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Ce que Bernie Sanders nous dit sur les inégalités

Radio-Canada

Inlassablement, depuis le début de sa campagne à l'investiture démocrate, le sénateur du Vermont Bernie Sanders parle d'inégalités, des écarts de richesse dans la société américaine, de l'argent que possèdent les 1 % les plus favorisés.

Gérald Fillion
Un texte de Gérald Fillion
TwitterCourriel

Il va plus loin : les 0,1 % les plus riches possèdent financièrement l'équivalent de ce que détiennent les 90 % les moins riches des États-Unis. Une vingtaine de personnes, rappelle-t-il dans ses discours, détiennent la même richesse que les 50 % les moins nantis du territoire américain.

Bernie SandersBernie Sanders Photo : Shannon Stapleton / Reuters

Il le répète sur toutes les tribunes, et encore mardi soir au New Hampshire dans son discours de victoire. Il explique aux Américains ce qu'ils entendent rarement : cette terre, de rêve et de possibilités, admirée et détestée, enviée, jalousée, visée, terre d'immigration et de fantasme, est la plus inégale parmi les pays avancés du monde.

De tous les pays riches, du Canada à la Norvège, de l'Autriche à l'Australie, de la France à la Suisse, presque tous les indicateurs économiques, sociaux, de santé, d'éducation, et j'en passe, montrent que les États-Unis sont les plus inégalitaires du monde à plusieurs niveaux.

Richard Wilkinson et Kate Pickett ont écrit L'égalité, c'est mieux, publié chez nous aux Éditions Écosociété en 2013. Ils posent la question : « Comment avons-nous pu créer tant de souffrances psychiques et émotionnelles alors que notre niveau de richesse et de confort est sans précédent dans l'histoire de l'humanité? »

Une quantité phénoménale de données confirment les incroyables inégalités sur le sol américain. « Combien de fois les 20 % les plus riches sont-ils plus riches que les 20 % les plus pauvres? », demandent les auteurs Wilkinson et Pickett. Plus de huit fois aux États-Unis, au bas d'un classement de 23 pays nantis avec le Royaume-Uni, le Portugal et Singapour.

Un pays riche?

Les États-Unis, c'est le pays le plus inégalitaire, affirment les chercheurs de L'égalité, c'est mieux. Les résultats sont probants : c'est aux États-Unis que les problèmes sociaux et sanitaires sont les plus élevés parmi les pays riches. C'est dans ce pays également que le bien-être des enfants est parmi les plus faibles du monde avancé. C'est là aussi qu'on retrouve la plus grande part de problème de santé mentale, que l'indice de consommation de drogues illicites est au plus haut, avec l'Australie, le Royaume-Uni et la Nouvelle-Zélande.

C'est aux États-Unis que la mortalité infantile est la plus élevée parmi les pays riches. Vous avez bien lu : c'est chez nos voisins du sud que le taux de mortalité infantile est le plus élevé dans le monde riche. Incroyable, n'est-ce pas?

C'est là que le taux d'obésité est aussi le plus élevé, que le taux de maternité chez les 15-19 ans est aussi le plus élevé, que le taux d'homicide est outrageusement plus élevé qu'ailleurs, mais celle-là vous vous en doutiez bien. C'est d'ailleurs l'angle mort de Bernie Sanders. Sa position sur les armes à feu en fait tiquer plus d'un. Je continue : le taux de détenus aux États-Unis est le plus élevé des pays riches, la mobilité sociale est la plus faible... et arrêtons-nous ici.

C'est ça qu'il nous dit Bernie Sanders. À quoi bon être la puissance économique mondiale si on est la plus inégalitaire, la plus disloquée, la plus pauvre socialement? Les inégalités provoquent des tensions sociales, de l'exclusion, une baisse de la confiance. C'est antiéconomique.

Atténuer les inégalités 

L'été dernier, les pays membres du G20 en sont arrivés à la conclusion qu'il fallait réduire les inégalités pour développer des sociétés plus inclusives et une plus forte croissance économique. Il n'est pas cohérent de prétendre qu'une économie qui favorise l'enrichissement d'un cercle restreint est une bonne politique économique. Le capital offre un meilleur rendement que le revenu de travail, nous a expliqué l'économiste français Thomas Piketty. Ce modèle ne nous fait pas avancer, il nous ralentit.

Bernie Sanders et Donald Trump se présentent comme des candidats hors système. L'un plaque une lumière crue sur ce que sont devenus les États-Unis et promet une « révolution politique » appelant de tous ses voeux des changements structurels majeurs. Il utilise à dessein le mot révolution pour attiser la fibre socialiste de son parti et pour réveiller l'autre partie qui souhaite améliorer le sort économique des moins nantis des États-Unis. Son ennemi simple : Wall Street.

Donald Trump, lors de son événement pour les anciens combattants, en marge du débat républicain en Iowa, le 28 janvier 2016Donald Trump, lors de son événement pour les anciens combattants, en marge du débat républicain en Iowa. Photo : Rick Wilking / Reuters

Pour Donald Trump, les adversaires sont à Washington et aux frontières. Ils jouent sur la colère, le ressentiment de gens qui, comme ceux à qui Bernie Sanders parle, sont exclus du jeu, sont pauvres, ont l'impression d'être les victimes du système. Du système politique, selon Donald Trump, du système économique, selon Bernie Sanders.

Dans les deux cas, on travaille l'exaspération, on rappelle les frustrations. L'un veut inclure en donnant de l'espoir, l'autre donne de ce qu'on peut sans doute aussi appelé de l'espoir, mais en excluant une partie des gens qui vivent ou qui voudraient vivre aux États-Unis.

Certains politiciens chez nous sont d'avis que le Québec devrait atteindre le niveau de vie des Américains. Ils feraient mieux de s'intéresser au modèle scandinave, qui a su marier niveau de vie, qualité de vie et faibles inégalités. Le modèle américain, celui que dénonce le sénateur Sanders tout en souhaitant l'améliorer, n'est certainement pas celui qu'on souhaite chez nous.

Économie