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Un gouvernement Couillard 2.0?

Michel C. Auger, animateur de l'émission Midi info diffusée sur ICI Radio-Canada Première

Michel C. Auger, animateur de l'émission Midi info diffusée sur ICI Radio-Canada Première

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2016 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Il faudra plus qu'un jeu de chaises musicales pour persuader les Québécois que le gouvernement va passer d'une politique d'austérité à une ère de prospérité.

Une analyse de Michel C. AugerTwitterCourriel animateur de Midi info

Comme il faudra plus qu'un discours du premier ministre pour nous convaincre que le Québec se dirige vers « des eaux plus tranquilles ». Aujourd'hui, en tout cas, cela ressemble pas mal plus à un souhait qu'à une constatation.

Dans l'attente des résultats, il faut d'abord reconnaître au premier ministre Philippe Couillard le courage d'avoir fait des changements majeurs à son équipe ministérielle, alors que la plupart de ses prédécesseurs se seraient contentés, dans les mêmes circonstances, d'un simple ajustement.

On notera, en particulier, sa décision de renvoyer des ministres non performants sur les banquettes arrière, ce qu'on n'avait pas vu depuis des décennies à Québec.

Le changement le plus spectaculaire touche le ministère de l'Éducation, perpétuellement vu comme un simple lieu de passage par les gouvernements libéraux. Le nouveau titulaire du poste, Pierre Moreau, est le huitième ministre libéral de l'Éducation en 11 ans, soit depuis l'élection de Jean Charest en 2003.

Si le premier ministre a décidé d'y déléguer son meilleur ministre politique — ou son meilleur pompier, c'est selon —, c'est qu'il reconnaît que son gouvernement était allé trop loin et qu'il était devenu intenable de prétendre que les compressions budgétaires ne touchaient que les structures et pas les services aux élèves.

On comprend du message de M. Couillard que s'il doit y avoir des réinvestissements, c'est l'éducation qui sera la première servie. Les parents qui ont fait des chaînes humaines pour sauver l'école publique avaient l'appui d'une large part de l'opinion publique, et tout indique que le gouvernement les a entendus.

Le parti de l'économie

L'autre grand message de ce remaniement est plus diffus. Le PLQ aime encore à se considérer comme le parti de l'économie, mais il confie la responsabilité du développement économique à une ministre qui n'a pratiquement aucune expérience politique.

Dominique Anglade aura beau avoir un curriculum vitae fort intéressant dans le monde des affaires, l'histoire encore relativement récente montre que les gens d'affaires ne sont pas toujours de grands succès en politique avant d'avoir acquis une certaine expérience d'un monde qui a ses propres règles.

On se souviendra de vedettes du monde des affaires comme Paul Gobeil ou Pierre MacDonald, amenés en politique par Robert Bourassa au milieu des années 1990 et qui pensaient prouver qu'on peut « diriger l'État comme une business ». Ils n'auront fait qu'un seul mandat avant de retourner au secteur privé.

On notera surtout que des trois membres du trio économique des élections de 2014, un seul — le ministre des Finances Carlos Leitao — est a toujours portefeuille à caractère strictement économique.

On a hâte de voir comment Martin Coiteux, qui a réussi à signer une convention collective avec le Front commun lors de son passage au Conseil du Trésor, réussira à mener, aux Affaires municipales, les difficiles négociations collectives qui s'en viennent avec les policiers et les pompiers. Il faudra aussi voir comment il abordera la délicate réforme qui accorderait aux villes le pouvoir de décréter les conditions de travail de leurs employés.

Bouger aux transports

Le troisième membre de ce trio, Jacques Daoust, aurait raison de considérer le portefeuille des transports comme un prix de consolation après un passage difficile à l'Économie. On lui souhaite de faire bouger les dossiers plus vite que son prédécesseur, qui aura surtout réussi à renvoyer à la case départ des projets qui étaient prêts et acceptés par tous les intervenants, comme le prolongement de la ligne bleue du métro de Montréal.

On s'étonnera de ne pas avoir un ministre responsable des infrastructures. Quand on sait que le gouvernement fédéral s'apprête à rendre disponibles des sommes importantes dans ce secteur, il aurait quand même été utile que le gouvernement du Québec lui désigne un seul interlocuteur privilégié.

Mais la preuve des nouvelles intentions du gouvernement ne vient pas dans un remaniement ministériel, mais dans un budget. À cet égard, on notera que le premier ministre Couillard n'a pas parlé de baisses d'impôts dans son discours, mais seulement de respecter sa promesse d'abolir la taxe santé.

À mi-mandat, M. Couillard peut regarder les sondages avec une certaine satisfaction. Si des élections avaient lieu aujourd'hui, il serait facilement reporté au pouvoir. Mais c'est plus une conséquence de la médiocrité des partis d'opposition que des actions du gouvernement.

On le verra au budget, mais on peut penser que si le gouvernement Couillard 2.0 a compris le message des Québécois, il acceptera qu'ils tiennent davantage à des services publics de qualité qu'à des baisses d'impôt qui seraient, dans les circonstances, plutôt symboliques.

« La vie n'est pas que chiffres », disait M. Couillard. On verra au budget si ce n'était qu'un beau discours.

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