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La première crise de Justin Trudeau

Chronique économique Philippe-Antoine Saulnier
Pipeline Énergie Est: Trudeau rencontre Coderre.
Radio-Canada

Dans ses rêves les plus fous, Justin Trudeau n'aurait pu imaginer que sa première crise sur le thème de l'unité nationale arriverait aussi tôt dans son mandat et qu'elle serait symbolisée par son ex-collègue Denis Coderre, le maire de la ville dont M. Trudeau est le député.

Une analyse de Michel C. AugerTwitterCourriel animateur de Midi Info

Dans le théâtre de la Chambre des communes, il est commode pour les conservateurs, qui se cherchent une façon de montrer à leur base qu'ils ne l'ont pas oubliée, de faire porter le chapeau de l'échec prévisible du projet d'oléoduc Énergie Est au maire de Montréal. Mais la pire chose que M. Trudeau pourrait faire serait de ne pas écouter les griefs bien réels qu'exprime M. Coderre.

D'abord, ce n'est pas la faute de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) si elle est la dernière instance en date à dire non à un pipeline de l'Alberta. Le président Obama a déjà dit non à Keystone XL et la Colombie-Britannique a, de facto, tué les projets Northern Gateway et Kinder Morgan.

Même le gouvernement de l'Ontario n'a pas dit un non définitif. Il reste que la Commission de l'énergie de la province a estimé que le projet comporte « plus d'inconvénients que d'avantages ».

Le nouveau gouvernement de Justin Trudeau a affirmé maintes fois que l'acceptabilité sociale était l'un des éléments essentiels pour obtenir l'approbation fédérale d'un tel projet. Si les objections de la Colombie-Britannique et, éventuellement, celles de l'Ontario sont valides, il est difficile de voir comment celles de la CMM ne le seraient pas. C'est sur ce point précis de l'acceptabilité sociale que tout le projet Énergie Est pourrait s'effondrer.

D'autant que le fait qu'Énergie Est soit le dernier projet qui reste pour désenclaver le pétrole albertain ne rende pas un éventuel non du Québec ou de la CMM moins acceptable.

Ce qui n'est pas plus acceptable, mais qui était fort prévisible, c'est que l'on revienne avec le vieil argument de la péréquation qui ferait en sorte qu'une province qui la reçoit ait, en quelque sorte, l'obligation morale de soutenir un projet provenant d'une province qui contribue à la péréquation.

Un peu de « Quebec bashing »

C'est à plus forte raison prévisible que le premier ministre de la Saskatchewan, Brad Wall, doit faire face à son électorat en avril. Un petit peu de « Quebec bashing » ne nuit jamais dans les circonstances.

Encore qu'il faille être prudent. Si les prix du pétrole devaient rester bas pendant longtemps, qui sait si des provinces de l'Ouest ne pourraient pas avoir recours à la péréquation?

Mais toutes ces considérations politiques masquent une réalité qui est inscrite en filigrane dans les propos de M. Coderre. TransCanada, la société qui veut construire Énergie Est, s'est comportée comme un très mauvais citoyen corporatif dans tout ce dossier.

Elle a refusé de participer aux consultations publiques de la CMM sur son projet, elle n'a pas voulu soumettre d'études d'impact au gouvernement du Québec et elle voulait faire des études sismiques dans une « pouponnière » de bélugas, sans compter qu'elle n'a même pas pris soin de faire traduire tous ses documents en français.

En fait, quand on écoute M. Coderre, on comprend qu'il en a surtout contre la manière dont TransCanada a décidé de prendre de haut à peu près tous les élus et toutes les instances au Québec, préférant ne parler pour vrai qu'à l'Office national de l'énergie, qui sera le véritable décideur dans ce dossier.

Sauf qu'il appartenait à TransCanada de faire valoir ses arguments, dont certains sont très pertinents. Comme la sécurité relative des oléoducs comparée au transport par trains et par bateaux. Mais en décidant d'ignorer largement le débat public et en refusant une élémentaire transparence, comme l'a fait TransCanada, la compagnie s'est attiré l'hostilité ouverte plutôt que la collaboration des élus de la moitié du Québec.

Dans les circonstances, ceux qui tiennent à ce projet devraient se retourner bien plus contre ses promoteurs et leur attitude que contre le maire de Montréal.

Politique