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La femme qui fuit, d'Anaïs Barbeau-Lavalette (Marchand de feuilles)

Le choix d'Anne-Marie Dussault
Le choix d'Anne-Marie Dussault Photo: Radio-Canada
Radio-Canada

Choisi par Anne-Marie Dussault
Animatrice de 24/60
ICI RDI
En semaine de 19 h à 20 h

RÉSUMÉ

Dans ce roman, l'auteure suit les traces de sa mystérieuse grand-mère, Suzanne Meloche, fantôme qui plane sur sa vie et celle de sa mère. Anaïs ne l'a presque pas connue, cette femme qui, en 1948, est aux côtés de Borduas, Gauvreau et Riopelle quand ils signent le manifeste Refus global. Avec Marcel Barbeau, Suzanne Meloche fonde une famille, mais très tôt, elle abandonne ses deux enfants. L'auteure remonte le cours de la vie de cette femme à la fois révoltée et révoltante et découvre une enfance les pieds dans la boue, une fugue vers Montréal, la frénésie artistique des automatistes, des romances folles en Europe, des combats au sein des mouvements noirs de l'Amérique en colère. Pour l'auteure, ce livre est aussi une adresse directe et sans fard à celle qui blessa sa mère à jamais.

EXTRAIT

Comment as-tu pu te passer [de ma mère]? Comment as-tu fait pour ne pas mourir à l'idée de rater ses comptines, ses menteries de petite fille, ses dents qui branlent, ses fautes d'orthographe, ses lacets attachés toute seule, puis ses vertiges amoureux, ses ongles vernis, puis rongés, ses premiers rhum and coke? Où t'es-tu cachée pour ne pas y penser? Là, il y a elle, il y a toi, et entre vous deux : moi. Tu ne peux plus lui faire mal parce que je suis là.

Extrait de « La femme qui fuit », d'Anaïs Barbeau-Lavalette

POURQUOI CE LIVRE FAIT PARTIE DES INCONTOURNABLES

Ce livre m'a bouleversée comme mère et comme journaliste. J'ai été séduite par la vérité avec laquelle Anaïs Barneau-Lavalette a écrit cette histoire, qui est celle du Québec, du Refus global et de la grande noirceur, mais aussi le récit d'une filiation construite autour d'un grand trou noir : l'absence de sa grand-mère pour sa mère. Comment une femme a pu quitter ses enfants? Cela montre que l'amour maternel n'est pas absolu, même si c'est encore tabou de le dire. On y découvre aussi des indices de maladie mentale ou de grande instabilité chez cette grand-mère. J'ai été séduite par le style direct de l'auteure : ses phrases courtes, son rythme, et été émue jusqu'aux larmes. Ce livre est un miroir de l'histoire du Québec, de celle de notre féminité et de la maternité. À travers ce geste de réhabilitation de sa grand-mère, Anaïs Barbeau-Lavalette révèle l'affranchissement douloureux des signataires de Refus global qui, à l'époque, étaient des marginaux, mais ont véritablement marqué le Québec.

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