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Qui sont ces filles recrutées par les gangs de rue?

Une prostituée négocie avec un client potentiel.

Une prostituée négocie avec un client potentiel.

Photo : iStock

Radio-Canada

Elles viennent de milieux aisés ou des quartiers pauvres, et elles ont un point en commun : leur vulnérabilité. Qui sont ces adolescentes à risque, et comment empêcher qu'elles soient recrutées par des proxénètes?

Un texte de Danielle BeaudoinTwitterCourriel

La disparition de plusieurs adolescentes d'un centre jeunesse de Laval cette semaine a ramené à l'avant-plan le phénomène de l'exploitation sexuelle des jeunes filles par des gangs de rue ou des groupes criminels. Qui sont celles qui attirent les prédateurs? Comment sont-elles piégées? Que peuvent faire les parents?

1. BELLE, JEUNE ET SURTOUT VULNÉRABLE

Il y a une trentaine d'années, les jeunes filles recrutées par des proxénètes étaient décrites comme des fugueuses, venant de familles dysfonctionnelles, ayant un problème d'estime de soi, soit des filles « poquées », raconte Maria Mourani, criminologue et sociologue spécialisée dans les gangs de rue, en entrevue à Midi info.

Ce n'est plus le cas aujourd'hui. « On retrouve des filles de très bonne famille, les parents sont ensemble, des filles qui sont bonnes à l'école, qui soudainement ne veulent plus aller à l'école, des filles de la classe moyenne, des filles des collèges privés », explique Mme Mourani.

On retrouve un petit peu toutes sortes de filles potentielles. À partir du moment où tu es belle et jeune, alors tu es une proie.

Maria Mourani à Midi info, le 3 février

Les jeunes filles à risque proviennent en effet de n'importe quel milieu socio-économique, selon René-André Brisebois, criminologue et intervenant au Centre jeunesse de Montréal – Institut universitaire. Ce qu'elles ont en commun : elles vivent des difficultés et elles sont vulnérables.

L'expert donne l'exemple d'une jeune fille qui grandit dans une famille avec un parent très abusif ou contraignant : « La jeune pourrait réagir à cette dynamique familiale et [...] se diriger vers le milieu des gangs de rue ».

On peut avoir une jeune fille qui vient d'une bonne famille, mais dont les parents sont extrêmement occupés, travaillent sans arrêt, ont très peu de temps à passer avec leur fille. Leur fille se retrouve un peu seule, et de mauvaises influences peuvent s'installer.

René-André Brisebois, criminologue 

Les adolescentes sont recrutées à partir de 15 ans, affirme René-André Brisebois, lorsqu'elles ont un corps de femme.

Des profils types

- La jeune fille naïve ou influençable, qui a un grand besoin d'amour
- L'aventurière, qui est attirée par le danger et qui joindra de son plein gré le gang de rue
- La jeune fille en fugue, déboussolée et perdue, qui arrive dans une ville inconnue

Source : Choisis ton gang (Nouvelle fenêtre) (portail du gouvernement du Québec)

Pas nécessairement des fugueuses

Certaines ont fugué, d'autres pas. René-André Brisebois fait remarquer que les fugueuses ont toutes sortes de raisons de quitter leur foyer, et qu'il ne faut pas faire de lien entre la fugue et les gangs de rue.

Les gangs peuvent recruter dans différents contextes, et ça peut toucher des jeunes qui fuguent comme ça peut toucher des jeunes qui ne fuguent pas.

René-André Brisebois, criminologue

Des chiffres sur les fugues au Québec

  • 5700 cas de disparition d'adolescents en 2014, dont 4000 cas de fugue
  • La moitié des fugueurs ont fui le foyer plus d'une fois
  • 88 % des fugueurs reviennent à la maison dans la semaine qui suit leur départ

Parmi les cas traités par Enfant-Retour Québec :

  • 76 % sont des filles
  • 30 % de ces filles ont été exploitées sexuellement ou ont été exposées à la prostitution

Source : Enfant-Retour Québec (Nouvelle fenêtre)

L'enseigne lumineuse d'un super night club

Photo : Radio-Canada/Sylvain Castonguay

2. COMMENT SE FAIT LE RECRUTEMENT?

Les proxénètes font généralement partie de gangs de rue ou de groupes criminels. Selon Maria Mourani, ils n'utilisent pas la violence pour recruter les filles. Ils sont très manipulateurs, ajoute-t-elle.

Le « méchant loup » peut prendre l'apparence d'un garçon ou d'une fille. Le garçon fait tout pour que sa proie tombe amoureuse de lui. Il lui offre des cadeaux et lui fait des compliments. Il se présente comme le prince charmant et lui fait miroiter l'amour, explique René-André Brisebois.

Quant à la recruteuse, elle se lie d'amitié avec la jeune fille, lui offre de faire beaucoup d'argent, « d'avoir une vie plaisante, toutes sortes d'activités extraordinaires ».

Il est vrai que les proxénètes recrutent parfois les jeunes filles dans les centres jeunesse, reconnaît l'expert. Les adolescentes qui y vivent sont vulnérables; elles deviennent donc des proies faciles. Mais les recruteurs rôdent aussi dans les endroits publics, les écoles, les parcs, les métros, les centres commerciaux, « un peu n'importe où ». Les réseaux sociaux sont aussi utilisés par les proxénètes.

3. ET LES PARENTS DANS TOUT ÇA?

Selon René-André Brisebois, il faut prendre le temps d'expliquer aux jeunes que la violence n'est pas acceptable dans une relation amoureuse et que chacun doit être traité de manière juste et équitable. René-André Brisebois souligne que non seulement les parents, mais la société en général devraient insister sur la transmission de ces valeurs aux jeunes.

La première chose à faire, c'est de parler davantage des relations amoureuses et des relations saines et égalitaires. Ça, je vous le dis, c'est le message le plus important à passer aux parents!

René-André Brisebois

L'autre conseil de l'expert : toujours garder la communication avec son enfant, même si c'est plus difficile à l'adolescence. « Il faut s'intéresser à ce qu'ils font, avec qui ils sont, qui sont leurs amis, vouloir les voir [les amis], les rencontrer. »

René-André Brisebois suggère d'avoir un œil sur la façon dont son enfant utilise les réseaux sociaux. Que publie votre enfant sur Facebook ou ailleurs? Qui a accès à ses comptes et jusqu'à quel point sont-ils sécurisés?

Il faut surtout essayer d'en savoir davantage, mais sans enquêter; c'est hyper important! Il ne faut pas jouer à l'enquêteur et se créer un faux profil pour être ami avec sa fille.

René-André Brisebois

Des signes à surveiller

  • De nouveaux amis dont votre fille ne parle pas
  • Des changements dans les habitudes : elle abandonne son équipe de basketball, elle adopte soudainement un nouveau style vestimentaire
  • L'isolement : elle se renferme et elle vous parle de moins en moins
  • Des objets de luxe : elle n'a pas de revenus, mais elle arrive à la maison avec de nouvelles chaussures ou un vêtement griffé

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