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Alain Bernier résigné à former des champions dans des gymnases d’écoles

Alain Bernier

Alain Bernier

Photo : Club de taekwondo de Sainte-Foy

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2016 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Pour la première fois depuis 2004, Alain Bernier n'amènera pas de taekwondoïstes de la région de Québec aux Jeux olympiques. L'entraîneur y voit le fait d'un cycle de « reconstruction » et déborde déjà d'optimisme pour 2020, même s'il continue à préparer ses athlètes dans des gymnases d'écoles.

Un texte de Guillaume BoucherTwitterCourriel

Depuis des années, la région de Québec est une pépinière de taekwondoïstes. Trois des quatre athlètes canadiens qui ont foulé les tapis des Jeux de Londres en 2012, François Coulombe-Fortier, Sébastien Michaud et Karine Sergerie, s'y entraînaient sous la supervision d'Alain Bernier.

Mais les trois ont annoncé leur retraite après ces Jeux. Alain Bernier a misé sur Marc-André Bergeron, l'ancien partenaire d'entraînement de Coulombe-Fortier, dans le cycle olympique pour Rio, qu'il a entrepris dans une perspective de reconstruction .

« Tu travailles avec l'espérance de vie de certains athlètes et tu sais que ça va finir à un moment », dit-il.

Bergeron l'a quand même fait rêver. Il est passé à une victoire de son billet olympique chez les plus de 80 kg au tournoi de qualification de la dernière chance d'Aguascalientes, au Mexique. Bernier y voit la mesure d'une progression phénoménale qui laisse présager de belles choses pour son poulain aux Jeux de Tokyo en 2020.

En 2012, il était le partenaire de François à Londres. Il était un peu son petit frère. Il est passé de celui qui aide l'autre à performer, sans vivre la pression d'affronter le vrai calibre, à celui qui doit faire le travail. C'est toute une transition.

Alain Bernier, entraîneur au club de taekwondo de Sainte-Foy

Dans des gymnases d'écoles

Le Canada n'a qu'une athlète qualifiée pour les Jeux de Rio en taekwondo : Melissa Pagnotta, chez les moins de 67 kg. Alain Bernier n'y voit pas le signe d'un sport en moins bonne santé qu'avant.

« Il y a beaucoup de talent et de relève au Québec et au Canada, estime-t-il. Le calibre mondial s'est amélioré et ç'a coïncidé avec un changement de garde. La relève n'était peut-être pas prête pour performer en 2016. »

Si la relève qu'il entraîne à Québec n'était pas prête, ce n'est pas parce qu'elle s'entraîne dans des conditions plus difficiles que dans d'autres pays, insiste Bernier. Ce problème, qui dure depuis des années, il ne veut pas en faire une excuse et est résigné à vivre avec. Mais il ne l'agace pas moins.

La région de Québec n'a pas d'installations permanentes de taekwondo, malgré la quantité de champions qu'elle a produit au fil des années. Marc-André Bergeron, comme Maxime Potvin, doit s'entraîner entre autres dans des gymnases d'écoles primaires, où il doit lui-même installer les matelas. Et ces gymnases, il n'y a pas accès quand il veut.

Des fois, tu ne peux pas t'entraîner parce que l'école organise un souper spaghetti, une parade de mode ou un gala méritas, ce qui est très légitime pour une école. Et tu as une athlète qui s'en va en Championnats du monde ou aux Jeux olympiques et tu dois lui dire qu'aujourd'hui, on n'a pas de place pour s'entraîner.

Alain Bernier, entraîneur au club de taekwondo de Sainte-Foy

Si des athlètes voient comme un moindre mal le fait de devoir installer eux-mêmes leurs matelas, Alain Bernier, lui, y voit un irritant. Le parallèle qu'il dresse avec le hockey est intéressant.

« C'est comme si vous demandiez au Canadien de Montréal d'aller gratter la glace avant d'aller affronter les meilleurs de la LNH, dit-il. Ce serait ridicule ».

Quels besoins?

« Je ne suis pas sûr que ça coûterait très cher, estime l'entraîneur à propos de ces installations permanentes. On ne demande pas de construire un stade. »

Que retrouverait-on dans ces installations? Alain Bernier a depuis longtemps préparé sa liste d'épicerie.

« Quatre murs, une salle de 20 m sur 25 m avec des tapis et des sacs d'entraînement, des ordinateurs, des miroirs, des appareils vidéo pour faire de l'analyse et du visionnement, un système WiFi, un écran de télévision », énumère-t-il. Et, bien sûr, cet équipement resterait sur place. Pas besoin de le monter et de le démonter chaque fois.

« Mais surtout, il faut une plage horaire, insiste Bernier. Tu ne peux plus t'entraîner une fois par jour et penser que tu peux rivaliser avec les meilleurs. Les Chinois font trois entraînements par jour. C'est la même chose en Corée, en Espagne et en France. »

Cette bataille pour des installations de taekwondo dans la région de Québec, Alain Bernier dit cependant ne pas pouvoir la mener personnellement, faute de temps.

« Tenter de rivaliser avec les meilleurs au monde, c'est une bataille de titans. Je ne peux pas en plus aller me battre sur la scène politique et publique pour faire des demandes. J'ai un travail d'entraîneur et je dois le faire », fait-il valoir.

Résignation

« En 2012, avant les Jeux olympiques, on nous souhaitait bonne chance à l'hôtel de ville et on nous disait que notre problème serait réglé sous peu. On est en 2016 et il n'y a toujours rien. On ne voit pas de solution à court terme. »

Alain Bernier regrette que les choses n'aient pas bougé, mais n'en ressent pas de la frustration. Il dit plutôt être résigné à travailler dans cet environnement.

« J'ai préparé des athlètes pour des Jeux olympiques dans des conditions qui étaient les miennes, explique-t-il. Je vais travailler sur ce que je peux contrôler. Je veux rester positif et croire qu'avec du travail et de la bonne volonté, malgré des moyens limités, on va peut-être encore réussir à surprendre. »

Taekwondo Canada n'a reçu que 50 000 $ du programme « À nous le podium » en 2015-2016. C'est la fédération de sports d'été qui a reçu le moins sur cette période au pays. Alain Bernier a vécu les contrecoups de ce faible financement, mais refuse de se poser en victime. Il y voit une motivation supplémentaire à poursuivre le travail qu'il a entrepris.

« Il faut démontrer un réel potentiel de médailles, amener des résultats, dit-il. Les résultats des quatre dernières années n'ont peut-être pas convaincu suffisamment À nous le podium. C'est à nous de travailler plus fort et amener des résultats plus concrets. »

L'entraîneur, comme ses combattants, a sa fierté.

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