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Célébrations du 400e : de « l'argent gaspillé », selon des Franco-Ontariens

Les célébrations du 400e anniversaire de l'Ontario français à Penetanguishene.

Les célébrations du 400e anniversaire de l'Ontario français à Penetanguishene.

Photo : Radio-Canada/Valérie Ouellet

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2016 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Le rideau est tombé sur les célébrations des 400 ans de présence francophone en Ontario, mais quel héritage concret nous laissent les millions de dollars investis pour promouvoir le fait français? Certains Franco-Ontariens estiment qu'une partie de cet argent, destiné aux activités communautaires, a été mal dépensé. 

Un dossier d’Alex BoissonneaultTwitterCourriel et de Valérie OuelletTwitterCourriel

Comme bien des francophones du milieu communautaire, Marcelle Lean a d'abord vu les 5,9 millions de dollars versés aux célébrations du 400e comme une chance d'obtenir plus de financement en 2015.

La directrice du festival du film francophone de Toronto, Cinéfranco, espérait obtenir sa part du gâteau en proposant un projet au Programme célébrations du 400e, une enveloppe de 1,4 million de dollars qui faisait partie du budget provincial alloué au 400e.

Elle s'est rapidement rendu compte que même si son organisme avait besoin d'argent supplémentaire, elle n'avait pas de projet pertinent à proposer.

Avec le recul, elle se rappelle surtout à quel point c'était « tentant d'essayer de créer quelque chose, de viable ou non » pour décrocher la subvention. Elle ne doute pas que certains l'ont fait.

Selon l'Office des affaires francophones, l'argent du Programme célébrations du 400e devait servir à : 

  • encourager la création d'évènements communautaires
  • augmenter le nombre de visiteurs et créer de l'emploi pour des festivals annuels existants
  • laisser un legs culturel permanent pour les communautés francophones et francophiles
  • et faire découvrir la francophonie de la province aux Ontariens

Radio-Canada a analysé la liste complète des 61 projets communautaires (Nouvelle fenêtre) qui ont décroché du financement dans le cadre du programme.

En tout, 61 projets dans 25 communautés ont reçu des fonds, pour des activités allant des reconstitutions historiques aux spectacles de danse folklorique, en passant par des colloques et ateliers sur l'histoire des Franco-Ontariens.

Pour voir notre carte des 61 activités communautaires financées, cliquez ici (Nouvelle fenêtre). 

Carte visualisant les donnéesAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Localisation des projets qui ont reçu du financement dans le cadre des célébrations pour les 400 ans de présence francophone en Ontario

Photo : Radio-Canada

La version originale de ce document a été modifiée. Pour des raisons techniques, la version interactive de la carte n'est plus disponible.

En regardant notre liste, Marcelle Lean estime qu'on aurait plutôt dû investir pour assurer la viabilité à long terme des organismes comme le sien, qui permettent à la communauté de rayonner année après année. 

J'ai l'impression qu'on a donné à des évènements qui se répètent ou sans grande portée.

Une citation de : Marcelle Lean, directrice de Cinéfranco

Gérard Poupée, francophone établi à Toronto, parle carrément de gaspillage et d'incohérence dans le choix des projets.

On est tombé dans le folklore, plutôt que la francophonie, qui a des besoins en Ontario.

Une citation de : Gérard Poupée, Franco-Ontarien et contribuable

En regardant la liste des projets financés, la députée provinciale néo-démocrate France Gélinas remarque « beaucoup de projets qui auraient eu lieu de toute façon et qui n'ont pas fait des changements fulgurants ». 

Tu avais un 5,9 millions de dollars d'annoncé, avec carte blanche. N'importe qui pouvait faire application, en autant que tu mettais le chiffre 400 dans le script. 

Une citation de : France Gélinas, députée provinciale néo-démocrate de Nickel Belt

Comment évaluer l'impact concret de ces activités du 400e?

Nous avons demandé à deux chercheurs qui étudient la Francophonie canadienne si, à leur avis, les 61 projets financés respectaient bel et bien les critères de sélection de la province, entre autres celui de « laisser un legs culturel permanent pour les communautés francophones et francophiles ».

Première conclusion : on semble avoir privilégié la quantité plutôt que la qualité, selon Rémi Léger, professeur adjoint en sciences politiques à l'Université Simon Fraser. Il souligne que les sommes accordées par activité demeurent toutefois « très modestes », quelques milliers de dollars qui ne changeront pas nécessairement les choses pour la francophonie.

En terme d'héritage, ce qu'on va laisser dans 5 ans ou dans 10 ans, je pense que ça va être modeste.  

Une citation de : Rémi Léger, professeur adjoint en sciences politiques à l'Université Simon Fraser

Deuxième conclusion : il est très difficile de prouver l'impact réel de ces activités, ajoute Martin Normand, chercheur associé à la Chaire de recherche sur la francophonie et les politiques publiques de l'Université d'Ottawa.

Il faudra voir si des évènements deviendront récurrents ou de nouveaux réseaux d'entraide seront créés. 

Une citation de : Martin Normand, Chaire de recherche sur la francophonie et les politiques publiques de l'Université d'Ottawa.

Qu'est-ce que le legs du 400e pour la province?

Nous avons aussi posé la question à la ministre déléguée aux Affaires francophones, Madeleine Meilleur.

Elle nous a parlé, entre autres, du parc commémoratif Champlain-Huron/Wendat, aménagé à Penetanguishene, et de la plaque dévoilée à Honfleur, en France. 

Quant aux activités communautaires, elle considère que l'objectif était surtout de permettre aux communautés de célébrer.

Est-ce que ces activités ont laissé quelque chose de tangible après les fêtes? Probablement que non.

Une citation de : Madeleine Meilleur, ministre déléguée aux Affaires francophones de l'Ontario

La ministre Meilleur a aussi souligné que les responsables des projets devaient soumettre un rapport détaillé à la province au plus tard 90 jours après leur évènement.

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Ontario