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« Tout ce qui m’énerve chez moi me rend plus créatif » - André Sauvé

L'humoriste André Sauvé.

L'humoriste André Sauvé.

Photo : Radio-Canada/Olivier Lalande

Franco Nuovo

J'avais hâte de passer un moment avec lui, de le connaître un peu, peut-être même de découvrir un soupçon du mystère qui entoure cet homme à la chevelure capable de compétitionner avec celle de feu Albert Einstein.

Un texte de Franco NuovoTwitterCourriel

André Sauvé est, si je me souviens bien, un des premiers à s'être livré au jeu des 50 minutes. Petit, presque frêle, brillant et réfléchi, spirituel à souhait, il fait partie des interviewés qui m'ont procuré un immense bonheur.

Un être courageux qui ne s'affiche pas comme ça, mais qui ne recule devant aucune peur ni question.

J'ai aimé, par exemple, quand il m'a avoué qu'il croyait à l'amour.

- « Lequel? m'avait-il demandé. La rencontre, la symbiose? Oui, je crois à ça. Peut-être naïvement.

- Tu l'as rencontré?

- Je l'ai frôlé. »

Frôler le véritable amour, c’est pas beau, ça?

André Sauvé est un être attachant, d'une douceur apaisante.

S'il a frôlé l'amour, c'est l'humour qui lui a sauvé la vie. Sans aucun doute. Il se souvient de son enfance heureuse et de son passage à l'adolescence qui s'est « mal fait ». Il a eu de la difficulté à prendre le virage, à devenir un ado comme les autres, à cruiser, à s'accrocher une cigarette au bec comme ses camarades. Solitaire, André Sauvé était le clown triste. Funambule à sa façon, il faisait rire pour tendre le fil qui le reliait aux autres.

Son physique l'a peut-être aidé dans sa démarche, puisque déjà, dit-il, « [il avait] à [sa] communion le même poids que maintenant ».

La folie au quotidien a certes aussi été un de ses sujets de prédilection. Il a beaucoup joué avec le concept sur scène. Pour l'exorciser.

Le possible pour moi fait partie de cette folie, et c'est quelque chose qui me fait peur.

André Sauvé

Aussi étrange que cela puisse paraître, il voulait devenir acteur dramatique. La trilogie de Pagnol l'inspirait. Il s'y voyait, aurait souhaité faire partie de ce monde. « Mais je n'y avais pas droit. »

Il s'est trompé bien sûr. Yvon Deschamps, qui a été un de ses premiers admirateurs – ce qui n'est déjà pas banal – lui a un jour dit, peut-être pour dissiper ses doutes, cette magnifique phrase : « Un dramaturge, c'est un humoriste qu'on voit de dos. »

Évidemment, ça l'a rassuré dans ses choix. « J'ai d'ailleurs de moins en moins de misère à me supporter... » Pardonnez-moi, mais qui ose dire pareille chose?

André Sauvé sur scène

André Sauvé sur scène

Photo : Facebook/André Sauvé -Page officielle

André Sauvé, lui, n'hésite pas. Même qu'il en rajoute : « Je communique de mieux en mieux avec moi-même. »

Et il s'explique. S'accepter dans ses imperfections s'inscrit pour lui dans le travail d'une vie.

Tout ce qui m'énerve chez moi me fait vivre, me rend plus créatif.

André Sauvé

Il a été découvert à Dégelis, dans le Témiscouata, où il participait à un concours auquel assistait Yvon Deschamps. Il savait que Deschamps était dans la salle. Il était terrorisé. « Je me suis liquéfié. » Or, « ce petit concours-là », comme il l'appelle, lui a confirmé que la seule façon d'avancer, c'était d'aller vers ses peurs et de ne surtout pas les fuir. Ce qui fait de lui un homme courageux parce que cette règle de vie, il l'applique encore.

André Sauvé a un rire merveilleux, et quand je lui demande quel est le plus beau rire du monde, plutôt que de me répondre, par exemple, celui d'un enfant, il dit : « Notre propre rire peut-être. Parce que rire de soi est extrêmement sain. »

André Sauvé au Gala Les Olivier 2015

André Sauvé au gala Les Olivier 2015

Photo : Radio-Canada/Julie Mainville

Il a voyagé beaucoup; partir à la recherche des autres et de lui-même, là encore, ça lui faisait peur. « Je suis un chieux qui y va. » Et rebelote pour le courage!

Cela dit, la normalité l'étouffe. Ce qu'il craint? L'engourdissement, le plus grand des dangers selon lui. L'amitié, il y croit, même si, avec le temps, les amitiés s'étiolent. La folie, elle, ne lui fait guère peur, puisque « le fou va se noyer dans la même eau que le sage ». Il a donc appris à nager.

On peut le surprendre en train d'observer les gens parce qu'il aime les inadéquations, les maladresses de l'humain. Il aime aussi le silence. Pourquoi donc n'en suis-je pas étonné?

Il a des idoles, bien entendu, comme tout le monde; des gens qu'il admire. L'humoriste et comédien Andy Kaufman, qui a poussé loin la déstabilisation; Cocteau, Ionesco, Jean Tardieu, des défricheurs, des avant-gardistes; Antonin Artaud, cela va de soi, qui a changé le monde de la scénographie jusqu'à s'y brûler les ailes plutôt que de les laisser s'atrophier.

C'est aussi Le parc Belmont, la chanson de Diane Dufresne, qui a changé sa vie : « Qu'est-ce que j'ai fait au monde... »

Il y a dans sa vie le silence, comme je vous le disais plus haut, et il entretient aussi avec la solitude une relation amour-haine. Il en souffre même s'il en a besoin.

Mais apprivoiser le silence n'est pas si simple, malgré les retraites de méditation intensives qu'il a faites. Méditer de cette façon, ça fait peur bien sûr, il le sait, mais il sait aussi que « ça apporte la paix en passant par la tempête ».

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