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St-Hubert vendu pour 537 millions à une entreprise ontarienne

St-Hubert change de famille
Radio-Canada

Fleuron québécois de la restauration, St-Hubert vient d'être acheté pour 537 millions de dollars par Cara, une entreprise ontarienne qui exploite des centaines d'établissements de restauration rapide au pays.

Le PDG des célèbres rôtisseries québécoises, Jean-Pierre Léger, estime que cette vente va assurer « la croissance et la pérennité » de son entreprise. 

« Cette alliance garantira à St-Hubert un développement sain, [...] nous serons en mesure d'agrandir considérablement nos programmes de fabrication de produits alimentaires et de bonifier nos ventes partout au Canada », s'est-il félicité.

Jean-Pierre Léger prévoit que cette transaction permettra au groupe St-Hubert de doubler ses revenus d'ici cinq ans. Il croit qu'elle va créer l'une des plus importantes entreprises de restauration et de transformation alimentaire au pays.

Je n'ai pas décidé ça en deux mois. Ça fait cinq ans que je fais une réflexion. J'ai regardé tout ce qu'il y avait ici au Québec. J'ai flirté avec différents groupes, mais on ne s'est pas mariés.

Jean-Pierre Léger, PDG de St-Hubert

Cette alliance permettra par ailleurs au Groupe St-Hubert de devenir le gestionnaire d'une soixantaine de restaurants de Cara au Québec.

Fondée au Québec en 1951, la chaîne St-Hubert compte 117 restaurants, deux usines de production alimentaire à Boisbriand et à Blainville, ainsi que deux centres de distribution à Anjou et à Boisbriand.

Le PDG de St-Hubert, Jean-Pierre LégerLe PDG de St-Hubert, Jean-Pierre Léger

Cette alliance offre les plus belles perspectives d'avenir à nos employés en garantissant la saine évolution du groupe St-Hubert et en ouvrant des opportunités de carrières plus larges en créant de l'emploi au Québec.

Jean-Pierre Léger, PDG de St-Hubert

Le président du conseil et chef de la direction de Cara, Bill Gregson, indique que St-Hubert conservera son siège social à Laval.

« Cette opération donne à St-Hubert l'occasion de stimuler la croissance de ses restaurants grâce à l'ajout des marques Cara au Québec et de mettre en œuvre un programme visant les produits alimentaires de détail à l'échelle nationale pour Cara, basé au Québec, au moyen des unités de production et des fournisseurs existants », indique le PDG de Cara.

La Société Cara exploite notamment les restaurants Swiss Chalet, Harvey's, Milestones, Montana's, Kelsey's, East Side Mario's, New York Fries, Prime Pubs, Bier Markt et Landing. Environ 66% des restaurants exploités par l'entreprise sont situés en Ontario.

La transaction en chiffres :

  • Chiffre d'affaires total de 620 M$
  • 117 restaurants, 108 au Québec
  • 2 usines de production alimentaire
  • 2 centres de distribution
  • 28 propriétés
  • 34 % du chiffre d'affaires réalisé dans les restaurants
  • 66 % du chiffre d'affaires réalisé auprès de clients externes, tels que Costco, Metro, Loblaws et Sobeys

Pas d'inquiétude pour le principal franchisé de St-Hubert au Québec

Les franchisés des Rôtisseries St-Hubert ont appris la vente de l'entreprise à Cara tôt en matinée. La transaction n'inquiète pas outre mesure Pierre Martin, copropriétaire du Groupe Martin, qui possède 12 succursales dans la région de Québec.

Les dirigeants de Cara sont des professionnels de l'alimentation. Ils sont organisés, ont une bonne réputation et possèdent plusieurs restaurants à travers le pays, ce qui pourra aider St-Hubert à grandir.

Pierre Martin, Groupe Martin, franchisé St-Hubert

Selon Pierre Martin, les rumeurs de la vente de St-Hubert, qui persistaient depuis plusieurs années déjà, étaient davantage une source d'inquiétudes. Il est maintenant rassuré que la transaction ait été conclue avec une entreprise canadienne.

L'homme d'affaires reconnaît qu'il en sait peu sur ce que l'avenir lui réserve. Il croit cependant à une croissance de la marque et à d'autres occasions d'affaires pour St-Hubert et ses franchisés qui étaient, ajoute-t-il, très limitées depuis quelques années sur le marché québécois.

Pierre Martin tient du même coup à rassurer ses clients, qui ne doivent pas s'attendre, selon lui, à d'importants changements dans l'immédiat. « St-Hubert reste le même. Qu'il y ait eu vente ou pas, on est constamment en changement avec de nouveaux produits ou de nouvelles stratégies, indique-t-il. Tout ce qui peut arriver, c'est pour le mieux. »

De leur côté, les Éleveurs de volailles du Québec espèrent continuer d'approvisionner les Rôtisseries St-Hubert comme ils le font fait depuis 1951. « Nous comptons également sur cette annonce pour établir un lien d'affaires avec Cara et mettre le Québec à contribution afin de développer le marché des rôtisseries au Canada », ajoutent-ils dans un communiqué.

Une vente qui n'est pas une surprise

Pour Jacques Nantel, professeur titulaire au Département de marketing HEC Montréal, la vente de St-Hubert était « relativement prévisible ». Notamment parce qu'il y a eu, ces cinq dernières années, pas mal de mouvement au sein de la haute direction de l'entreprise. Certes, rappelle M. Nantel, Jean-Pierre Léger était président du C.A., « mais la haute direction était volatile ».

Un autre indice que la vente était imminente résidait dans le fait qu'il n'y avait pas de relève au sein de la famille, une situation qui n'est pas atypique, dit M. Nantel : » C'est le lot de beaucoup d'entreprises familiales ».

Le Québec s'inscrit dans une logique mondiale

Mais de l'avis de Jacques Nantel, la vente de St-Hubert était prévisible en grande partie parce que St-Hubert se devait tôt ou tard de sortir du Québec. « Si vous avez une entreprise qui est très florissante, mais qui se limite ici au Québec où il y a huit millions d'habitants, il faut qu'elle commence à réaliser une interpénétration du marché américain. »

Nous sommes condamnés à entrer sur le marché du reste du Canada et sur le marché américain, sans quoi on risque de souffrir. Rona est un bel exemple : quand les Home Dépôt ont commencé à rentrer ici, eux sont déjà configurés pour 400 millions de consommateurs. Rona était configuré pour à peu près 30 millions de consommateurs, mais ce n'était peut-être plus suffisant.

Jacques Nantel, professeur titulaire au Département de marketing HEC Montréal

Jacques Nantel croit que la tendance est là pour longtemps et que d'autres entreprises du Québec risquent de suivre la voie qu'ont empruntée Rona et St-Hubert. « L'entreprise à surveiller, c'est Bombardier », dit-il.

Relativement aux retombées que pourrait avoir la vente de St-Hubert à Cara pour le Québec, Jacques Nantel estime qu'il n'est pas impossible d'assister à une création d'emplois, comme le fait miroiter Jean-Pierre Léger. Le professeur de marketing constate que Cara ne dispose pas d'un réseau de distribution à l'image de celui de St-Hubert. La compagnie ontarienne, dit-il, pourrait fort bien profiter des usines de St-Hubert en sol québécois pour fabriquer ses propres produits.

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