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La dépression à l’ère de la loi sur l’aide médicale à mourir

Photo : SRC/iStockphoto/Kirsty Okeeffe

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2016 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Certains experts de la santé mentale craignent que la future loi sur l'aide médicale à mourir donne une option plus facile aux personnes atteintes de dépression qui pourraient alors choisir le suicide assisté au détriment des traitements conventionnels.

Les législateurs ont jusqu'au 6 juin pour rédiger une loi pancanadienne qui permettrait d'encadrer l'aide médicale à mourir. On ne sait pas encore si les personnes vivant avec la dépression y seront admissibles.

« Une de mes collègues m'a dit que si elle pouvait mettre fin à sa vie à l'aide d'un médecin, qu'elle y mettrait fin au plus vite », confie la directrice générale de l'Association des troubles de l'humeur du Manitoba, Tara Brousseau Snider.

Je m'inquiète pour elle. Je crains que certains voient cette nouvelle loi comme étant la permission de mourir. Le gouvernement ne doit pas déclarer qu'il est acceptable de se suicider si on est dépressif.

Une citation de :Tara Brousseau Snider, directrice générale, Association des troubles de l'humeur du Manitoba
Tara Brousseau Snider, directrice générale de l'Association des troubles de l'humeur du ManitobaAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Tara Brousseau Snider, directrice générale de l'Association des troubles de l'humeur du Manitoba.

Photo : Radio-Canada

Même son de cloche du côté de John Melnick, qui est atteint de dépression et a tenté par le passé de se suicider à trois reprises. Il se réjouit que l'option de suicide assisté n'ait pas existé quand il a tenté de s'enlever la vie.

« Si cette loi avait été en vigueur à cette époque-là, j'aurais fait appel à un médecin pour terminer ma vie. Je ne serais pas là aujourd'hui, c'est sûr », souligne-t-il.

Grâce à une combinaison de différentes thérapies, le Winnipégois affirme qu'il est toujours vivant et en bonne santé.

La réalité des dépressifs réfractaires au traitement

D'autres soutiennent que les gens atteints de maladies mentales devraient avoir les mêmes options que ceux qui sont atteints de maladies physiques, surtout dans les cas où ils ne réagissent pas au traitement.

« Plus de 40 % des personnes souffrant d'une dépression développeront éventuellement une résistance aux traitements », souligne le docteur Udo Schuklenk, qui est professeur à l'Université Queen's et titulaire de la Chaire de recherche de l'Ontario en bioéthique.

« C'est très difficile pour les gens de comprendre intuitivement la souffrance endurée par une personne atteinte d'une maladie qui n'est pas, entre guillemets, ''physiologique''. La vérité, bien sûr, c'est que tout ce qui se passe à l'intérieur de notre corps est physiologique », constate-t-il.

Les gens peuvent comprendre la douleur de quelqu'un qui souffre d'un cancer ou d'une jambe cassée, mais ils diront à quelqu'un atteint de la dépression : "Voyons, il faut juste te ressaisir. Prends-toi en main!" Je pense que c'est une situation bien regrettable.

Une citation de :Udo Schuklenk, docteur et titulaire de la Chaire de recherche de l'Ontario en bioéthique

Le docteur Schuklenk rejette les craintes que toute personne qui passerait une mauvaise journée ou une mauvaise semaine puisse facilement avoir accès à un médecin qui l'aidera à se suicider.

D'après lui, les législateurs pourraient contourner ce risque avec des mesures de protection appropriées. Il cite l'exemple de la Belgique, où les personnes dépressives ont droit à l'aide médicale à mourir.

Le docteur Udo Schuklenk, professeur à l’Université Queen's et titulaire de la Chaire de recherche de l'Ontario en bioéthiqueAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le docteur Udo Schuklenk, professeur à l’université Queens et titulaire de la Chaire de recherche de l'Ontario en bioéthique

Photo : Udo Schuklenk

« Les patients doivent être examinés par plus d'un médecin afin de confirmer qu'ils sont psychologiquement compétents pour prendre les décisions relatives aux soins médicaux qui les concernent. Il y a ensuite une période de réflexion pour assurer que le patient veut toujours poursuivre son traitement d'euthanasie », explique le docteur Schuklenk.

Aux États-Unis, l'aide médicale à mourir est permise dans les États de l'Oregon, de Washington, du Montana et du Vermont. Cependant, aucun d'entre eux ne permet le suicide assisté des personnes atteintes de maladies mentales.

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