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Le « printemps arabe » semble bien loin en Égypte

Des manifestants progouvernementaux ont envahi le centre-ville d'Alexandrie.

Des manifestants progouvernementaux ont envahi le centre-ville d'Alexandrie.

Photo : Asmaa Waguih / Reuters

Reuters
Prenez note que cet article publié en 2016 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Quelque 300 personnes se sont rassemblées lundi sur la place Tahrir, au Caire, non pour célébrer les manifestants dont la révolte a chassé du pouvoir Hosni Moubarak il y a cinq ans, mais pour rendre hommage aux forces de sécurité qui avaient alors tenté d'étouffer le mouvement.

Ces dernières semaines, pour prévenir des manifestations antigouvernementales, des militants d'opposition, notamment des étudiants, ont été interpellés. Des cafés et d'autres lieux de réunion ont aussi été fermés. « Nous sommes ici pour célébrer nos frères, nos pères et leurs collègues de la police égyptienne [...] qui, pour nous, ont sacrifié leur vie et versé leur sang », a déclaré l'un des manifestants de la place Tahrir, Refaat Sabry, 52 ans, qui portait au revers de sa veste une épinglette représentant l'actuel « raïs » égyptien, Abdel Fattah Al-Sissi.

« Continuez, M. le président », proclamait une pancarte brandie par un manifestant sur la place, épicentre du soulèvement de 2011, alors que d'autres offraient des fleurs aux policiers. Des officiers des services de sécurité distribuaient aux passants des tracts avec le slogan « la police au service du peuple ».

Les rues conduisant au ministère de l'Intérieur étaient bloquées par des véhicules de police et des barrages.

Alors que des milliers d'opposants sont derrière les barreaux, la probabilité de vastes manifestations contre le pouvoir paraissait bien ténue en ce jour anniversaire du début de la « révolution du Nil ».

Dans un communiqué, le Mouvement du 6-Avril, qui fut à l'avant-scène de 18 jours de mobilisation sur la place Tahrir qui ont emporté Hosni Moubarak, écrit que « cinq ans après le début de la grande révolution égyptienne, la contre-révolution a pu reprendre le contrôle ». Mais le mouvement ajoute que « la révolution n'est pas terminée », qu'elle se poursuivra et que « ses objectifs restent dans les coeurs des Égyptiens qui l'ont soutenue pour le bien d'une nation libre, forte et développée ».

Observateurs et militants jugent que la répression actuelle révèle le climat d'insécurité qui s'est répandu en Égypte depuis que le maréchal Sissi a renversé les Frères musulmans il y a deux ans et demi.

Si le chef de l'État reste apprécié par une grande partie de la population, il ne jouit plus de la même popularité qu'en juillet 2013, lorsque son portrait s'affichait partout. Ses promesses de redressement économique peinent toujours à se matérialiser et la menace de violences islamistes reste bien présente.

Une figure de la révolution égyptienne devenue paria

Début 2011, la militante égyptienne Esraa Abdel-Fattah avait contribué à la mobilisation sur la place Tahrir, qui a renversé Hosni Moubarak en 18 jours, et son nom avait circulé pour le prix Nobel de la paix. Cinq ans ont passé, et elle se dit aujourd'hui insultée et rejetée par ses compatriotes. « Ils disent que je suis un traître et un agent de l'étranger, que nous sommes ceux qui ont détruit le pays, soutient-elle en entrevue avec Reuters, cinq ans jour pour jour après la première manifestation contre l'ancien raïs, en plein printemps arabe. J'entends cela lorsque je croise des gens dans les rues. »

La cofondatrice du Mouvement du 6-Avril, blogueuse et dissidente ainsi qu'un petit cercle de jeunes activistes ayant le même profil ont pourtant été considérés naguère en Égypte comme un espoir pour venir à bout de la corruption et de la répression. Elle apparaît aujourd'hui comme une personnalité solitaire.

« Je ne sais pas si les gens redescendront dans les rues demain, ou l'année prochaine, ou l'année suivante », reconnaît cette journaliste de 39 ans. « La révolution, c'est le peuple qui réclame de la liberté, du pain, de la justice et de la dignité. Le peuple continuera à les réclamer », ajoute-t-elle cependant.

Celle qu'on surnomme la « Facebook Girl » et d'autres activistes se sont servis des médias sociaux pour appeler à la contestation et à la mobilisation dès la fin des années 2000 à la suite d'une grève dans la ville industrielle de Mahalla. Arrêtée en 2008, elle a été relâchée quelques jours plus tard.

Dans les premières semaines de l'année 2011, de « Jour de colère » en « Jour du départ », le Mouvement du 6-Avril a entretenu la mobilisation. Cinq ans plus tard, la militante juge que « quiconque manifeste est enfermé. Même ceux qui écrivent leur opinion sur Facebook ou Twitter sont interrogés sur leurs écrits ».

« Je peux être emprisonnée pour un tweet »

D'après des organisations de défense des droits de l'homme, depuis l'arrivée de Sissi à la présidence, quelque 40 000 militants politiques, islamistes ou libéraux, ont été placés en détention. Ceux qui ont échappé à la prison ont le sentiment de vivre en parias de la société. Dans les médias d'État, Mme Abdel-Fattah et les autres sont qualifiés d'« ennemis de l'Égypte ». Et manifester sans autorisation de la police est considéré comme un crime. Mais Esraa Abdel-Fattah n'a pas perdu tout espoir. « Personne au monde ne s'attendait à ce que la révolution du 25 janvier 2011 ressemble à cela. Dans le regard des générations plus jeunes, je vois que l'idéal et le rêve d'une révolution est toujours là », dit-elle.

« Je suis prête à jouer n'importe quel rôle, grand ou petit, pour mener à bien cette révolution, mais je peux être emprisonnée pour un tweet. »

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