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Francis Marotte : nomade du hockey à 15 ans, une aventure unique

Francis Marotte avec les RoughRiders de Rocky Mountains.

Francis Marotte avec les RoughRiders de Rocky Mountains.

Photo : RoughRiders de Rocky Mountains

Martin Leclerc

BILLET – Vous n'avez sans doute jamais lu une histoire de hockey mineure comme celle-ci.

Un texte de Martin LeclercTwitterCourriel

Si on vous racontait les péripéties d'un hockeyeur ayant porté les couleurs de huit équipes différentes et ayant traîné son baluchon dans six États américains ou provinces canadiennes au cours des six dernières années, vous seriez sans doute en train de vous imaginer le difficile train de vie d'un athlète qui s'accroche à son rêve dans d'obscures ligues professionnelles de deuxième ordre.

Mais l'histoire que je vous raconte ici est celle de Francis Marotte, un gardien de Longueuil qui célébrera son 21e anniversaire dans quelques heures et qui peut se vanter d'avoir connu la plus incroyable et la plus nomade carrière qu'on puisse imaginer au hockey mineur!

Le jour où votre enfant se sentira victime d'une injustice et s'apitoiera sur son sort après avoir été retranché d'une équipe, faites-lui lire l'histoire de Francis Marotte. Ça remettra drôlement les choses en perspectives.

2010-2011 : à 15 ans, de Longueuil au Colorado

« J'ai participé au camp d'entraînement de l'équipe midget AAA du Collège Charles-Lemoyne, mais je me suis retrouvé derrière Philippe Cadorette et Philippe Desrosiers, qui étaient deux des meilleurs gardiens au Québec dans notre catégorie d'âge (NDLR : Cadorette et Desrosiers sont tous deux devenus des gardiens étoiles dans la LHJMQ) », raconte Francis Marotte.

Francis Marotte avec les RoughRiders de Rocky Mountains

Francis Marotte avec les RoughRiders de Rocky Mountains.

« Après avoir été retranché, je n'ai pas voulu me rapporter au midget espoir. Je rêvais d'atteindre la division 1 de la NCAA et j'estimais ne pas pouvoir progresser en jouant à ce niveau. »

Son père, Luc Marotte, apprend qu'une bonne équipe U-16 du Colorado est à la recherche d'un solide gardien.

« Mon père m'a demandé si ça me tentait d'y aller. J'étais un adolescent plutôt insécure et je crois avoir surpris mes parents en répondant que je voulais vivre cette aventure. Quand je suis parti, ils se disaient que j'allais revenir à la maison dans deux mois », rappelle Francis Marotte en riant.

C'est ainsi que le Longueuillois de 15 ans débarque chez les Rocky Mountains RoughRiders U-16. Mais peu de temps après son arrivée, les entraîneurs lui annoncent qu'ils ont changé d'idée! Et comme leur formation U-15 compte aussi deux gardiens, Francis se retrouve sans équipe.

« Les gens des RoughRiders m'ont alors trouvé une place au sein d'une équipe U-18 AA dont le calibre était moins fort. J'habitais chez l'entraîneur de l'équipe U-16 et je dormais dans un corridor parce qu'il n'y avait pas de chambre pour moi. »

« Après un mois et demi, les RoughRiders m'ont finalement rappelé avec la formation U-15. À mon premier match, nous affrontions l'une des meilleures équipes U-16 aux États-Unis. L'adversaire nous a dominés quelque chose comme 65 à 3 au chapitre des tirs au but et nous avons perdu 9-0. J'ai terminé la saison avec le U-15. »

2011-2012 : à 16 ans, de retour au Colorado

L'entraîneur de l'équipe U-16 est Doug Smail, un ancien joueur de la LNH. Au terme de la saison précédente, Smail a promis à Marotte qu'il fera partie de l'équipe U-16 en 2011-2012.

« J'ai toutefois subi une intervention chirurgicale à un ménisque durant l'été et ma convalescence a été plus longue que prévu. Je n'étais pas au sommet de ma forme quand je suis retourné au Colorado », raconte Francis Marotte.

« L'entraîneur a tenu sa promesse et il m'a sélectionné au sein de l'équipe U-16. Mais j'ai eu de la difficulté à me remettre de cette intervention et j'ai passé presque toute la saison sur le banc. »

2012-2013 : à 17 ans, du Colorado au Vermont 

Après son séjour au Colorado, Francis Marotte déniche une place au prep school Rice Memorial, au Vermont. Le programme de hockey de Rice recherche un gardien de bon calibre et le contact se fait par bouche-à-oreille.

Francis Marotte avec les Knights de Rice Memorial.

Francis Marotte avec les Knights de Rice Memorial.

« Une semaine avant que je me présente à l'école, l'entraîneur qui m'avait recruté a été remplacé par un autre. J'ai tout de même disputé la moitié des matchs de la saison. Comme l'équipe était assez moyenne, j'ai reçu beaucoup de tirs et ça m'a aidé à progresser. J'ai terminé mes études secondaires à Rice Memorial », témoigne Marotte.

2013-2014 : à 18 ans, la Colombie-Britannique 

Immédiatement après sa saison à Rice, Francis Marotte reçoit un appel du Québécois Louis Gravel, qui est le recruteur en chef des Capitals de Cowichan Valley dans la British-Columbia Hockey League (BCHL). La BCHL est probablement la meilleure ligue junior A au Canada.

« Louis Gravel m'a d'abord demandé de me présenter à un camp d'évaluation dans la région de Boston. Les choses se sont bien passées là-bas, alors j'ai été invité à prendre part au précamp, à Cowichan, en avril. »

« Quand je suis arrivé au précamp, il y avait 26 gardiens sur place! Et l'un de ces gardiens était le Québécois Robin Gusse, qui venait de compléter sa carrière junior majeure et qui était sous contrat avec Cowichan. Nous étions donc 25 gars à nous battre pour un poste de réserviste », souligne Marotte, encore incrédule.

Malgré la féroce compétition, le Longueuillois est retenu pour le vrai camp. Mais quand il se présente au vrai camp, il y a encore 12 gardiens sur place! 

Francis Marotte avec les Capitals de Cowichan Valley.

Francis Marotte avec les Capitals de Cowichan Valley.

« Les dirigeants de l'équipe m'ont gardé et ils ont été corrects avec moi. Avant le début de la saison, ils m'ont fait jouer dans un tournoi de mise en vitrine [showcase] organisé pour les recruteurs de la LNH et les recruteurs universitaires. Durant ce match, mes nouveaux patins se sont mis à me faire souffrir et j'étais incapable de bouger devant le filet. J'ai accordé six buts sur une trentaine de tirs. Je n'ai plus rejoué pendant un mois et demi par la suite. »

Cette saison-là, Marotte fait véritablement connaissance avec le difficile rôle de gardien réserviste.

« C'est difficile de trouver un rythme quand tu ne joues pas souvent. J'ai obtenu seulement six départs durant toute la saison. Et quand on m'employait, c'était dans le troisième match d'une série de trois matchs en trois soirs. Avec les longs déplacements que nous devions effectuer dans la BCHL, les gars étaient toujours brûlés le troisième soir. Ce n'était pas facile.

« J'ai quand même beaucoup appris cette année-là. Je ne me suis jamais plaint et j'ai attentivement observé comment Robin Gusse se comportait. »

2014-2015 : à 19 ans, Manitoba, Massachusetts puis Ontario

Les Capitals de Cowichan échangent Francis Marotte à l'équipe de Saint-Hyacinthe de la Ligue junior AAA du Québec. Mais le Québécois estime que cette option amoindrira ses chances d'être recruté par une université américaine. Cette année-là, il participe aussi au camp des Saguenéens de Chicoutimi, de la LHJMQ. Mais il ne reste que 48 heures pour ne pas perdre son admissibilité dans la NCAA.

« Durant cette période, les Kings de Dauphin, une équipe de la Ligue junior du Manitoba, m'ont contacté. L'équipe était basée à cinq heures de route de Winnipeg. Ils avaient pris part au Championnat canadien la saison précédente et ils étaient en reconstruction. »

« Quand je me suis présenté, il y avait un gardien de 19 ans et deux gardiens de 17 ans avec l'équipe. J'ai disputé un match préparatoire et j'ai bien joué », se souvient Francis Marotte.

Sauf qu'après la rencontre, l'entraîneur l'appelle dans son bureau et lui annonce : « Nous allons t'échanger. »

« Je lui ai répondu que je préférais qu'il me libère et que j'allais m'arranger avec mes affaires. »

***

Francis Marotte avec les Kings de Dauphin

Francis Marotte avec les Kings de Dauphin

Deux jours plus tard, Francis Marotte se retrouve avec les Pics de Springfield, de la United States Premiere Hockey League (USPHL). Les Pics ont besoin d'un gardien...

« Il a fallu deux semaines avant que j'obtienne ma libération de l'équipe manitobaine. Je m'entraînais avec les Pics en attendant de pouvoir jouer des matchs. Ensuite, quand j'ai enfin obtenu ma libération, l'entraîneur des Pics est revenu sur sa promesse et il ne m'a pas utilisé lors des deux premiers matchs. Je suis allé le voir pour savoir ce qui se passait. Il m'a dit : "Finalement, on a décidé de garder nos deux gardiens." »

La galère!

Cette fois, deux appels proviennent d'équipes de la CCHL (Central Canadian Hockey League) en Ontario. Les équipes de Nepean et de Pembroke sont à la recherche d'un gardien.

« Le DG de Pembroke avait la réputation de constamment échanger ses joueurs. Alors, je suis allé à Nepean », confie Marotte. Chat échaudé craint l'eau froide, comme dit le proverbe.

À ses débuts avec Nepean, le Longueuillois remporte une victoire de 5 à 3 contre la formation de Carleton Place, qui est l'une des plus puissantes machines de hockey junior A au Canada.

L'équipe de Nepean est plutôt moyenne, mais Marotte dispute du hockey de qualité jusqu'à la fin de la campagne.

2015-2016 : à 20 ans, la réalisation du rêve!

Cette saison, l'exceptionnelle persévérance de Francis Marotte a enfin été récompensée.

Francis Marotte à Nepean

Francis Marotte à Nepean

À Nepean, il a inscrit un nouveau record pour le plus de minutes disputées par un gardien en une saison (3220). Il a d'ailleurs célébré cette marque en s'assoyant sur son filet. Il a aussi été nommé dans la deuxième équipe d'étoiles de la CCHL, dans l'équipe d'étoiles des joueurs-étudiants et dans l'équipe d'étoiles des joueurs diplômés. Il a aussi été finaliste pour le titre de gardien de l'année.

Cependant, c'est au mois de novembre qu'il a reçu sa plus belle récompense et que tous les sacrifices qu'il s'était imposés ont soudainement trouvé tout leur sens.

« Les entraîneurs de l'Université Robert Morris, près de Pittsburgh, m'ont contacté. Ils avaient assisté à deux de mes matchs (une défaite de 3-1 dans un bombardement de 45 tirs, et une victoire de 4-3 malgré une rafale de 50 tirs) et ils avaient aimé ce qu'ils avaient vu. »

« Ils m'ont offert une bourse couvrant trois de mes quatre années d'études et ils m'ont donné une semaine pour y penser. J'ai consulté mon père et mes proches et je me suis engagé auprès de Robert Morris le 16 novembre. L'an prochain, j'entreprendrai donc mes études en économie et en finances et je réaliserai mon rêve de jouer en division 1 de la NCAA », souligne fièrement Francis Marotte.

***

Au bout du fil, je suis sans voix. Sur un échantillon d'un million d'athlètes, face à toutes ces embûches, il y en a probablement 999 999 qui auraient fini par plier bagage et par rentrer à la maison.

Lorsqu'il regarde derrière, je me demande comment Francis Marotte pense être parvenu à surmonter tous ces refus et tous ces revers de fortune (sans compter l'éloignement du domicile familial) à un si jeune âge.

« Quand je regarde tout ce que j'ai vécu au cours des six dernières années, je me considère comme chanceux », répond-il spontanément.

« J'ai dormi dans le corridor chez mon entraîneur au Colorado, mais il est devenu l'un de mes meilleurs amis. Par la suite, au Vermont, à Vancouver et à Ottawa, j'ai vécu en pension au sein de familles extraordinaires. »

« En fait, je ne regrette rien et je me considère chanceux d'avoir des parents aussi ouverts d'esprit et qui m'ont permis de suivre ce parcours. J'ai voyagé, j'ai eu du plaisir et j'ai amassé toute une expérience de vie. »

Francis Marotte célébrera seulement son 21e anniversaire le 1er mai. Toutefois, en expérience de hockeyeur, il a probablement déjà accumulé l'équivalent de quatre ou cinq vies!

Il sait maintenant qu'il passera les quatre prochaines saisons à l'Université Robert Morris, où il découvrira un étrange concept : la stabilité.

Mes respects, Francis Marotte. Et bonne chance.

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