•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

PotashCorp : une communauté sous le choc

Fermeture PotashCorp
Radio-Canada

La communauté de Sussex au Nouveau-Brunswick encaisse un dur coup. La compagnie PotashCorp annonce qu'elle suspend indéfiniment les activités à sa mine de potasse de Picadilly, dans le sud du Nouveau-Brunswick. Près de 430 employés sont mis à pied.

Un texte de Louis MillsTwitterCourriel

L'entreprise de la Saskatchewan explique qu'elle doit prendre cette décision à cause d'un contexte économique difficile. Elle cherche à diminuer ses coûts en rationalisant sa production. La mine pourrait être rouverte à un an d'avis, mais le président de PotashCorp, Mark Fracchia, a déclaré en conférence de presse à Fredericton que la réouverture ne peut être envisagée dans un avenir proche.

PotashCorp offrira des emplois en Saskatchewan à une centaine d'employés touchés. Elle créera d'autre part un fonds d'aide communautaire de cinq millions de dollars.

Il ne restera que 35 employés à l'usine de Picadilly, près de Sussex, pour s'occuper de l'entretien des lieux. L'usine était à l'arrêt depuis novembre dernier pour un inventaire. Elle ne reprendra pas la production.

Dur coup pour la région de Sussex

Le maire de Sussex, Marc Thorne, se dit atterré par la nouvelle. Il ne sait pas comment la région arrivera à se relever.

Ces emplois sont très bien rémunérés et bien franchement, je ne sais pas comment on arrivera à les remplacer.

Marc Thorne, maire de Sussex 
Le maire de Sussex, Mark Thorne, écoute les explications livrées par les dirigeants de Potash Corp en conférence de presse, à Fredericton.Le maire de Sussex, Mark Thorne, écoute les explications livrées par les dirigeants de Potash Corp en conférence de presse, à Fredericton. Photo : Ici Radio-Canada/Nicolas Steinbach

L'un des travailleurs de la mine, Deon Alcok, affirme que la nouvelle a pris tout le monde par surprise. Il a répondu toute la matinée, mardi, à des appels de collègues. « Ils sont surpris et se demandent ce qu'ils vont faire. Mais au moment où je vous parle, il n'y a pas beaucoup de solutions de rechange ni au Nouveau-Brunswick, ni en Alberta. »

Un représentant syndical de travailleurs de la construction qui faisaient des travaux à la mine, Egbert Basque, affirme lui aussi que la surprise a été complète. 

On a eu de la grosse visite de Chicago, un certain monsieur qui est arrivé et qui a dit “on arrête tout”. [...] On n’a eu aucun avertissement, rien du tout!

Egbert Basque, représentant syndical de monteurs d'acier à la mine Picadilly
Egbert Basque, représentant syndical de travailleurs qui ont contribué à la construction de la nouvelle mine, à PicadillyEgbert Basque, représentant syndical de travailleurs qui ont contribué à la construction de la nouvelle mine, à Picadilly

Il sera à peu près impossible, d'après lui, de remplacer au N.-B. des emplois qui payaient en moyenne quelque 75 000 $ par année.

Le député conservateur provincial de Sussex-Fundy-St. Martins, Bruce Northrup, affirme que la fermeture aura un impact dévastateur sur toute l'économie régionale. « L'économie régionale dépend d'elle [la mine], que ce soit les concessionnaires, les Tim Hortons ou les magasins au centre d'achat. »

Les gouvernements réagissent

Depuis St. Andrews, N.-B., où le Conseil des ministres fédéral se réunissait, le ministre et député de Beauséjour, Dominic LeBlanc, a déclaré que son gouvernement allait aider les centaines de travailleurs mis à pied. Il a reconnu qu'à court terme, il sera difficile de faire autre chose que de leur verser des prestations d'assurance-emploi et leur fournir de la formation. Il faudra plus de temps pour trouver des solutions à long terme, a-t-il déclaré.

Le ministre LeBlanc affirme que la fermeture de cette mine est un exemple des difficultés auxquelles l'industrie des ressources naturelles est confrontée. Il a reconnu qu'il sera difficile pour la région de Sussex de remplacer des emplois aussi payants.

Pour sa part, le ministre de L'Énergie et des Mines du N.-B., Donald Arseneault, a affirmé que des ressources du ministère de l'Éducation postsecondaire, de la Formation et du Travail seraient mis à la disposition des employés licenciés pour les aider à faire une transition vers d'autres emplois.

La fermeture de la mine pénalise plus d'une façon la province. Elle perd environ 20 millions $ en redevances et impôts versés par PotashCorp. Les employés licenciés paieront aussi moins d'impôts et Énergie NB, une société de la Couronne, perd un important client, qui consommait de 25 à 40 MW d'électricité par année.

Un contexte économique défavorable

L'ancienne mine de Penobsquis qui a fermé en décembre dernierL'ancienne mine de Penobsquis qui a fermé en décembre dernier Photo : Ici Radio-Canada/Nicolas Steinbach

En octobre dernier, PotashCorp mettait un terme plus tôt que prévu à l'exploitation de son ancienne mine de potasse au N.-B., à Penobsquis, toujours dans la région de Sussex. Quelque 140 travailleurs perdaient alors leur emploi.

C'est l'affaiblissement des conditions économiques qui l'avaient poussée à devancer son échéancier. Ces mêmes conditions ont mené à la décision de fermer la mine Picadilly, affirme le PDG de PotashCorp, Jochen Tilk.

Il a déclaré mardi que la décision était déchirante, mais que son entreprise « ne voyait pas de solution de rechange viable ». La mine au Nouveau-Brunswick avait les coûts d'exploitation les plus élevés parmi toutes les mines de l'entreprise, a-t-il déclaré. Il fallait la sacrifier pour que PotashCorp demeure concurrentielle sur le plan international, selon lui. 

La fermeture de la mine de Picadilly permet à l'entrerpise d'épargner 50 millions $ en dépenses en capital cette année et 135 millions en 2017-2018. La décision ne touche pas le terminal de PotashCorp au port de Saint-Jean, au N.-B. La compagnie continuera d'y expédier de la potasse à destination de l'étranger. La potasse arrivera par rail de la Saskatchewan. Le volume des chargements pourrait même augmenter, selon Jochen Tilk.

L'économiste Pierre-Marcel Desjardins, de l'Université de Moncton, affirme que le N.-B. est victime de la faible croissance mondiale, qui a un impact sur le prix de bien des ressources naturelles, dont la potasse.

On sait ce qui se passe en Chine… Ç’a des incidences non seulement sur le prix du baril de pétrole dont on parle beaucoup, mais aussi sur le prix de nombreuses ressources naturelles.

Pierre-Marcel Desjardins

M. Desjardins ne s'étonne guère que PotashCorp ait décidé de concentrer ses activités en Saskatchewan, où elle a ses racines et où les coûts d'exploitation sont sans doute moindres. « La potasse en Saskatchewan, ça fait de nombreuses années qu'on le fait et c'est à une échelle beaucoup plus importante que chez nous. »

De grands espoirs, au début

La mine de Picadilly a ouvert en 2014, sept ans après que sa construction eut été annoncée. La faiblesse des prix de la potasse avait retardé son ouverture.

L'ancien gouvernement libéral de Shawn Graham avait annoncé en grande pompe sa construction - un projet de 2,2 milliards $ - en 2008. « Il s'agit d'un projet à long terme qui va créer des centaines d'emplois directs et indirects », disait-il alors.

La nouvelle mine devait avoir une durée de vie de 73 ans.

 

 

Acadie

Économie