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Avant Trudeau et Trump, retour sur les relations de leurs prédécesseurs

Les drapeaux américain et canadien.

Photo : David Duprey

Radio-Canada

L'histoire des rapports entre le Canada et les États-Unis est aussi riche que complexe. Au fil des décennies, les liens personnels tissés entre les dirigeants des deux pays ont influencé cette relation, qui s'apprête maintenant à entrer dans une nouvelle ère avec la première rencontre du premier ministre Justin Trudeau avec le président Donald Trump.

Un texte de Manon Globensky

La géographie a fait de nous des voisins. L’histoire a fait de nous des amis. L’économie a fait de nous des partenaires. Et la nécessité a fait de nous des alliés. Que nul ne tente de diviser ceux que la nature a ainsi réunis. Ce qui nous unit est de loin supérieur à ce qui nous divise.

John F. Kennedy, discours au parlement canadien, 17 mai 1961

Depuis les années 60, 11 présidents américains ont côtoyé 13 premiers ministres canadiens. Retour sur ces rencontres peu ordinaires.


DIEFENBAKER-KENNEDY

La relation la plus étrange remonte d'ailleurs au début des années 60. John F. Kennedy avait 43 ans quand il a rencontré John Diefenbaker, alors âgé de 66 ans, lors de la célèbre visite du couple Kennedy à Ottawa en mai 1961.

John F. Kennedy et John Diefenbaker, Ottawa, 1961.

John F. Kennedy et John Diefenbaker.

Photo : La Presse canadienne / DW

Jacqueline Kennedy-Onassis a évoqué quelques années plus tard le souvenir d'un dîner ennuyant, où le premier ministre canadien ne cessait de raconter des histoires à propos de Churchill. Selon les documents de l'époque, la relation entre les deux hommes était toxique et elle s'est détériorée avec le temps.

John Diefenbaker accusait JFK de lui manquer de respect. On dit même qu'il jalousait la popularité du jeune président américain au Canada. M. Kennedy, lui, percevait son vis-à-vis canadien comme entêté et ennuyant et en était venu à le détester, après que « Dief » n'eut pas réagi comme il le voulait en ne plaçant pas immédiatement le Canada en état d'alerte durant la crise des missiles cubains.

Les deux hommes s'accusaient mutuellement d'être des « fils de p... ».


PEARSON-KENNEDY

Un biographe du successeur de John Diefenbaker, Lester B. Pearson, raconte que lors des élections de 1962 et 1963, le président Kennedy a voulu donner un coup de main aux libéraux pour défaire John Diefenbaker.

Lester B. Pearson et John F. Kennedy, Cape Cod, 1963.

Lester B. Pearson et John F. Kennedy, Cape Cod, 1963.

Lou Harris, sondeur personnel de JFK, est venu au Canada avec un faux passeport au nom de Lou Smith, le nom de sa mère, afin d'engager 500 téléphonistes pour le plus grand sondage jamais entrepris jusqu'alors et qui a permis aux libéraux de connaître quelles étaient les priorités des électeurs, et non pas seulement leur sentiment par rapport aux candidats.

En 1962, le président Kennedy a aussi fait un cadeau à Pearson. Il l'a invité à la Maison-Blanche pour un dîner en compagnie de 49 autres lauréats de prix Nobel. Dîner qui a eu lieu en plein milieu de la campagne électorale. Diefenbaker était réduit à un gouvernement minoritaire en 1962, puis Pearson a été élu en 1963, également avec un gouvernement minoritaire.


TRUDEAU-NIXON / FORD / CARTER / REAGAN

Pierre Elliott Trudeau a été premier ministre sous quatre présidents américains : Richard Nixon, Gérald Ford, Jimmy Carter et Ronald Reagan.

Richard Nixon et Pierre Elliott Trudeau, Ottawa, 1972.

Le président Richard Nixon et le premier ministre Pierre Elliott Trudeau, Ottawa, 1972.

Photo : La Presse canadienne / CHUCK MITCHELL

À son arrivée au pouvoir en 1968, le nouveau premier ministre a signalé que le Canada allait se défaire de son image de boy-scout pour plutôt faire de sa politique internationale un reflet de ses politiques nationales en matière de justice sociale, d'essor économique et d'amélioration de la qualité de vie.

Dès mars 1969, le premier ministre Trudeau a été accueilli à la Maison-Blanche pour une visite de deux jours. Lors d'une conférence de presse au prestigieux National Press Club, M. Trudeau a lancé sa phrase célèbre qui comparait les États-Unis à un éléphant.

Être votre voisin, c'est comme dormir avec un éléphant. Quelque douce et placide que soit la bête, on subit chacun de ses mouvements et de ses grognements.

Pierre Elliott Trudeau

Les relations entre M. Trudeau et les Américains partaient du mauvais pied. Le grand nombre d'objecteurs de conscience à la guerre du Vietnam qui avaient cherché refuge au Canada était un irritant. Et quelques jours à peine après son séjour à Washington, M. Trudeau avait décidé de retirer de l'Europe la moitié de ses troupes de l'OTAN, ce qui n'a pas amélioré les choses.

La reconnaissance de la Chine par le Canada en 1970 a fait rugir la Maison-Blanche, mais n'a pas mené à un grand froid, puisque les Américains se préparaient eux-mêmes à rétablir les relations. Jamais M. Trudeau n'a réussi à établir de bonnes relations avec Nixon et on a découvert en 1971, dans les enregistrements des conversations du président américain au bureau ovale, qu'il qualifiait Pierre Elliott Trudeau de « trou de c... ». Ce à quoi le premier ministre a répondu : « Des gens plus intelligents m'ont insulté de bien pire façon. »

Pierre Elliott Trudeau et Jimmy Carter, Washington, 1979.

Pierre Elliott Trudeau et Jimmy Carter, Washington, 1979.

Photo : PETER BREGG

Ses relations avec le président Jimmy Carter ont été qualifiées de chaleureuses, tout en contraste avec le grand froid qui s'est établi ensuite avec l'administration Reagan.

Les deux hommes s'entendaient personnellement assez bien, selon les historiens. Mais le Canada et les États-Unis à l'époque étaient à l'opposé, notamment à propos de la politique nationale de l'énergie du premier ministre Trudeau.

En 1983, lors d'une réunion à Londres, alors que M. Trudeau tentait de convaincre les Américains de rencontrer les Soviétiques et d'oeuvrer pour le désarmement, le premier ministre et le président Reagan avaient eu une prise de bec qui avait fait dire au sous-secrétaire d'État d'alors que les efforts de M. Trudeau étaient semblables au comportement imprévisible d'un gauchiste qui a fumé de la marijuana.


MULRONEY / REAGAN / BUSH

Les années Mulroney ont été un des meilleurs exemples de la façon dont les bonnes relations personnelles se traduisent en relations cordiales entre les deux pays. Brian Mulroney et Ronald Reagan s'appelaient par leurs prénoms après seulement une rencontre, et le premier ministre canadien pêchait la truite avec George Bush père.

Le premier ministre Brian Mulroney et son épouse, Mila, en compagnie du président Ronald Reagan et de la première dame Nancy Reagan, lors d'un gala à Québec, en 1985.

Le premier ministre Brian Mulroney et son épouse Mila, en compagnie du président Ronald Reagan et de la première dame Nancy Reagan, lors d'un gala à Québec en 1985.

Photo : La Presse canadienne / BILL GRIMSHAW

M. Mulroney a eu huit rencontres au sommet avec le président Reagan, dont le fameux « Shamrock Summit » à Québec, où les deux hommes ont entonné When Irish Eyes Are Smiling sur scène. Il a eu neuf rencontres bilatérales avec le premier président Bush.

De 1984 à 1993, ce que Brian Mulroney a appelé l'engagement constructif a donné le traité des pluies d'acides, le traité de libre-échange, l'ALENA et le traité de souveraineté dans l'Arctique.

Brian Mulroney a mentionné qu'il n'a jamais eu peur d'utiliser l'accès privilégié du Canada à son voisin du Sud pour rencontrer non seulement le président, mais le Congrès et les lobbyistes, parce que, avait-il affirmé en entrevue à La Presse, « le pouvoir à Washington est très divisé. C'est important d'avoir tous les alliés possibles. Cela dit, quand le président parle, ça bouge. Il est le seul à pouvoir mobiliser l'administration entière ».


CHRÉTIEN-BUSH / CLINTON

Le premier ministre Jean Chrétien a connu lui aussi deux présidents américains. Bill Clinton et George W. Bush, deux hommes aux personnalités fort différentes et dont les présidences ont été très distinctes. Avec Bill Clinton, les rapports sont chaleureux, les deux chefs vont jouer quelques fois au golf ensemble, mais Jean Chrétien, qui voulait se démarquer de la flamboyance de son prédécesseur, a toujours eu l'air de minimiser l'importance de la diplomatie du golf.

Jean Chrétien, George W. Bush et Bill Clinton.

Jean Chrétien, George W. Bush et Bill Clinton.

Si ses demandes pour renégocier l'ALENA n'avaient pas été entendues, son souhait d'entendre Bill Clinton sur l'unité canadienne a été exaucé en février 1995, puis en octobre 1999 à Mont-Tremblant, où le président américain avait fait un vibrant plaidoyer en faveur du fédéralisme et exprimé la préférence des États-Unis pour un Canada fort et uni.

M. Chrétien a eu de moins bonnes relations avec son successeur, George W. Bush. Si le Canada a, dans un premier temps, dit oui aux demandes américaines et participé à la guerre en Afghanistan après les attaques du 11 septembre, le premier ministre Chrétien a dit non à une participation canadienne à la deuxième guerre du Golfe contre le régime de Saddam Hussein en Irak.

En mai 2003, le président Bush a prétexté un emploi du temps trop chargé en raison de la guerre en Irak pour annuler un voyage à Ottawa, mais la rumeur voulait que l'administration Bush ait été vexée du refus canadien et de quelques commentaires désobligeants lancés par des membres du gouvernement.


HARPER-BUSH / OBAMA

Le premier ministre Stephen Harper avait beaucoup d'affinités avec le président Bush fils, les deux hommes venant de l'Ouest et aimant la simplicité. Mais M. Harper, en situation minoritaire pendant les dernières années du deuxième mandat Bush, n'a rencontré George W. Bush qu'une fois en rencontre bilatérale à la Maison-Blanche, à l'occasion du 60e anniversaire de ce dernier.

Stephen Harper et Barack Obama, au Sommet du G7 en Allemagne, en 2015.

Stephen Harper et Barack Obama, au Sommet du G7 en Allemagne, 2015.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Ses relations avec le président Barack Obama, elles, ont été en dents de scie. Elles ont bien débuté, puisque Barack Obama a choisi le Canada pour faire son premier voyage officiel à l'étranger, renouant avec une tradition de plusieurs de ses prédécesseurs. Après cette première rencontre officielle, les deux hommes ont eu trois rencontres bilatérales et de nombreuses occasions de se parler lors de sommets internationaux. Dans la dernière de ces rencontres bilatérales, en décembre 2011, Barack Obama est resté ferme dans sa décision de prolonger de plus d'un an l'examen du tracé de l'oléoduc Keystone XL.

En marge d'une réunion de l'ONU à New York, quelques mois plus tôt, Stephen Harper avait pourtant dit que l'approbation de Keystone était une évidence. Et donc à partir du second mandat Obama, le gouvernement Harper a semblé voir l'ensemble de ses relations avec les États-Unis à travers le prisme de l'inaction américaine dans le dossier Keystone. Encore à New York, en 2013, Stephen Harper a mis au défi la Maison-Blanche en disant qu'un non n'était pas une réponse acceptable.

Harper réitère sa confiance envers le projet Keystone XL

En avril 2014, le nouvel ambassadeur américain à Ottawa, Bruce Heyman, entre en fonction au moment où Washington retarde encore une fois sa décision concernant Keystone. M. Heyman est un ami personnel de Barack Obama, un de ceux qui ont travaillé à ses campagnes de financement. Le gouvernement Harper a pris à peine une semaine à mettre l'ambassadeur Heyman au ban des échanges bilatéraux.

Les ministres ont refusé de le rencontrer, et les hauts fonctionnaires ont offert le service minimum. Ce sont les attaques en octobre 2014 à Saint-Jean-sur-Richelieu et à Ottawa qui vont ramener l'ambassadeur Heyman – et les États-Unis – dans les bonnes grâces, alors que Stephen Harper engage le Canada dans la lutte contre le groupe armé État islamique.


TRUDEAU-OBAMA

Une bromance : l'expression a été utilisée par Barack Obama lui-même pour qualifier sa relation avec Justin Trudeau. Le changement de ton, évident, contrastait avec celui – beaucoup plus formel – en vigueur pendant l'ère Harper.

Élu à l'automne 2015, le premier ministre libéral a été chaleureusement accueilli par le président américain lors de sa première visite officielle à Washington, le 9 mars 2016. « Par la géographie, nous sommes voisins, mais c'est par choix que nous sommes des alliés indéfectibles et les amis les plus proches », avait affirmé Barack Obama au cours de la visite.

Les Obama reçoivent les Trudeau pour le dîner officiel.

Les Obama reçoivent les Trudeau pour le dîner officiel.

Photo : J. Scott Applewhite

Les deux hommes, dont les programmes politiques avaient beaucoup en commun, privilégiaient la lutte contre les changements climatiques et l'imposition des mieux nantis. Ils se sont rencontrés à de nombreuses reprises, comme au Sommet de la coopération économique Asie-Pacifique de novembre 2015 et au Sommet des leaders nord-américains en juin 2016.

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