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Les Maple Leafs sont bons derniers, et c'est magnifiquement planifié

Mike Babcock
Mike Babcock Photo: La Presse canadienne / Nathan Denette
Martin Leclerc

BILLET – Depuis l'avènement du plafond salarial en 2005, de nouvelles mœurs se sont subrepticement installées dans les officines des équipes de la LNH. Pour les directeurs généraux et les propriétaires, planifier l'échec et rechercher la défaite est en train de devenir la seule stratégie valable pour acquérir des joueurs de talent et pour éventuellement rebâtir une organisation gagnante.

Un texte de Martin LeclercTwitterCourriel

Dans toute son histoire, l'univers de la LNH n'a probablement jamais été aussi tordu qu'il l'est en ce moment.

Dès qu'une équipe se dirige vers une exclusion des séries éliminatoires, il est désormais normal de voir son directeur général la torpiller subtilement pour obtenir le meilleur choix possible au repêchage suivant. Toutefois, la nouvelle direction des Maple Leafs est en train de démontrer qu'il est possible de perdre mieux, de façon plus structurée, et plus longtemps.

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L'été dernier, les Maple Leafs ont fait tout un boucan en annonçant l'embauche de Mike Babcock, l'un des entraîneurs les mieux cotés sur la planète. Lors de la conférence de presse soulignant sa mise sous contrat pour huit ans et la somme record de 50 millions, Babcock s'est empressé d'annoncer aux partisans que les prochaines années allaient être « douloureuses ».

La stratégie du président Brendan Shanahan est claire. Après son arrivée à Toronto, Shanahan s'est rapidement entouré de Kyle Dubas (alors dans la mi-vingtaine) et de l'ex-joueur du Canadien Mark Hunter. Dubas et Hunter avaient ceci en commun : ils occupaient tous les deux un poste de directeur général d'une équipe de la Ligue junior de l'Ontario, et ils étaient unanimement reconnus comme de très grands évaluateurs de talent.

Avec Babcock, ce sont Dubas et Hunter qui sont les hommes de hockey les plus importants avec les Maple Leafs. Pour les soutenir, Shanahan a embauché deux renards à la fois fins et expérimentés : Lou Lamoriello à titre de directeur général et Cliff Fletcher à titre de conseiller au directeur général.

Depuis mai dernier, toute cette équipe d'hommes de hockey renommés travaille joyeusement et sans relâche à la déconstruction des Leafs, pour perdre le plus de matchs possible et pour accumuler le plus grand nombre de choix au repêchage possibles.

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Les résultats sont spectaculaires et surréalistes. Guidés par l'entraîneur d'Équipe Canada et chapeautés par une équipe de gestionnaires d'élite, les Leafs sont en voie de connaître une saison de 27 victoires, soit 3 de moins que la minable édition de 2014-2015 que dirigeaient l'an passé Randy Carlyle (congédié) et son successeur Peter Horachek.

L'an passé, leur minable campagne a valu aux Leafs de sélectionner le quatrième espoir disponible au repêchage, l'attaquant Mitch Marner. Cette saison, parce qu'ils sont bons derniers dans LNH, les Maple Leafs sont en train de se positionner pour remporter la loterie du repêchage et mettre la main sur l'Américain Auston Matthews, que les recruteurs comparent à Jonathan Toews et Anze Kopitar.

S'ils ne remportent pas le premier choix au total, les Leafs pourront toujours se tourner vers les extraordinaires attaquants finlandais Patrik Laine et Jesse Puljujarvi, qui sont aussi considérés comme des joueurs de concession.

Par ailleurs, en vue du repêchage de juin prochain, Toronto a déjà 12 choix en banque, dont deux au premier tour, ce qui constitue un record depuis que le repêchage a été limité à sept tours de sélection. Pour la séance de 2017, Toronto a déjà huit sélections en banque, dont trois au deuxième tour et une au premier tour.

***

La direction des Maple Leafs a pour ainsi dire réussi à créer sa version hockey de la saucisse Hygrade. Parce que les Leafs perdent beaucoup de matchs, ils bénéficient de meilleurs choix au repêchage. Et parce qu'ils liquident tous leurs actifs en échange de choix au repêchage, ils perdent encore plus de matchs!

Si la tendance se maintient, les Leafs termineront encore en queue de peloton la saison prochaine. Leur club-école, les Marlies de Toronto, occupe le 1er rang dans la Ligue américaine et annonce l'arrivée de plusieurs jeunes joueurs sous les feux de la rampe de la LNH en 2016-2017.

Déjà, quatre recrues des Marlies, les attaquants Kasperi Kapanen, William Nylander, Zach Hyman et Nikita Shoshnikov, effectuent leur premier stage dans la grande ligue depuis le début de la semaine. Sans compter le défenseur de 21 ans Connor Carrick, acquis dimanche dernier des Capitals de Washington.

Si le plan se déroule comme prévu, la saison 2016-2017 sera une année d'apprentissage « douloureuse » pour les jeunes de l'organisation. La direction de l'équipe, quant à elle, poursuivra son opération de délestage pour faire place aux nombreux et talentueux espoirs repêchés en 2015 et 2016. Pour leur part, Dubas et Hunter pourront reluquer un autre joueur de concession (leur troisième en trois ans) en juin 2017.

Dans un univers où la victoire est censée faire foi de tout, nous sommes en train d'assister en direct à la plus chirurgicale planification d'échec et de renaissance jamais élaborée dans le monde du hockey.

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Il s'agit d'une réaction à la fois brillante et désolante aux contraintes que vivent les gestionnaires des équipes depuis l'instauration du plafond salarial.

  • Au cours des 10 dernières années, les directeurs généraux se sont rendu compte que leur organisation perdait beaucoup de compétitivité en surpayant pour acquérir des joueurs sur le marché de l'autonomie.
  • Le marché de l'autonomie ayant été délaissé, les équipes se sont mises à systématiquement accorder des contrats à long terme (assortis de clauses de non-échange) à leurs meilleurs éléments.
  • Les contraintes du plafond salarial font en sorte qu'il est de plus en plus difficile pour les organisations de s'échanger des joueurs de talent ou de conclure des transactions qui servent des objectifs strictement sportifs.

La solution pour bâtir une équipe championne? Les Maple Leafs l'ont raffinée au possible.

Ils recréent artificiellement les conditions qui ont permis à des organisations autrefois incompétentes, comme les Blackhawks de Chicago et les Penguins de Pittsburgh, de couler profondément au classement pendant quelques années avant de remonter à la surface et de devenir des aspirantes à la coupe Stanley.

N'importe quel DG peut s'arranger pour handicaper sa formation et la faire chuter au classement lorsqu'elle connaît une mauvaise saison. Ce n'est pas un comportement éthique, mais c'est un réflexe qui est malheureusement encouragé par le système de repêchage qui prévaut dans la LNH.

Cependant, lorsqu'on planifie et que l'on contrôle l'échec d'une organisation sportive sur plusieurs années comme c'est le cas à Toronto, on est ailleurs. Certains diront que c'est du grand art. Peut-être. Mais c'est contraire à toutes les valeurs du sport.

À toute épreuve, le blogue de Martin Leclerc.Mike Babcock Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette

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