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Hockey mineur et science : divisons la patinoire en trois, multiplions le plaisir par dix!

Hockey mineur

Hockey mineur

BILLET – Histoire de bien démarrer la semaine, je vous propose ce matin une idée géniale qui ne coûterait rien à mettre en application, qui multiplierait le temps de jeu des enfants par cinq et qui aurait l'effet d'une bombe nucléaire en matière de développement des habiletés des petits hockeyeurs québécois.

Un texte de Martin LeclercTwitterCourriel

Jean-Philippe Glaude, un homme de hockey fort dynamique, est dépisteur pour les Predators de Nashville. Ancien porte-couleurs des Voltigeurs de Drummondville dans la LHJMQ, il a aussi disputé quatre saisons avec les Patriotes de l'UQTR (avec lesquels il a d'ailleurs remporté le championnat canadien universitaire) en plus d'avoir joué professionnellement en Europe.

Glaude, 34 ans, est aussi père d'un petit garçon qui joue au niveau MAGH (moins de 7 ans) dans la région de la Mauricie.

***

Que font les dépisteurs des Predators de Nashville quand ils se rencontrent? Ils font la même chose que les habitués de cette chronique, semble-t-il.

« J'ai des collègues suédois, finlandais et américains. Et nous avons souvent d'excellentes discussions quant aux meilleures méthodes à employer pour développer les hockeyeurs », me racontait récemment Jean-Phlippe Glaude.

Lui-même un lecteur assidu de cette chronique (« Je ne suis pas toujours d'accord avec vous, mais je respecte votre vision et votre ligne directrice », dit-il ), Glaude verra son fils monter dans les rangs novices la saison prochaine. Et il n'en revient pas qu'au Québec, on laisse encore les hockeyeurs de 7 et 8 ans disputer des matchs sur les patinoires complètes.

« Laisser des hockeyeurs de cet âge jouer sur une patinoire complète est totalement déconnecté de la réalité de 2016! L'an dernier, les Américains ont d'ailleurs prouvé scientifiquement à quel point il est plus bénéfique de laisser jouer les plus jeunes sur le sens de la largeur », soutient-il.

Quand on visionne ce petit bout de film réalisé par USA Hockey, il est effectivement difficile de contredire le recruteur des Predators.

L'an passé, la fédération américaine a utilisé la technologie de la LNH, notamment les senseurs électroniques qui enregistrent les déplacements des joueurs, sur deux équipes d'âge novice dans des matchs qui ont été disputés d'abord sur une patinoire complète, puis ensuite à 4 contre 4 sur le sens de la largeur.

Au cours de la partie disputée sur le sens de la largeur, il a été démontré :

  • qu'il y avait deux fois plus de batailles pour la possession de la rondelle;
  • que les joueurs étaient en possession de la rondelle deux fois plus souvent;
  • qu'il y avait quatre fois plus de tirs au filet (1,75 tir par minute de jeu comparativement à 0,45 tir sur une pleine glace);
  • qu'il y avait deux fois plus de tentatives de passes et cinq fois plus de passes complétées;
  • qu'il y avait deux fois plus de changements de direction, alors que sur une surface complète, les joueurs patinent souvent en ligne droite.

***

« J'ai récemment assisté à un match novice et j'ai observé un joueur qui n'a pas touché à la rondelle durant deux périodes complètes. Et quand il a finalement touché au disque, son entraîneur lui a demandé de tirer la rondelle sur la bande parce qu'il ne voulait pas qu'il commette une erreur », raconte Jean-Philippe Glaude.

« En jouant sur le sens de la largeur, l'espace est restreint et les joueurs sont forcément tous impliqués, ce qui les oblige à manier la rondelle, à lever la tête pour prendre de l'information et à changer constamment de direction, ce qui leur fait développer leurs habiletés sur patin. En gros, ils développent davantage leur sens du jeu. Et le plus génial, c'est que ça permet de multiplier par deux le nombre de matchs au cours d'une saison! », ajoute-t-il.

L'automne dernier, l'Association de hockey mineur de Cornwall s'est basée sur l'expérience américaine pour engager ses 180 joueurs d'âge novice dans un projet pilote semblable.

Les résultats sont fabuleux s'il faut en croire les dirigeants de l'association. Les gens de Cornwall ont opté pour une formule de trois matchs disputés simultanément sur la même patinoire, à quatre contre quatre. On y dispute trois périodes de neuf minutes (les équipes changent d'adversaires toutes les neuf minutes) et les joueurs ne quittent jamais la patinoire.

***

Dans un match typique d'une heure sur une surface glacée complète, un joueur d'âge novice ne dispute que de 10 à 15 minutes de jeu. Sur une surface réduite, il joue pendant 27 minutes au cours d'une seule demi-heure! Et les équipes disputent deux matchs de 30 minutes la même journée. En fin de compte, l'enfant passe donc 54 minutes sur la patinoire.

« Sur la surface réduite, j'ai vu un enfant sourire après avoir driblé la rondelle trois ou quatre fois avant de la perdre. Sur une surface complète, ce même garçon n'aurait probablement pas touché à la rondelle de toute la partie. Pour moi, ce sourire a donné toute sa signification à cette expérience », racontait le président de l'Association de hockey mineur de Cornwall, Pat McLeod, lors d'une entrevue au site Internet de Hockey Canada l'automne dernier.

Selon McLeod, les petits gardiens sont aussi fortement stimulés au cours de ces matchs disputés en espace restreint. « Ils sont exténués quand ils quittent la patinoire. Ils reçoivent plus de tirs dans une période de neuf minutes que dans un match d'une heure sur une surface complète », expliquait-il.

À ceux qui sont sceptiques quant aux bienfaits de cette méthode de jeu, je soulignerais que des entraîneurs figurant parmi les mieux cotés de la LNH, comme Lindy Ruff, font parfois jouer leurs athlètes sur le sens de la largeur à la fin de leurs séances d'entraînement. Même pour des joueurs de ce niveau, c'est un exercice ludique qui rehausse le niveau de plaisir des joueurs et qui leur permet d'améliorer la vitesse de leurs prises de décision ainsi que leur vitesse d'exécution.

Bref, voilà une modification de règle extrêmement simple à appliquer, qui ferait croître le niveau de plaisir des joueurs de façon exponentielle et qui aurait des effets importants et concrets sur leur développement.

Souhaitons un tel progrès à tous les enfants qui commencent à cheminer dans le petit monde du hockey mineur québécois.

À toute épreuve, le blogue de Martin Leclerc.

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