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Le manoir de Brian Pallister : la planche de salut de Greg Selinger ?

Louis-Philippe LeBlanc
Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2016 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

C'est un des secrets les moins bien gardés du monde politique manitobain : en 2012, Brian Pallister et sa famille ont fait l'acquisition d'une immense maison dans un des quartiers les plus huppés de Winnipeg. Depuis, tous les observateurs de la scène politique attendent de voir quand on découvrira le pot aux roses. C'est fait.

Une analyse de Louis-Philippe LeBlancTwitterCourriel

Bien que le prix d'achat ne soit pas du domaine public, l'évaluation de la Ville de Winnipeg fixe sa valeur à plus de 2,3 millions de dollars. Si certains y voient un signe de succès et, par extension, un gage des capacités de Brian Pallister de faire fructifier les deniers publics, d'autres se demandent comment une personne qui doit payer près de 40 000 $ en impôt foncier chaque année peut comprendre la réalité des Manitobains.

Cliché de la résidence achetée par le chef du Parti progressiste-conservateur du Manitoba, Brian Pallister, en octobre 2012.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Brian Pallister a fait l'acquisition en octobre, de cette résidence de 836 mètres carrés (9000 pieds carrés) au coût d'environ deux millions de dollars.

Photo : Sigmar Mackenzie Real Estate Services Ltd.

Cet achat a souvent été qualifié de geste politique déplacé. Le fait de vivre dans une maison donnant sur la rivière Assiniboine munie de sept garages n'est une mauvaise chose en soi; le problème, c'est que la résidence n'est même pas dans la circonscription de Fort Whyte où Brian Pallister a facilement remporté l'élection partielle du 4 septembre 2012, après avoir été élu sans opposition chef du Parti progressiste-conservateur du Manitoba. La maison de Brian Pallister est plutôt située dans le château fort libéral de River Heights où Jon Gerrard se fait élire depuis 1999.

Brian Pallister s'est défendu d'habiter dans la maison qui s'est vendue la plus chère en 2012 à Winnipeg. D'ailleurs, le chef conservateur répète souvent qu'il vient d'une famille modeste d'agriculteurs dans les environs de Portage-La-Prairie. Depuis son ascension au sommet du parti, cette maison de 2,3 millions de dollars est une des rares failles dans l'armure du leader des conservateurs.

Élections Manitoba 2016 : section spéciale

Paradis fiscaux : le doute

À moins de dix jours du scrutin, Greg Selinger a voulu illustrer l'écart entre ses avoirs et ceux de Brian Pallister. Il a invité les médias dans sa maison au coeur de Saint-Boniface. Une vieille maison construite en 1900, sans sous-sol rénové, évaluée à 272 000 $.

Dans la foulée du scandale des Panama papers, le chef du NPD a invité les autres chefs de parti à déclarer leurs avoirs. Rana Bokhari a répondu en fournissant un formulaire T4 datant de 2013 démontrant de modestes revenus. On ignore ses revenus pour 2014 et 2015. Elle a dit ne pas posséder de propriété.

Le chef conservateur Brian Pallister promet d'augmenter le seuil minimal d'imposition et d'indexer les tranches d'imposition de revenu à l'inflation.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le chef conservateur Brian Pallister promet d'augmenter le seuil minimal d'imposition et d'indexer les tranches d'imposition de revenu à l'inflation.

Photo : CBC/Jeff Stapleton

Brian Pallister a jusqu'à présent été très réticent à divulguer ses avoirs. Il a décliné l'invitation de Greg Selinger de divulguer au grand public sa déclaration d'impôts, affirmant qu'il refuse de faire de la politique « à l'américaine ». Il a toutefois avoué qu'il a un compte bancaire au Costa Rica car il est propriétaire d'une résidence secondaire dans cet état d'Amérique centrale.

Mais qu'en est-il de sociétés contrôlées par sa famille proche? Des questions demeurent sur l'étendue des tentacules de son empire financier. Greg Selinger n'a soulevé qu'un doute. Toutefois, le doute est parfois suffisant pour faire très mal, surtout en politique.

Certes, la question demeure : est-ce qu'on peut faire de la politique en 2016 sans dévoiler de potentiels conflits d'intérêts? On l'a vu au Québec encore une fois avec le chef de l'opposition Pierre-Karl Péladeau qui a dû justifier son rôle dans l'empire médiatique Quebecor et l'utilisation de paradis fiscaux.

L'évasion fiscale est un enjeu de taille au Canada. Des milliards de dollars qui pourraient financer des routes ou des soins de santé échappent chaque année au gouvernement. Récemment, le premier ministre islandais a démissionné dans la foulée du scandale des Panama papers. Pour les élus, rémunérés à même des fonds publics, un devoir de transparence s'impose.

Le plus ironique dans la situation est que Brian Pallister a lui-même travaillé contre les paradis fiscaux (Nouvelle fenêtre) alors qu'il était député fédéral et président Comité permanent des finances en 2007. Il a présidé une série de réunions avec toute une gamme de spécialistes dans le but d'enrayer une niche fiscale avec la Barbade. Brian Pallister s'y connaît donc en paradis fiscaux. Il devra démontrer hors de tout doute qu'il a patte blanche le 19 avril.

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