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Il y aurait des failles dans l’étude sur le retrait des casques à la boxe

Le Kazakh Serik Sapiyev (bleu) et le Britannique Freddie Evans (rouge) en finale des mi-lourds aux Jeux olympiques de Londres

Le Kazakh Serik Sapiyev (bleu) et le Britannique Freddie Evans (rouge) en finale des mi-lourds aux Jeux olympiques de Londres

Photo : Reuters/Murad Sezer

La Presse canadienne

L'étude sur laquelle s'appuie l'Association internationale de boxe amateur (AIBA) pour justifier le retrait des casques protecteurs chez les athlètes masculins aux Jeux olympiques de Rio présente plusieurs failles, croit un médecin spécialisé en commotions cérébrales.

La recherche obtenue par La Presse Canadienne, qui a été avalisée par le Comité international olympique (CIO), soutient qu'il y a eu une « diminution significative de 41 % des signes de commotions observables par analyse vidéo » depuis que l'AIBA a imposé le retrait des casques protecteurs pour les boxeurs de classe élite, en 2013.

Le Dr Scott Delaney, qui pratique la médecine d'urgence et la médecine sportive à l'Université McGill et au CUSM, est cependant d'avis qu'une simple analyse vidéo est nettement insuffisante pour avancer de tels chiffres.

« Dans une étude, tu portes le diagnostic de commotion et tu vas ensuite voir sur vidéo comment ça s'est produit, a-t-il fait remarquer. Sans avoir fait une évaluation médicale, tu ne peux pas savoir si l'athlète a subi une commotion.

Comment peux-tu observer un mal de tête ou des nausées? Pour faire un diagnostic visuel, le plus facile, c'est si la personne perd connaissance. Sinon, pour les autres signes, ça prend une évaluation médicale.

Dr Scott Delaney, spécialiste en médecine sportive à l'Université McGill et au CUSM

Dans un contexte de tournoi olympique, où un boxeur peut disputer jusqu'à cinq combats de trois rounds en deux semaines, cette décision pourrait avoir des conséquences non négligeables pour les athlètes, et pas seulement au chapitre des commotions.

Le risque de subir une lacération a d'ailleurs augmenté de 79 % depuis l'imposition de la nouvelle mesure.

« C'est le plus choquant, a poursuivi le médecin. Avant qu'un athlète puisse se battre à nouveau, on a besoin de savoir que la blessure est complètement guérie avant qu'il puisse recommencer. »

L'étude affirme aussi que le casque permettait d'atténuer la force d'impact, mais que « la relation entre l'atténuation de la force d'impact et la diminution des commotions n'était pas prouvée ».

« La force d'impact a une influence sur le risque de subir une commotion, a confirmé le Dr Delaney. Avec plus de force, en général, il y a plus de risques de faire une commotion. Quand ils disent qu'il n'y a pas de preuve, c'est qu'il n'y a simplement pas eu d'étude. Ce n'est pas parce que ce n'est pas prouvé que ce n'est pas vrai. »

Malgré tout, l'AIBA se targue d'avoir trouvé le moyen de réduire le nombre de commotions en retirant le casque protecteur.

En entrevue avec La Presse Canadienne, le président du comité exécutif de Boxe Canada et membre du comité exécutif de l'AIBA, Pat Fiacco, a simplement déclaré: « Si le CIO avait jugé que ce n'était pas prudent, il n'aurait pas accepté le retrait du casque à Rio. »

Mesure universelle

En se basant entre autres sur cette recherche, l'AIBA compte imposer le retrait du casque de manière universelle d'ici le 1er janvier 2018.

Il s'agit d'une mesure entreprise par une administration précédente qui sera révisée, selon Fiacco.

Si l'AIBA décidait tout de même de poursuivre dans cette voie, Boxe Canada - et incidemment la Fédération québécoise de boxe olympique - n'aurait pas le choix de s'y conformer.

C'est donc dire que des boxeurs de tout âge et de toute catégorie de poids enfileraient les gants, mais pas le casque, comme c'est la règle depuis 1971.

Les études sont faites avec les boxeurs de catégorie élite, mais pour chaque boxeur élite, il peut y avoir 1000 boxeurs amateurs. Un boxeur de 12 ans, ce n'est pas la même chose qu'un boxeur élite.

Dr Scott Delaney, spécialiste en médecine sportive à l'Université McGill et au CUSM

« Nous savons que les jeunes sont plus susceptibles de subir des commotions avec des impacts moindres et nous savons que ça prend plus de temps à guérir, a-t-il poursuivi. Pour une commotion, il y a des centaines d'autres coups à la tête qui peuvent également avoir des conséquences. »

Cette décision pourrait refroidir les ardeurs de certains parents et boxeurs. Si l'on en croit un sondage publié en 2016, seulement 4,95 % des membres de la communauté de la boxe canadienne soutiennent les intentions de l'AIBA.

Fiacco assure cependant que davantage d'études seront effectuées avant qu'une décision finale soit prise concernant les femmes et les boxeurs d'âge junior.

Il souligne au passage « qu'il n'y a déjà pas, en majeure partie, de commotions chez les femmes et les jeunes ».

« Avant que ce règlement entre en vigueur, des études vont être menées pour prendre une décision basée sur des preuves factuelles, a-t-il répété. Nous ne prenons pas ces décisions à la légère et nous nous assurons que la sécurité de nos boxeurs est la priorité. »

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