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10 ans de Twitter : l'oiseau qui bat de l'aile

Twitter annonce son entrée en bourse le 7 novembre 2013.

Photo : Getty Images / Bethany Clarke

Radio-Canada

Il y a 10 ans, un drôle de moineau voyait le jour, avec ses gazouillis en 140 caractères. Au fil du temps, il a développé sa niche... politiciens, journalistes, relationnistes, vedettes, et autres influenceurs l'ont adopté. Le hic, c'est que Twitter n'a jamais vraiment pris son envol auprès de M. et Mme Tout-le-Monde.

Un texte de Marie-Ève MaheuTwitterCourriel

Je ne pense pas qu'on va se reparler pour le 20e anniversaire de Twitter.

Mathieu Gaudreault, spécialiste des communications numériques

Mathieu Gaudreault, qui est spécialiste des communications numériques et président de Letube.tv, n'est pas le seul à croire que Twitter, avec ses 320 millions d'utilisateurs, est en déclin.

« Je ne vois pas un grand avenir pour Twitter. Le réseau social ne fermera pas demain matin, mais le problème de cette compagnie-là est qu'elle n'arrive pas à générer des revenus », dit-il.

Le prix de l'action, qui a déjà atteint 69 $, s'échange aujourd'hui à 16 $ à la Bourse de New York. Une baisse de 77 % en deux ans. Twitter a aussi perdu des utilisateurs au dernier trimestre de 2015, une première dans son histoire.

« Le prix de l'action est en chute, et quand on sait que le nombre d'abonnés plafonne, ce n'est rien pour rassurer les actionnaires », dit Mathieu Gaudreault. S'ajoutent le départ de cinq hauts dirigeants en janvier et les mises à pied de 8 % des employés il y a quelques mois.

« Dans notre industrie, pas de croissance et un déclin, c'est la même chose. Je ne suis plus les statistiques de la croissance de Twitter depuis quelques années. Ça donne une idée », renchérit Jean-François Renaud, expert en visibilité numérique.

Associé chez Adviso, il déconseille à ses clients d'acheter de la publicité sur Twitter. « Ils essaient de nous vendre que M. et Mme Tout-le-Monde sont là et qu'on est capable de leur vendre des choses, mais ce n'est pas vrai. Chaque fois qu'on leur a donné une chance, ça n'a pas marché. »

Les enquêtes de CEFRIO chiffrent les utilisateurs actifs de Twitter (connectés au moins une fois par mois) à 10 % des adultes québécois. eMarketer estime le taux de pénétration chez les Canadiens à 18 %. Mais Jean-François Renaud est convaincu que les réels utilisateurs ne dépassent pas 5 % de la population.

Malgré tout, il reconnaît que Twitter a secoué l'univers médiatique. « On ne peut pas dire qu'ils n'ont pas brassé les affaires. Avant, il n'y avait pas d'endroit où tu pouvais interpeller Véronique Cloutier ou Denis Coderre de façon publique et où tu avais une chance qu'ils te répondent. C'est encore quelque chose d'assez unique. Twitter a aussi été un acteur de premier plan dans des révolutions, comme en Tunisie, en permettant aux gens de se parler. »

C'est bien cute tout ça qu'a permis Twitter. Ça donne une bonne presse. Mais ce n'est pas ça qui fait que tu vends de la publicité.

Jean-François Renaud, expert en visibilité numérique

« Si tu ne génères pas de sous, les gens qui mettaient de l'argent et qui faisaient que ton réseau est bon vont arrêter d'en mettre », dit Jean-François Renaud.

Des manifestants célèbrent à la place Tahrir, au Caire, après la démission du président égyptien Hosni Moubarak. Comme en Tunisie, les réseaux sociaux, dont Twitter, ont aidé les opposants à se mobiliser dans le cadre de la révolution égyptienne.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des manifestants célèbrent à la place Tahrir, au Caire, après la démission du président égyptien Hosni Moubarak. Comme en Tunisie, les réseaux sociaux, dont Twitter, ont aidé les opposants à se mobiliser dans le cadre de la révolution égyptienne.

Photo : Dylan Martinez / Reuters

« Le CNN d'Internet »

Connu pour avoir créé la Toile du Québec, Christian Guy n'est pas prêt à prédire la mort de Twitter, qu'il décrit comme « le CNN d'Internet ». Pour lui, le réseau social sert moins aux interactions qu'à la diffusion d'informations. « Il y a beaucoup d'activités qui sont bonnes sur Twitter. Je trouve que c'est alarmiste de parler de sa disparition. On a tendance à exagérer les baisses d'actions. Les compagnies sont très capables de s'adapter. Ça va prendre un grand ménage, mais Twitter pourrait se réinventer », dit celui qui est aujourd'hui vice-président marketing de CakeMail.

Est-ce que j'ai besoin de Twitter dans ma journée, la réponse c'est non. Ma mère non plus. Elle a le courriel, elle a Facebook, elle peut envoyer des textos aussi. Twitter, c'est quelque chose d'autre, et ce n'est pas clair que les gens en ont vraiment besoin. Il n'y a rien là-dedans qui crée de la dépendance, à part pour les personnes qui ont peur de manquer quelque chose.

Christian Guy

Pour lui, le plus gros problème de Twitter, par rapport à ses concurrents que sont Facebook, Instagram et Snapchat, est que tout le monde peut voir ce qui est publié. « Il semble que les humains préfèrent se tenir en gang. L'homme est un animal grégaire. Facebook le montre; Twitter aussi par l'exemple contraire. »

Le pire, ajoute-t-il, est que Twitter n'a pas réussi à faire de l'argent, mais il en a enrichi d'autres, comme les développeurs de Tweetdeck et Hootsuite, des plateformes pour gérer ses comptes Twitter et servir d'outils de veille.

« La vérité, c'est que quand tu vas sur Twitter, c'est un fouillis d'informations. C'est beaucoup pour un oeil humain, et on ne voit que ce qui a été publié dans les dernières minutes », dit Christian Guy.

Le mot clic #manifencours sur Twitter a permis de suivre les nombreuses manifestations étudiantes en 2012.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le mot clic #manifencours sur Twitter a permis de suivre les nombreuses manifestations étudiantes en 2012.

Photo : Christinne Muschi / Reuters

Pas sans Twitter

Malgré tout, l'ancien journaliste Jean-Hugues Roy, aujourd'hui professeur à l'École des médias de l'UQAM, ne peut s'imaginer se passer de Twitter. « C'est une bonne façon d'avoir de la nouvelle de dernière heure. J'aime que l'information y prime avec le métier qu'on fait. Un professeur de UBC, Alfred Hermida, appelait ça du journalisme ambiant : l'information est toujours là, autour de nous. En même temps, c'est un océan en furie. C'est le déficit de l'attention incarné. Ça n'arrête jamais. »

Il enseigne à ses étudiants en journalisme à utiliser Twitter comme outil pour s'informer, mais aussi pour entrer en contact avec des intervenants.

Après s'être longtemps questionné par rapport à l'intérêt de Twitter, Jean-Hugues Roy a eu un déclic lors des manifestations étudiantes de 2012 avec la création du mot-clic #manifencours. « C'est devenu la première source d'information pour savoir où étaient les manifestants, les policiers, ce qui se passait, avec des photos. »

Mathieu Gaudreault a beau prédire la fin de Twitter, il conseille en attendant à ses clients de continuer d'être présent sur Twitter.

« C'est une présence à partir de laquelle tu peux avoir une certaine notoriété, un certain éclat. Les chroniqueurs, les commentateurs et même les journalistes vont chercher de l'information directement sur Twitter, dans le feu de l'action, et ils en parlent dans les médias plus traditionnels. Si quelqu'un a un message à envoyer et qu'il n'est pas sur Twitter, la pêche à l'information ne le récoltera pas », dit-il.

Twitter en chiffres

  • 500 millions de messages chaque jour (le même chiffre depuis novembre 2013)
  • 320 millions d'utilisateurs actifs par mois (Twitter assure que 500 millions d'internautes supplémentaires accèdent au réseau social sans se connecter à un compte)
  • Chiffre d'affaires : 2,2 milliards de dollars en 2015
  • Perte net : 521 millions de dollars en 2015
  • Premier tweet : 21 mars 2006 par le cofondateur de Twitter et actuel président Jack Dorsey

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