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Nord Alice, de Marc Séguin (Leméac)

Le choix de Claudia Larochelle

Le choix de Claudia Larochelle

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Choisi par Claudia Larochelle
Animatrice de Lire (Nouvelle fenêtre)
ICI ARTV

RÉSUMÉ

Le narrateur est un chirurgien qui s'exile à Kuujjuaq après avoir quitté Alice à Queens. Entre deux patients, il consomme des femmes sur le web, va pêcher et s'invente une histoire, s'inspirant des hommes qui l'ont précédé, depuis Roméo, l'arrière-grand-père, le premier de sa généalogie à avoir tué un homme, sur les rives du Klondike. Quelles traces ont laissées ceux qui ont traversé les années avant les nôtres? Que sème-t-on derrière soi dans la fuite? Le Nord que propose Marc Séguin n'est pas seulement blanche immensité et splendeurs boréales; ce Nord est aussi celui de l'exploitation d'uranium et des excès d'alcool. Mû par un profond respect pour le territoire et ceux qui l'ont marché pendant des siècles, l'auteur témoigne néanmoins d'une déroute. Mais, justement, c'est peut-être jusqu'au bout de ses échecs qu'on devrait avoir l'humilité d'aller pour se trouver.


EXTRAIT

Aurait-on pu encore tenir en couple? Je pense à elle tous les jours depuis que je suis ici. Surtout à l'hôpital. C'est là que j'aurais besoin d'Alice. Un enfant inuit est mort à l'urgence ce matin. Le reste du temps, elle ne me manque pas. Je coule les heures où je ne travaille pas à regarder de la porno en ligne. On dit que c'est parce que les hommes s'ennuient qu'ils s'inventent toutes ces histoires. On dit aussi que les chimpanzés, dans leur lassitude, se masturbent pour passer le temps. Je perds des journées entières de congé sur le web à tenter de me guérir d'une femme, en m'imaginant avec d'autres, virtuelles. Hâte que le printemps arrive. Avec sa lumière, sa chasse, sa pêche.

Extrait de « Nord Alice », de Marc Séguin

POURQUOI CE LIVRE FAIT PARTIE DES INCONTOURNABLES

Nord Alice évoque notre monde d'abord par l'histoire d'amour, d'une complexité typique de notre siècle avec l'analyse perpétuelle, les peurs, les méfiances, la fuite, les incapacités à laisser couler son flot, les penchants pour le sabotage amoureux, etc. La forme d'hommage aux ancêtres que livre le narrateur en filigrane est aussi révélatrice de fossés générationnels, marquant le désinvestissement sentimental actuel, la quête de réponses, la recherche de foi ou de sacré à travers autre chose que le religieux. Bien sûr, le Grand Nord, ses peuples, notre intérêt de plus en plus accru pour ces contrées, le mystère qui en découle, les différences entre là-bas et ici, le système de santé déficient dans lequel le narrateur pratique la médecine... Tout ça est riche, puissant, complètement 2016, tout en étant intemporel par la force de narration, l'écriture qui se tient en elle-même avec une langue percutante qui fouette comme des bourrasques nordiques.

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