•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Salaires des médecins spécialistes : Barrette invite à une réflexion

Le ministre Gaétan Barrette, accompagné de son attachée de presse, Julie White

Le ministre Gaétan Barrette, accompagné de son attachée de presse, Julie White

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

La Presse canadienne

Impressionné par la rémunération de certains médecins, le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, appelle la Fédération des médecins spécialistes (FMSQ) à une « réflexion » sur les grilles tarifaires et leur gestion.

Il n'y a pas de justification à ce qu'un médecin gagne autant, a-t-il dit en prenant l'exemple de l'Ontario où les revenus exorbitants de certains spécialistes ont fait l'objet de reportages. La FMSQ a pour sa part affirmé qu'il s'agissait de « sensationnalisme ».

Le ministre réagissait à un article de La Presse révélant qu'un obstétricien-gynécologue avait facturé plus de 2,4 millions de dollars à la Régie de l'assurance maladie du Québec (RAMQ) en 2015. On y apprend que les 25 médecins les mieux rémunérés au Québec l'an dernier sont tous des spécialistes et le total de leur facturation atteint près de 50 millions de dollars.

« Ce sont des montants évidemment spectaculaires », a reconnu Gaétan Barrette en point de presse avant d'entrer à la séance du caucus des députés libéraux, mercredi matin. Il a fait remarquer qu'il s'agissait de médecins pratiquant la fécondation in vitro, ce qui prouve à ses yeux que ce programme coûtait cher.

Le ministre a néanmoins tenu à ajouter un bémol en précisant que ce sont des spécialités comportant une « composante technique », c'est-à-dire des « coûts d'opération » qui pouvaient atteindre 40 % à 75 % quand elles sont effectuées en cabinet.

« Ça fait quand même des montants qui sont impressionnants [...], très, très élevés », a-t-il dit, et qui démontrent que le rattrapage salarial par rapport aux confrères des autres provinces est fait, selon lui.

Cependant, Gaétan Barrette lance un message à la FMSQ, qui devrait se pencher sur les grilles tarifaires et la gestion de la rémunération, puisqu'il s'agit de sa prérogative. Il se demande si certains membres de la profession médicale ne choisissent pas exclusivement les pratiques les plus payantes, sans avoir un profil de pratique diversifié, ce qui n'est pas permis.

« C'est à elle de faire ce ménage-là s'il y a un ménage qui est nécessaire et on va lui laisser faire sa réflexion », a-t-il laissé entendre. Il a suggéré que des plafonds avaient été mis en place, du temps où il était lui-même président de cette fédération.

Il a rappelé qu'en Ontario la question se posait aussi, puisqu'un ophtalmologiste avait facturé 6,6 millions de dollars à l'État en un an, ce qui déclenché une controverse dans cette province.

« À un moment donné, est-ce qu'il y a une justification à ce qu'un médecin gagne des montants aussi élevés? En ce qui me concerne, la réponse, c'est non », a-t-il dit.

Fécondation in vitro

Fécondation in vitro

Pour sa part, Amir Khadir, de Québec solidaire, accuse M. Barrette d'être « le pyromane à la base » dans ce problème de la rémunération, à la fois pour avoir revendiqué des salaires exorbitants quand il était à la tête de la FMSQ, et à la fois pour avoir consenti des hausses d'honoraires depuis qu'il est ministre.

Ces chiffres sont « proprement scandaleux », a dénoncé le député de Mercier, en ajoutant qu'avec 2,4 millions de dollars, « c'est plusieurs dizaines de préposés et d'infirmières qu'on peut engager ».

Les données confirment qu'une réforme du mode de rémunération des médecins est nécessaire, puisque « le paiement à l'acte est insoutenable », a déclaré M. Khadir.

Québec solidaire préconise une forme de rémunération qui combine le paiement à l'acte, la prise en charge d'une population et le salaire, mais « le ministre ne veut rien entendre », alors que l'Ontario y songe, a conclu le député de QS.

La FMSQ a quant à elle diffusé un communiqué en fin de journée pour condamner une « nouvelle sensationnaliste » et sa « récupération politique facile ».

Le regroupement de médecins a fait valoir que la facturation ne représente pas la rémunération d'un médecin, en raison de la composante technique, donc toutes les dépenses que doivent assumer les spécialistes qui travaillent en cabinet, personnel, équipement, etc.

Dans le cas du médecin qui a « beaucoup travaillé », la facturation de chaque cycle de fécondation s'élève à 4850 $, mais 3700 $ vont à couvrir ces frais techniques (77 %), donc il reste 1100 $ au spécialiste, a justifié la FMSQ.

La présidente de la FMSQ, Diane Francoeur, soutient que son organisation est en constante réflexion depuis que M. Barrette a quitté le navire pour faire une carrière politique.

« On se souvient que, par ambition politique, il a laissé la maison précipitamment, et, oui, un grand ménage s'imposait! » a-t-elle déclaré dans le communiqué.

Politique