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Dans quel pays y a-t-il la plus forte présence syndicale? La réponse en carte

Radio-Canada

Avec le 1er mai, fête des Travailleurs, c'est l'occasion de voir comment se porte le mouvement syndical. Est-il en déclin? Est-il toujours utile? Que doit-il faire pour attirer et retenir les jeunes? Réflexions et pistes de solution.

Un texte de Danielle BeaudoinTwitterCourriel

On assiste bel et bien à un déclin de la syndicalisation dans le monde, mais cette baisse est plus ou moins prononcée, selon les régions, explique Paul-André Lapointe, professeur au Département des relations industrielles de l'Université Laval. Il souligne qu'aux États-Unis, par exemple, le taux de syndicalisation est passé de 30 % dans les années 60, à 10 % aujourd'hui.

Les pays scandinaves ont connu un léger déclin du syndicalisme, mais la proportion de syndiqués y est encore parmi les plus élevées au monde : entre 50 et 80 %. Les pays où la présence syndicale est la plus grande sont aussi ceux où les mesures de protection sociales sont les plus avancées.

Syndicalisation ou présence syndicale?

Le taux de syndicalisation mesure le nombre d'adhérents directs au syndicat. Le taux de présence syndicale [ou couverture de la négociation collective] mesure le nombre de salariés dont les conditions de travail sont régies par des conventions collectives.

Le taux de présence syndicale dans certains pays

Source : Organisation mondiale du travail. Pour une lecture optimale de cette carte, cliquez ici.

En Grande-Bretagne par exemple, le déclin est beaucoup plus prononcé, note Paul-André Lapointe. Les pays en développement connaissent aussi une baisse du syndicalisme.

Dans les pays d'Amérique du Sud, on a des taux de syndicalisation qui avoisinent les 30 %. Il y a eu un déclin au cours des dernières années. Le système de relations industrielles est fragile. Les syndicats ont tendance à être très dépendants de l'État.

Paul-André Lapointe

Par contre, il y a une certaine stabilité au Canada et au Québec, note Marc-Antonin Hennebert, professeur au Département de gestion des ressources humaines à HEC Montréal.

Au Québec, vous avez grosso modo en 2014 39,6 % de taux de présence syndicale versus à peu près 30 % au Canada. Ces taux sont relativement stables, contrairement à la majorité des pays occidentaux. La moyenne de la présence syndicale dans les pays de l'OCDE se situe à 16,7 %.

Marc-Antonin Hennebert

Pourquoi ce déclin?

Marc-Antonin Hennebert énumère les raisons qui expliquent la baisse de la présence syndicale :

  • La recomposition des économies : l'emploi se développe en général dans le secteur tertiaire privé [finance, commerce, restauration, hôtellerie]. Les syndicats y sont peu présents. Tandis qu'il y a des pertes d'emplois dans les activités manufacturières, où les syndicats sont plus présents.
  • L'évolution du marché du travail : l'emploi atypique [temps partiel, occasionnel, travailleur autonome] prend de plus en plus de place, près 40 % de l'emploi au Québec. « Dans ces emplois atypiques, vous avez des catégories de main-d'oeuvre [...] qui n'ont carrément pas le droit de se syndiquer. »
  • Plusieurs pays ont resserré les lois du travail quant à l'accès à la syndicalisation. Par exemple, 24 États américains ont adopté des lois qui restreignent les droits syndicaux.
  • L'essoufflement de l'action syndicale : à l'ère de la mondialisation, du libre-échange et du néolibéralisme, les rapports de force en relations de travail se redessinent souvent à l'avantage des employeurs et des gouvernements. « Il devient plus difficile pour les syndicats de se faire entendre [...] En d'autres termes, qu'est-ce que le fait de me syndiquer va me donner? Dans les années 70, on était capables de répondre à ça, aujourd'hui, la réponse est encore claire ».

Les syndicats, source d'immobilisme?

Il est faux de dire que les syndicats sont source d'immobilisme, ils sont au contraire dans beaucoup de situations, des facteurs d'innovation.

Paul-André Lapointe

Les syndicats ne sont pas source d'immobilisme, croit aussi Gregor Murray, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la mondialisation et directeur du Centre de recherche interuniversitaire sur la mondialisation et le travail. Il observe notamment une très grande souplesse des employeurs et des syndicats dans de multiples industries du secteur privé, que ce soit l'aérospatiale ou encore la métallurgie.

Et ce sont parmi nos industries les plus productives! Il n'y a qu'à voir l'évolution réelle des négociations, la durée des conventions collectives, le peu de conflits, les mécanismes mis en place dans le cadre des négociations collectives pour assurer une résolution continue des problèmes.

Gregor Murray

Pour M. Hennebert, la présence syndicale a clairement des effets positifs sur la rémunération. Il rappelle qu'en 2013 au Québec, le salaire moyen horaire d'un travailleur syndiqué à plein temps était de 25,23 $, tandis que celui d'un travailleur non syndiqué était de 20,75 $. Par contre, il n'est pas prêt à dire que la présence syndicale a des effets positifs sur la productivité. Les études sur le sujet se contredisent parfois, précise-t-il.

Dans un régime de relations de travail aussi décentralisé que celui qu'on a au Québec, et en Amérique du Nord de façon générale, l'effet de la présence syndicale peut varier de manière substantielle d'une entreprise à l'autre, d'un établissement à l'autre.

Marc-Antonin Hennebert

La désaffection des jeunes

Selon M. Hennebert, il est faux de croire que les jeunes sont plus individualistes et qu'ils ne se retrouvent pas dans les valeurs collectives et syndicalistes.

La recherche va en sens contraire; il y a même un désir d'être syndiqué qui est parfois plus élevé chez les jeunes comparativement à d'autres tranches d'âge. [...] En revanche, ça ne veut pas dire que tout va bien dans la relation entre les jeunes et le syndicalisme!

Marc-Antonin Hennebert

Selon M. Hennebert, qui a étudié la question, les jeunes, une fois syndiqués, sont « assez peu engagés envers leur syndicat et participent peu à la vie syndicale et aux organisations syndicales de façon générale. » Il croit que les syndicats ont parfois été les artisans de leur propre malheur sur la question des jeunes, en acceptant notamment des clauses de disparité de traitement.

Ces clauses établissent des conditions de travail moins avantageuses sur l'unique base de la date d'embauche [salaires, régimes de retraite, etc.]. « Les clauses de disparité de traitement et l'application stricte des clauses d'ancienneté dans certains milieux de travail font en sorte de désavantager les jeunes. »

Quels défis pour le mouvement syndical?

Selon Gregor Murray, le mouvement syndical québécois fait l'envie de bien des pays depuis la création des fonds d'investissement des travailleurs. Grâce à ces fonds, les syndicats jouent un rôle institutionnel important dans l'économie, selon lui. Le Québec a su être novateur aussi grâce à ses comités sectoriels de main-d'oeuvre, où on discute de formation, de productivité ou d'innovation, ajoute M. Murray. 

Le mouvement syndical, pour garder sa pertinence, est obligé de se rénover constamment, et ça pose des questions sur leur rapport aux jeunes, sur leur rôle dans la société.

Gregor Murray

International