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  • Exclusif
  • Les ratés du programme des tableaux interactifs

    Le reportage de Marie-France Bélanger

    Sous l'impulsion du gouvernement Charest, le Québec a équipé toutes ses écoles primaires et secondaires de tableaux interactifs. Cinq ans plus tard, plusieurs fournisseurs estiment ne pas avoir eu leur part du gâteau.

    Une enquête de Marie-France BélangerTwitterCourriel

    Le 23 février 2011, le premier ministre du Québec d'alors, Jean Charest, prend tout le monde par surprise en annonçant que chaque classe des écoles publiques primaires et secondaires de la province serait dotée d'un tableau numérique interactif (TNI).

    Le programme de tableaux du gouvernement prévoit une enveloppe de 240 millions de dollars, échelonnée sur 5 ans. Le but : faire prendre le virage technologique aux écoles, encore très peu équipées du point de vue informatique.

    L'enveloppe se répartit ainsi :

    • 185 M$ pour l'achat de quelque 39 000 TNI et d'environ 62 000 ordinateurs portables;
    • 11,9 M$ pour la formation et l'accompagnement des enseignants;
    • 42,2 M$ pour défrayer le coût des ressources éducatives numériques.

    Un processus d'appel d'offres critiqué

    Le gouvernement confie le processus d'appel d'offres au CSPQ, le Centre de services partagés du Québec. Cet organisme public a été vivement critiqué au cours des dernières années pour son manque d'efficacité et de rigueur par le vérificateur général du Québec. Le CPSQ doit sélectionner plusieurs produits qui seront offerts dans une sorte de catalogue où les commissions scolaires pourront faire leur choix.

    Dès le début du programme, différentes catégories de produits sont disponibles sur le marché. Il y a bien sûr le tableau interactif standard, mais aussi le projecteur interactif, et les dispositifs interactifs mobiles.

    Dispositif interactif léger, tableau numérique interactif et projecteur interactif

    Plusieurs fournisseurs de produits interactifs estiment que ce processus d'achat au CSPQ en 2011 et 2012 était inefficace.

    « On ne peut pas dire que c'était juste et équitable pour tous les fournisseurs », souligne Tanya Reddy, directrice général d’Oralys.

    Un deuxième canal d'achat

    Ils dénoncent aussi l'approbation par le gouvernement d'un autre canal d'achat, où leurs produits ne sont pas offerts. En effet, le ministère de l'Éducation a autorisé l'ensemble des commissions scolaires à acheter leurs tableaux interactifs par l'entremise du Centre collégial des services regroupés (CCSR), le groupement d'achat des cégeps. Cet organisme n'offre que deux marques de tableaux, dont celui de Smart Technologies.

    « On a subi un préjudice et une injustice », précise Paul Alain, PDG de l'entreprise Produits Deltab, qui fabrique des tableaux depuis 80 ans.

    Une entreprise rafle la part du lion

    En fait, c'est l'entreprise canadienne Smart, dont le produit est offert tant au CSPQ qu'au CCSR, qui a raflé la part du lion de cet important programme d'investissement.

    Avant même le début du programme, l'entreprise était déjà très active sur le terrain pour faire connaître ses produits en participant à tous les congrès importants en éducation.

    Smart Technologies a refusé de répondre à nos questions.

    Un rapport critique

    En 2012, le PQ prend le pouvoir. La nouvelle ministre de l'Éducation commande alors un rapport indépendant sur le programme des tableaux interactifs, lancé par le précédent gouvernement.

    Le document, déposé en novembre 2013, révèle de nombreuses lacunes dans le programme des tableaux. Parmi celles-ci :

    • l'absence de banc d'essai des technologies;
    • le manque de planification et de consultation;
    • l'absence d'objectifs clairs.

    Radio-Canada a appris que ce rapport a été transmis à l'UPAC.

    Marie-France Bélanger s'est penchée sur le sujet grâce à la Bourse Michener-Deacon pour le journalisme d'enquête. Elle a été assistée par la réalisatrice Johanne Bonneau, de l'émission Enquête.

    À lire aussi dimanche : comment les enseignants utilisent-ils le tableau interactif?

    Politique provinciale

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