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Gaz de schiste au N.-B. : beaucoup de travail à faire selon la Commission sur la fracturation hydraulique

Commission du Nouveau-Brunswick sur la fracturation hydraulique
Les commissaires Marc Léger, Cheryl M. G. Robertson et John McLaughlin Photo: ICI Radio-Canada/Michèle Brideau

La Commission du Nouveau-Brunswick sur la fracturation hydraulique affirme qu'il faudra mettre en place une agence de réglementation indépendante avant de lever le moratoire sur le gaz de schiste en vigueur dans la province. La Commission ne se prononce toutefois pas sur la levée ou non du moratoire, une question qui ne faisait pas partie de son mandat. Elle a déposé son rapport à Fredericton vendredi matin.

Un texte de Louis MillsTwitterCourriel et de Pierre-Philippe LeBlanc TwitterCourriel

« Notre vision serait que si le gouvernement va de l'avant, qu'il y a une agence de réglementation indépendante qui peut [traiter] à la fois les questions de santé humaine, qui sont présentement dans un ministère différent, et qui peut regrouper tous les éléments nécessaires pour faire la recommandation, donc avec du vrai pouvoir pour pouvoir faire la surveillance de l'industrie, et qui développe un lien de confiance avec la population », a expliqué le commissaire Marc Léger lors d'une entrevue accordée à l'émission L'heure juste, de Radio-Canada Acadie.

Une agence indépendante est nécessaire, selon les commissaires, pour augmenter le degré de confiance du public à l'égard du gaz de schiste. L'approbation de la population est d'ailleurs l'une des cinq conditions mises en avant par le gouvernement Gallant pour la levée du moratoire imposé en 2014.

Les cinq conditions à la levée du moratoire :

  1. l'approbation de la population;
  2. de l'information crédible et claire au sujet de l'impact de la fracturation hydraulique sur la santé, l'environnement et l'eau, qui permettrait de formuler des règlements propices pour protéger la population;
  3. un plan pour atténuer l'impact sur les infrastructures publiques, qui tient compte d'enjeux comme l'évacuation des eaux usées;
  4. un processus de consultation avec les Premières Nations;
  5. un mécanisme qui permettra de maximiser les avantages pour les citoyens.

Pour chacune de ces conditions, les commissaires énoncent dans leur rapport ce qui doit être fait avant qu'on puisse envisager de lever le moratoire.

Redéfinir les rapports avec les Premières Nations

Les commissaires se sont notamment attardés à la quatrième condition, la consultation des Premières Nations dont certaines se sont opposées avec force à la fracturation hydraulique. 

« Nos Premières Nations sont attachées à la terre, à l'environnement. Il y a une préoccupation réelle au niveau de l'impact que l'industrie pourrait avoir sur leur territoire traditionnel. Lorsqu'on a parlé aux gens des Premières Nations, plusieurs ont dit : "Écoutez, avant même que nous puissions discuter d'une question aussi complexe que le gaz de schiste avec tous les éléments sociaux, économiques, les répercussions potentielles sur l'environnement, les bénéfices potentiels, [...] ça nous prend la capacité pour faire ça, avoir cette discussion-là". Il faut redéfinir la relation que le gouvernement a avec nos Premières Nations », a expliqué Marc Léger durant la conférence de presse de la commission.

Des manifestantsDes manifestants présents à la conférence de presse de la Commission sur la fracturation hydraulique du N.-B. Photo : ICI Radio-Canada/Michèle Brideau

Des manifestants autochtones étaient d'ailleurs présents dans la salle au moment du dévoilement du rapport.

Un autre commissaire, John MacLaughlin, est allé plus loin. « Dans toutes les régions de la province, il y a du travail à faire pour augmenter le niveau de confiance », a-t-il déclaré.

Les commissaires estiment qu'il faut repenser toute la manière de consulter les communautés au sujet du développement des ressources au Nouveau-Brunswick, en mettant les communautés au coeur de ce processus. D'après John McLaughlin, les préoccupations environnementales ne sont pas frivoles et ne doivent pas être mises au second plan, après les impératifs économiques.

Les commissaires notent au passage que le Nouveau-Brunswick, comme d'autres régions du monde, devra faire une transition vers une économie moins dépendante du carbone.

Une viabilité douteuse

Le gouvernement provincial a amplement le temps de mettre en place un régime plus favorable à l'exploration et à l'exploitation du gaz de schiste, selon les commissaires, puisque les prix du gaz naturel, actuellement, sont très faibles à cause des réserves énormes créées par l'exploitation du gaz de schiste aux États-Unis.

« Le contexte économique a certainement changé puisque les prix sont très bas. Il y a un surplus de gaz sur le marché. Alors ça donne vraiment le temps au Nouveau-Brunswick, au gouvernement, de réfléchir à ce qu'on veut faire avec la question », a souligné Marc Léger.

Les surplus font en sorte, selon le rapport que les investissements dans de nouveaux projets d'exploration et dans la production sont improbables dans un avenir immédiat, même si le gouvernement décidait de lever son moratoire. Le rapport note d'autre part que la taille des réserves de gaz de schiste au Nouveau-Brunswick demeure inconnue, ainsi que leur viabilité.

« L'importance et la viabilité commerciale des ressources en gaz de schiste du Nouveau-Brunswick comportent encore une grande part d'incertitude. Compte tenu également des prix actuels, rien ne risque de se produire dans un avenir immédiat », peut-on lire dans le rapport.

Les commissaires Marc Léger, John McLaughlin et Cheryl Robertson ont mené des consultations pendant près d'un an avant de déposer leur rapport. Ce rapport devrait orienter la décision du gouvernement de permettre ou non l'exploitation du gaz de schiste dans la province.

Quelques mois après leur élection, en 2014, les libéraux de Brian Gallant ont imposé un moratoire sur la fracturation hydraulique, une méthode controversée d'extraction du gaz naturel et du pétrole. 

Acadie

Ressources naturelles