gala 2015, en raison de son pourcentage de contenu francophone inférieur à 70 %. »

Lary : « On est des h… de plaignards »

Loud : « Toujours mécontents… »

PR : « Je n’avais pas de logiciel et je n’ai pas mis de chrono en écoutant les chansons, mais il n’y a aucun doute qu’Ondulé n’a pas un pourcentage suffisant de français pour être retenu dans un éventuel gala. »

On n’a jamais compté nous-mêmes et je te garantis qu’on ne va jamais compter. Pour l’ADISQ, c’est politique. Il faut qu’il y ait des règles et des barèmes... Peut-être qu’un jour, on va réaliser que ce barème-là va avoir changé, parce qu’il y aura trop de contenu qui ne sera pas éligible. Le dernier disque des Dead Obies ne sera pas éligible au prochain gala. »

Loud

Lary : « On a appris à complètement se détacher de ça, à tous points de vue. Il ne faut pas croire que l’on ne tient rigueur à aucune instance. Pour vrai. C’est borderline… On s’en sacre. On en discute uniquement parce que les gens nous en parlent. »

Loud Lary AjustLoud Lary Ajust Photo : William Fradette

Q : Le rap a fait du chemin depuis Rapper’s Delight, en 1979. Aux États-Unis, le hip-hop est devenu un épicentre musical dans les grands centres urbains. Le genre, qui a mis plus de temps à percer au Québec, peut-il devenir une musique grand public chez nous?

Lary : « Parce que le rap est une musique qui glorifie constamment la jeunesse, c’est un son très jeune... J’ai l’impression que c’est destiné à demeurer dans un cercle, mais la marginalisation du rap, ce n’est pas nécessairement une mauvaise affaire. Ça le rend cool, jusqu’à un certain point. »

Loud : « C’est vrai que c’est un son jeune, même s’il y a [des artistes] qui ont vieilli. Mais, par définition, c’est jeune et ça se renouvelle tout le temps. C’est comme un nouveau cycle. Le rap d’aujourd’hui des gars de 15-17 ans n’est pas la même chose que celui d’y il a 15 ans. On a un public relativement jeune. Quand on fait des shows ouverts [aux gens de] tous les âges, il y a des mineurs en masse, mais on a aussi un public de notre âge, entre 20 et 30 ans. »

Lary : « Du fait qu’il y a du contenu plus large et des références vraiment poussées, c’est sûr qu’il y a des gens passés la trentaine qui y trouvent leur compte. Même pour un rapper de 45 ans, il y a une récurrence de thèmes. Il va aborder des sujets plus adultes, mais il y a des thèmes récurrents qui sont très jeunes : l’apport aux biens matériels, vouloir réussir, la chasse aux filles, la gloire du succès… Ce sont tous des thèmes dont tu parles quand tu es jeune, mais tu les réutilises constamment dans le rap. »

Q : La structure langagière du rap permet d’aborder des tas de sujets, mais parfois, le genre verse à fond dans les clichés (belles filles, sexe, bling-bling, fric, etc.). Une chanson comme RSVP avec ses mannequins et ses accès privilégiés évoque tout ça. Où se situe Loud Lary Ajust par rapport à la réalité et le cliché?

Lary : « RSVP, c’est un tableau. C’est une peinture. La musique dicte quelque chose. Nous, on dit quelque chose par-dessus et ça fait une image. »

Loud : « C’est toujours comme ça. Toutes nos chansons sont à cheval entre nos vies et une forme de dramatisation. L’autre jour, quelqu’un m’a dit que ça serait plate de raconter une histoire si on ne pouvait pas en inventer des bouts. »

Lary : « C’est ça, l’art. C’est la réalité "distorsionnée". C’est enhanced reality. »

Loud : « Mais si on inventait tout, ça serait plate aussi et ça paraîtrait. Il y a vraiment une portion qu’il faut garder floue. »

Lary : « Il y a beaucoup de plateformes et de forums [de discussion] où les gens discutent de ce que nos chansons veulent dire. Il y a des interprétations de deuxième et de troisième degrés. Je vais lire ça avec régularité. »

Loud : « Et il y a des gens qui nous écoutent qui sont très calés dans le domaine. Ils comprennent très bien ce qu’on veut dire. Il y a des aspects qu’on laisse flous, mais il y a aussi des choses très évidentes. Le rap, ce n’est pas un genre si abstrait. »

PR : « Et c’est un genre qui déborde aujourd’hui les centres urbains et qui permet à des groupes comme le vôtre de jouer à l’extérieur de Montréal.

Lary : « En fin de semaine (spectacles à Sherbrooke et Trois-Rivières), on a récolté que ce l’on a semé. C’était parmi nos top shows. Vraiment. »

Loud : « Pour des shows en région, entre guillemets, c’est quand même surprenant. C’était même presque "dangereux", ces shows-là. (sourire) Mais tout s’est bien passé et tout le monde est en santé. On remarque qu’il y a de plus en plus de scènes locales. On l’a vu à Rouyn. C’est génial. On a vu la transition ces dernières années. Je ne sais pas si c’est parce que nous avons gagné en popularité, mais il y a trois ans, on faisait des shows dans des villes comme celles où nous sommes allés en fin de semaine et ça n’avait rien à voir. »

Lary : « On ne fait plus les mêmes cachets. » (rire collectif)

Loud : « La virgule a bougé.  Il semble clairement se passer quelque chose en région. »


Ondulé (Audiogram), de Loud Lary Ajust, offert en vente numérique uniquement.

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