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Traduction automatique au fédéral : la mise en fonction de l'outil repoussée

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L'entrée en vigueur de l'outil de traduction automatisée au gouvernement fédéral est retardée, une mesure qualifiée de « changement mineur ».

L'entrée en vigueur de l'outil de traduction automatisée au gouvernement fédéral est retardée, une mesure qualifiée de « changement mineur ».

Photo : iStock

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2016 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Alors que de nombreuses voix et associations s'élèvent contre l'outil de traduction automatisée, qui devait être accessible sur les postes de tous les fonctionnaires fédéraux au pays dès jeudi, le Bureau de la traduction repousse son lancement officiel, selon ce qu'a appris Radio-Canada.

Un texte de Catherine LanthierTwitterCourriel

Dans un courriel obtenu par Radio-Canada, le vice-président aux Services linguistiques du Bureau de la traduction, Adam Gibson, informe ses collègues que la date de mise en fonction de l'outil est retardée. « Un délai qui n'est pas indéfini, seulement suffisant pour ajuster quelques approches de communications et de déploiement », écrit-il.

Dans ce courriel, daté du 23 mars, M. Gibson parle d'un « changement mineur » à l'échéancier.

Le ministère des Services publics et de l'Approvisionnement a décliné notre demande d'entrevue. Toutefois, il ne s'avance plus sur une date de déploiement de l'outil, contrairement à ce qu'il avait établi auparavant.

Le Bureau de la traduction s'était engagé à déployer un outil de traduction automatique dans toute la fonction publique fédérale, en date du 31 mars 2016. En entrevue à Radio-Canada, la PDG du Bureau, Donna Achimov, soutenait que les résultats d'un projet pilote mené au sein de la fonction publique étaient concluants, et que cet outil allait « améliorer la compréhension, encourager les gens à travailler dans les deux langues officielles, et aider la politesse au travail ».

Dans une déclaration écrite, la ministre Judy Foote indique « qu'une diffusion à l'échelle du gouvernement aura lieu au moment le plus opportun ».

Elle précise que son ministère est déterminé à « moderniser sa façon de fonctionner grâce à l'adoption de technologies, en gardant à l'esprit que l'outil continuera de faire l'objet d'améliorations. »

La ministre Foote ne donne aucun détail sur les motifs, qui ont mené au report du lancement du logiciel de traduction automatisée.

Greg Fergus satisfait

De son côté, le député libéral de Hull-Aylmer, Greg Fergus, se dit satisfait de cette décision du ministère des Services publics et de l'Approvisionnement.

Il affirme avoir rencontré des représentants du ministère à plusieurs reprises, et d'autres rencontres sont aussi prévues. Greg Fergus se dit persuadé que son gouvernement fournira les ressources nécessaires au Bureau de la traduction pour que ce dernier puisse continuer à offrir un service de qualité.

Le député Fergus croit que l'outil de traduction automatique devrait être utilisé uniquement pour la lecture, et non pour s'écrire des courriels, comme le suggérait la PDG du Bureau de la traduction.

M. Fergus estime qu'il serait sage d'attendre les résultats d'une étude menée par le Comité permanent des langues officielles, comme l'a demandé le député du NPD François Choquette.

En raison des nombreuses préoccupations émises par divers intervenants au sujet de cet outil, un comité de la Chambre des communes se penche actuellement sur le Bureau de la traduction. Il doit entendre une dizaine d'autres témoins.

Un « cafouillis total », selon le député François Choquette

Le porte-parole du NPD en matière de langues officielles, François Choquette, se dit quant à lui « déçu de cette réponse qui est nébuleuse », considérant les « préoccupations de tous les intervenants issus des minorités linguistiques ».

Il déplore le manque de transparence du gouvernement dans ce dossier, qui est devenu un « cafouillis total », selon lui.

François Choquette a fait parvenir, mardi, une demande de sursis à la ministre. Il lui demandait de « suspendre l'installation du nouvel outil de traduction », en attendant que soit terminée l'étude menée par le Comité permanent des langues officielles sur le Bureau de la traduction.

En février dernier, ICI Ottawa-Gatineau a pu mettre à l'essai cet outil de traduction automatique. De nombreuses phrases en sont ressorties incompréhensibles et truffées d'erreurs.

Photo : ICI Radio-Canada / Chantal Mainville

Une « érosion » du français dans la fonction publique?

De son côté, la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA) se dit « préoccupée » par cette intention du gouvernement de mettre à la disposition de ses quelque 350 000 fonctionnaires fédéraux un outil de traduction automatisée.

Son directeur des communications, Serge Quinty, affirme que l'« érosion » en matière de langues officielles est déjà perceptible dans les documents du gouvernement.

Une pétition demandant la tête de la présidente du Bureau, Donna Achimov, a également recueilli plus de 600 signatures et a été transmise, mardi, aux parlementaires.

Son instigatrice, la traductrice Geneviève Sauvé, soutient que la gestion du Bureau était une « véritable insulte à tous les francophones » et estimait que sa PDG n'avait plus la légitimité nécessaire pour terminer son mandat.

La Corporation des traducteurs, terminologues et interprètes du Nouveau-Brunswick et l'Association des traducteurs et interprètes de l'Ontario ont également fait part de leurs réserves au sujet de la mise en fonction de l'outil de traduction, en écrivant à la ministre des Services publics et de l'Approvisionnement.

Mises en garde contre la traduction automatisée

Par ailleurs, le Conseil des traducteurs, terminologues et interprètes du Canada (CTIC) et l'Ordre des traducteurs, terminologues et interprètes agréés du Québec (OTTIAQ) travaillent sur une prise de position au sujet de cet outil.

Ces deux associations ont déjà publié des mises en garde sur leurs sites Internet respectifs contre les dangers de la traduction automatisée, invitant leurs membres à faire preuve de « la plus grande prudence » en utilisant ces logiciels.

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