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« Si je lis, je serai plus intelligent et je deviendrai pompier! »

Tyler Sahguj
Tyler Sahguj Photo: Marc Godbout

Une règle s'applique à l'école primaire de Walpole Island : 100 minutes de lecture et d'écriture obligatoires tous les matins. Ce n'est qu'un des volets d'un projet pilote visant à lutter contre le décrochage scolaire chez les jeunes Autochtones. Et ça fonctionne.

Un reportage de Marc GodboutTwitterCourriel

Il est 9 h. La cloche vient à peine de sonner qu'un profond silence habite l'école de Walpole Island, dans le sud-ouest de l'Ontario. Il sera de courte durée. Ce qui se passe par la suite permet de mieux comprendre le pas de géant qui a été franchi dans cette communauté ojibway.

D'une classe à l'autre, de la maternelle à la 8e année, tous les élèves ont un livre à la main. Soudainement, un murmure de lecture se fait entendre. C'est le temps de suivre la règle des 100 minutes de lecture et d'écriture obligatoires.

Captivé par son livre, Tyler Sahguj, 9 ans, s'est installé sur un coussin dans le corridor. Il dépose son livre quelques minutes pour nous parler de son rêve.

Je veux devenir pompier. Je lis 5 livres par semaine. Si je lis, je serai plus intelligent et je pourrai devenir pompier!

Tyler Sahguj
Tyler Sahguj lit à l'école.Tyler Sahguj lit à l'école. Photo : Marc Godbout

Il règne un fort sentiment de fierté et d'accomplissement dans cette école autochtone qui revient de loin.

Le virage a commencé lors de l'année scolaire 2009-2010 par un projet pilote de l'Initiative d'Éducation Martin, une organisation qui veille à l'alphabétisation des Autochtones.

L'objectif : offrir de la formation et du soutien aux enseignants de l'école gérée par le conseil de bande de Walpole Osland pour améliorer les compétences des élèves en alphabétisation.

Le pari : contrer le manque criant de ressources, résultat direct du sous-financement des écoles autochtones, et prouver que les jeunes des Premières Nations peuvent s'accomplir si on leur en donne les moyens.

Des résultats renversants

Comme dans la plupart des communautés autochtones, les élèves de Walpole Island tiraient énormément de l'arrière en lecture et en écriture. À peine 17 % des enfants en 6e année atteignaient ou dépassaient les normes provinciales en lecture au début du projet.

Cinq ans plus tard, 72 % des élèves obtenaient une note égale ou supérieure à la norme fixée par le ministère.

Pam Hedden, une enseignante qui travaille à l'école primaire depuis 10 ans, a vu et vécu la transformation qu'elle attribue directement à des méthodes d'enseignement

différentes et mieux adaptées.

C'est maintenant plus cohérent. Avant, tout le monde faisait ce qu'il pouvait pour survivre. Les enseignants étaient laissés à eux-mêmes, sans ressource.

Pam Hedden, enseignante
L'enseignante Pam Hedden dans sa classe.L'enseignante Pam Hedden dans sa classe. Photo : Marc Godbout

Les résultats à Walpole Island pourraient permettre plus facilement de freiner le décrochage, une fois que les élèves arriveront au secondaire.

L'aide apportée aux enseignants et aux élèves

  • Accent mis sur la qualité d'enseignement et les ressources pédagogiques
  • Augmentation du temps d'enseignement consacré à la lecture et à l'écriture
  • Formation professionnelle intensive et continue pour les enseignants
  • Nouvelles ressources (livres adaptés selon le niveau, matériel d'évaluation, meubles et équipement pour les classes)
  • Ressources et activités élargies en bibliothèque

Le problème du décrochage est presque épidémique : plus de la moitié des Autochtones abandonnent leurs études secondaires.

Walpole Island est une des deux communautés à avoir pris part au projet pilote. Le même modèle a été appliqué à l'école primaire de Kettle et Stoney Point, située également dans le sud-ouest de l'Ontario. Là aussi, les résultats obtenus sont tout aussi spectaculaires.

Le programme entièrement financé par l'Initiative d'Éducation Autochtone Martin a coûté environ 1,5 million de dollars par école.

Un modèle qui pourrait être facilement appliqué dans la plupart des communautés, estime notamment le chef du conseil de bande de Walpole Island, Dan Miskokomon.

Au départ, certains craignaient qu'on devienne des cobayes. Mais au contraire, c'est le résultat d'un véritable partenariat. Nous avons tous appris ensemble, collectivement.

Dan Miskokomon
Le chef du conseil de bande de Walpole Island, Dan MiskokomoneLe chef du conseil de bande de Walpole Island, Dan Miskokomone. Photo : Marc Godbout

Dans son premier budget, le gouvernement Trudeau a annoncé l'allocation de 3,7 milliards sur cinq ans pour l'éducation primaire et secondaire chez les Autochtones.

Quelque 30 millions iront d'ailleurs à l'Initiative d'Éducation Autochtone Martin, lancée par l'ancien premier ministre Paul Martin.

Une école transformée, une communauté transformée

Les investissements et les résultats obtenus à Walpole Island se répercutent sur toute la communauté. L'engagement des parents s'est grandement accru, la présence des élèves à l'école aussi.

AffichePhoto : Marc Godbout

Le scepticisme a rapidement fait place à la motivation et à la fierté. Un peu partout dans la communauté, des affiches rappellent l'importance d'être en classe et reflètent le fort sentiment d'espoir.

Erica Soney, mère de trois élèves, résume en quelques mots.

Notre communauté en ressort grandi, unie. Je sais que mes enfants vont réussir. Ne nous abandonnez pas, nous avons un avenir, croyez en nous.

Erica Soney
Erica Soney, mère de trois élèvesErica Soney, mère de trois élèves Photo : Marc Godbout

Société