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Une majorité de candidats refusent de dévoiler leur liste de donateurs

Un homme dépose son vote dans une urne de scrutin.

Un homme dépose son vote dans une urne de scrutin.

Photo : Getty Images/Alija

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2016 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

« Nous ne vous soumettrons pas une liste de donateurs »

C'est la réponse maintes et maintes fois donnée par les candidats aux élections municipales au Nouveau-Brunswick à qui Ici Radio-Canada Acadie a demandé de dévoiler leurs sources de financement et les montants qu'ils ont reçus.

Un texte de Nicolas Steinbach TwitterCourriel

Le Nouveau-Brunswick est la seule province, avec l'Île-du-Prince-Édouard, où il n'existe aucune limite de contributions à une campagne municipale. Par ailleurs, les donateurs ne sont pas tenus d'enregistrer leurs contributions.

Étant donné l'absence de règles, il ne nous a pas été possible de vérifier les chiffres donnés par certains des candidats approchés. Nous nous sommes fiés à leur honnêteté.

Méthodologie:

Ici Radio-Canada a sélectionné six villes majoritairement francophones et/ou bilingues de 5000 habitants et plus où il y a une course à la mairie. Les candidats ont été invités à dévoiler, et ce même si aucune loi ne les y oblige, les sources de financement de leurs campagnes. Notre demande leur a été envoyée le 18 avril et ils avaient jusqu'au 2 mai pour répondre.

Moncton

La ville de Moncton (archives).

Candidats à la mairie de Moncton :

Le conseiller de la Ville de Moncton, Brian Hicks.

Le conseiller de la Ville de Moncton, Brian Hicks.

Photo : Pierre-Alexandre Bolduc

  • Brian Hicks: refuse de dévoiler ses sources de financement et le budget de sa campagne municipale.
Dawn Arnold

Dawn Arnold

Photo : Ici Radio-Canada

  • Dawn Arnold: refuse de dévoiler ses sources de financement. Étant donné que les donateurs s'attendaient à la confidentalité, au moment de contribuer à sa campagne, « je ne me sens pas à l'aise de changer les modalités de ces dons à ce moment-ci », explique-t-elle.
    Budget de campagne: 25 000$
    Règle personnelle: a imposé une limite de dons de 500$ par donateur. Si elle n'arrive pas à recueillir ce montant, elle financera elle-même le manque à gagner. Elle n'a pas voulu dévoiler à quelle hauteur.
Ville de Dieppe au NB

Candidats à la mairie de Dieppe :

  • Fred Pellerin: refuse de dévoiler ses sources de financement et le budget de sa campagne municipale. N'a pas répondu à notre courriel.
Fred Pellerin et Yvon Lapierre

Fred Pellerin et Yvon Lapierre

Photo : Radio-Canada

  • Yvon Lapierre (maire sortant): a refusé de dévoiler ses sources de financement.
    Budget de campagne: de 15 000$ à 25 000$
    Contribution personnelle: Yvon Lapierre contribue financièrement à sa campagne, mais a refusé de dire à quelle hauteur.
La ville de Bathurst

La ville de Bathurst

Photo : Ici Radio-Canada/François Vigneault

Candidats à la mairie de Bathurst :

  • Anne-Marie Gammon: s'autofinance et dit n'avoir aucun donateur extérieur.
    Budget de campagne: 3500$
  • Richard Barbeau: s'autofinance et dit n'avoir aucun donateur extérieur.
    Budget de campagne: 20 000$
Paolo Fongemie

Paolo Fongemie est le directeur du Collège communautaire du Nouveau-Brunswick à Bathurst

Photo : ICI Radio-Canada/François Vigneault

  • Paolo Fongemie: a refusé de dévoiler ses sources de financement et le budget de sa campagne municipale.
    Règle personnelle: a imposé une limite de dons de 501$ par donateur, parce que, selon lui, « [...] on n'achète pas une influence avec un montant inférieur à 500 $. Cependant si le montant est supérieur, il peut avoir une perception d'attentes envers cette contribution ».
  • Hugh L. Comeau: a refusé de dévoiler ses sources de financement et le budget de sa campagne municipale.
Tracadie

Tracadie, au Nouveau-Brunswick

Photo : ICI Radio-Canada/Pierre-Alexandre Bolduc

Candidats à la mairie de Tracadie:

  • Denis Losier: s'autofinance largement. Un groupe de commerçants s'est cependant formé pour lui apporter un soutien financier. 
    Budget de campagne: 2000 $; comité de financement privé: 8500 $ sur un objectif de 12 000 $.
  • Aldéoda Losier : s'autofinance et dit n'avoir aucun donateur extérieur.
    Budget de campagne: 2567 $.
Campbellton

Campbellton

Candidats à la mairie de Campbellton :

Ian Comeau

Ian Comeau, maire adjoint de Campbellton

Photo : ICI Radio-Canada/Serge Bouchard

  • Ian Comeau: s'autofinance en grande partie. Les dons proviennent de sa famille et de ses amis (Terry Vautour, don de 100 $; Brock Steeves et Donald Duguay, 50 $ chacun).
    Budget de campagne: 3500$ 
  • Stephanie M. Anglehart-Paulin: refuse de dévoiler ses sources de financement et le budget de sa campagne municipale. Elle n'a pas répondu à notre courriel.
  • Bruce N. MacIntosh : refuse de dévoiler ses sources de financement et le budget de sa campagne municipale. N'a pas répondu à notre courriel.
Le centre-ville d'Edmundston, au Nouveau-Brunswick

Le centre-ville d'Edmundston, au Nouveau-Brunswick

Photo : ICI Radio-Canada/Antoine Trépanier

Candidats à la mairie d'Edmundston:

  • Jacques P. Martin: s'autofinance en grande partie. Il a investi 5000 $ dans sa campagne. Il a reçu le soutien de 14 donateurs (personnes et entreprises) qui ont donné de 100 à 500 $.
    Budget de campagne: 7625 $ 
  • Cyrille Simard : refuse de dévoiler ses sources de financement et le budget de sa campagne municipale parce que ses donateurs n'ont pas été avisés avant la campagne de la possibilité que leurs noms et le montant de leurs dons soient rendus publics.
    Budget de campagne: 15 000$
    Contribution personnelle: Cyrille Simard affirme avoir contribué à hauteur de 200$ - 300 $ à sa campagne. Il affirme que ni son entreprise ni celle de son épouse n'ont participé à ses campagnes présente et passée.

Transparence à deux vitesses

Tous les candidats nous ont indiqué être en faveur de mesures plus sévères en matière de financement des campagnes municipales. Mais en réalité, la majorité des candidats ne se sentent tout simplement pas « à l'aise » de rendre publique leur liste de donateurs.

Au-delà des bonnes intentions, ils bénéficient, d'une certaine façon, de l'absence de règlements sur le financement des campagnes municipales.

Les amis d'Yvon Lapierre

Yvon Lapierre

Yvon Lapierre, maire de Dieppe

Le maire sortant de Dieppe a indiqué ne pas vouloir dévoiler les contributions à sa campagne municipale par respect pour ses amis. « Nous n'allons pas vous soumettre une liste de donateurs parce que depuis 1998, 80 à 85% des gens qui participent à ma campagne sont des amis personnels et des gens qui ont l'intérêt de la communauté à coeur. Ç'a toujours été des choses personnelles et non pas publiques. »

Cela soulève de question de savoir, quand on est candidat à la mairie, où se termine la vie privée et où commence la vie publique, qui impose un devoir de transparence.

Yvon Lapierre souligne également que si le nom de ses donateurs était dévoilé, il n'est pas convaincu qu'il recevrait autant de contributions.

À titre de comparaison, dans la province voisine, au Québec, considérée comme la province ayant les règles les plus sévères en matière de financement des campagnes municipales, tous les dons de 100$ doivent être enregistrés.

Le candidat nanti

Un des candidats à la mairie de Bathurst est l'ancien président d'une compagnie pharmaceutique. À 20 000 $, Richard Barbeau est probablement le candidat qui a investi le plus dans sa campagne.

Richard Barbeau

Le candidat Richard Barbeau

Photo : ICI Radio-Canada/François Vigneault

« Je ne veux rien devoir à personne, c'est pour ça que je finance ma propre campagne et à la fin de la journée je ne dois des faveurs à personne », écrit-il

Bien que sa pratique soit tout à fait légale et ses intentions louables, la situation soulève une question d'équité.

Étant donné qu'il n'y a pas de limite aux contributions personnelles au Nouveau-Brunswick, un candidat nanti se retrouve avantagé par rapport à un adversaire moins fortuné.

Au Québec, un candidat ne peut pas verser pour son bénéfice plus de 1000 $.

L'indépendance des candidats

L'absence de règles entourant le financement des campagnes municipales renvoie aussi à la question de l'indépendance. Comment s'assurer qu'un maire prendra une décision impartiale, sans favoriser un généreux donateur ? Il n'y a aucune façon de le savoir pour l'instant.

Cyrille Simard, maire d'Edmundston

Cyrille Simard, maire d'Edmundston

Photo : Gracieuseté de Cyrille Simard/Ville d'Edmundston

Plusieurs candidats s'imposent des règles « maison » pour préserver leur intégrité. C'est le cas du maire sortant d'Edmundston Cyrille Simard. Un comité de bénévoles s'occupe de sa campagne de financement et il affirme n'avoir jamais été mis au courant du montant des dons et de l'identité des donateurs avant, pendant et après la campagne.

« [...] je ne suis absolument pas au courant de qui a été approché, on connaît le budget d'ensemble, mais des personnes qui ont été approchées, des montants qui ont été versés, je voulais me tenir absolument à l'écart de ça pour assurer l'indépendance ».

Beaucoup s'autofinancent par souci d'indépendance

  • Aldéoda Losier, candidat à la mairie de Tracadie: « J'ai personnellement financé ma campagne 2016. Je n'accepte pas de contribution externe par souci d'intégrité. Après trois mandats, je pense que les gens me connaissent, j'ai choisi de m'autofinancer pour ne pas avoir d'obligation face aux donateurs. »
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La candidate Anne-Marie Gammon

Photo : ICI Radio-Canada/François Vigneault

  • Anne-Marie Gammon, candidate à la mairie de Bathurst: « Dans toutes mes courses électorales je ne suis jamais allée à collecte de don pour ma campagne. Je fais souvent des collectes de dons pour les démunis ou autres causes, mais pas pour moi, car je veux garder mon indépendance. ».

 

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Acadie