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Attentats de Paris : la justice française met la main sur Salah Abdeslam

Le reportage de Jean-François Bélanger
Reuters

Salah Abdeslam a été mis en examen mercredi par la justice française pour son rôle présumé dans l'organisation des attentats parisiens du 13 novembre 2015, ont annoncé son avocat français, Frank Berton, et le parquet de Paris.

Arrêté le mois dernier à Bruxelles, l'homme soupçonné d'être le seul rescapé des commandos qui ont fait 130 morts à Paris et Saint-Denis a été transféré mercredi matin en France par hélicoptère.

Il a été placé en détention provisoire et sera entendu par le juge d'instruction le 20 mai, a précisé Frank Berton, selon lequel Salah Abdeslam a promis de s'exprimer ultérieurement.

Il sera incarcéré en isolement à Fleury-Mérogis, un établissement d'Ile-de-France, a précisé son avocat.

Salah Abdeslam a été mis en examen pour :

  • Participation à une association de malfaiteurs terroriste en vue de la préparation d'un ou plusieurs crimes d'atteintes aux personnes;
  • Assassinats et tentatives d'assassinats en bande organisée en relation avec une entreprise terroriste;
  • Tentatives d'assassinats en bande organisée sur personnes dépositaires de l'autorité publique en relation avec une entreprise terroriste;
  • Séquestration, sans libération volontaire avant le 7e jour, en vue de préparer ou faciliter la commission d'un crime ou d'un délit, commise en bande organisée, en relation avec une entreprise terroriste;
  • Détention, en bande organisée, de substances ou produits incendiaires ou explosifs ou des éléments ou substances destinés à entrer dans la composition de produits ou engins incendiaires ou explosifs, en vue de la préparation d'atteintes aux personnes ou d'infractions de destruction, dégradation ou détérioration de bien par substance explosive, par incendie ou tout autre moyen de nature à créer un danger pour les personnes, en relation avec une entreprise terroriste;
  • Détention d'armes de catégories A et B, en bande organisée, en relation avec une entreprise terroriste.

Un transfert supervisé par des gendarmes d'élite

Le djihadiste présumé a été remis aux autorités françaises peu après 9 h, avait précédemment précisé le parquet dans un communiqué.

Des gendarmes d'élite du GIGN ont assuré son transfert par hélicoptère de la prison de Beveren, en Flandre, jusqu'à l'aéroport militaire de Villacoublay, situé au sud-ouest de la capitale française, avant de le transporter en convoi vers le palais de justice de Paris, selon des sources à la gendarmerie.

Le ministre de la Justice Jean-Jacques Urvoas avait indiqué qu'il serait incarcéré sous haute surveillance dans un quartier d'isolement situé dans un établissement de l'Île-de-France.

« Il sera pris en charge par une équipe de surveillance dédiée, composée de surveillants aguerris, formés à la détention [...] des personnes détenues réputées dangereuses », a-t-il dit à la sortie du conseil des ministres.

Les magistrats français attendent désormais de Salah Abdeslam des réponses sur les préparatifs et le déroulement des attaques du 13 novembre, qui ont fait 130 morts à Paris et à Saint-Denis, au nord de la capitale française.

« Son état d'esprit, c'est celui d'un garçon effondré, bien évidemment, en raison du drame qui s'est déroulé en France et qui a envie de parler à la justice française », a déclaré sur BFM TV son avocat Frank Berton, avant que la remise ne soit annoncée.

« Il est à la fois dans une volonté d'explication et, je pense, de collaboration avec la justice française », a ajouté l'avocat désigné par Salah Abdeslam pour assurer sa défense en France, en compagnie de son confrère belge Sven Mary.

« Cendrier vide »

Par la suite, il s'est dit surpris de voir que la procédure de transfert avait été selon lui accélérée, alors même qu'une audition devait avoir lieu jeudi en Belgique.

Le rôle exact de ce Français d'origine marocaine reste à définir. Des éléments semblent montrer qu'il a joué un rôle de cheville ouvrière dans l'organisation des attentats, pour lesquels il a convoyé d'autres assaillants à travers l'Europe et, le soir du 13 novembre, au Stade de France.

Devant les enquêteurs belges, il a dit avoir voulu s'y faire exploser, avant de renoncer à ce projet et d'abandonner sa ceinture d'explosifs.

Arrestation de Salah Abdeslam dans le quartier bruxellois de MolenbeekArrestation de Salah Abdeslam dans le quartier bruxellois de Molenbeek Photo : VTM via AP

Pris en charge par deux proches, il a dans la foulée regagné la Belgique à bord d'une voiture contrôlée à trois reprises sur la route Paris-Bruxelles, une dernière fois vers 9 h le 14, avant que son nom n'apparaisse dans l'enquête.

Sa traque a ensuite duré quatre mois, jusqu'au jour de mars où des policiers belges et français ont perquisitionné dans un appartement de Forest, une des communes bruxelloises, sans savoir qu'il s'y trouvait. Il s'est alors échappé.

Trois jours plus tard, le 18 mars, les forces de sécurité belges l'ont retrouvé dans un appartement de Molenbeek, la commune de son enfance, et l'ont arrêté, en même temps qu'Amine Choukri, mis en examen en Belgique pour « meurtre terroriste ».

Le parquet belge a également mis en examen Salah Abdeslam pour son rôle dans les attentats du 13 novembre, mais aussi pour tentative de meurtre le 15 mars lors de la fusillade qui a éclaté à Forest.

« Je pense que Salah Abdeslam est d'une importance capitale pour cette enquête. Je dirais même qu'il vaut de l'or. Il collabore. Il communique. Il ne maintient pas son droit au silence », selon Sven Mary, cité par le journal Libération.

« C'est un petit con de Molenbeek issu de la petite criminalité, plutôt un suiveur qu'un meneur. Il a l'intelligence d'un cendrier vide. Il est d'une abyssale vacuité », estime également l'avocat belge, qui ne sait pas s'il continuera à assurer sa défense après le transfert.

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