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Voici comment la Finlande est devenue une puissance mondiale du hockey

La Finlande a remporté le championnat du monde de hockey junior

La Finlande a remporté le championnat du monde de hockey junior

Photo : Markku Ulander

Prenez note que cet article publié en 2016 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

BILLET - Il y a huit jours, quand la Finlande a vaincu la Russie en prolongation en grande finale du Championnat mondial junior, bien des amateurs et des hommes de hockey se sont posé la même question : « Comment un pays plus petit que le Québec, où l'on retrouve 25 % moins de hockeyeurs qu'au Québec, peut-il dominer sur la scène mondiale? » 

Un texte de Martin LeclercTwitterCourriel

Eh bien, voici la réponse...

Quand la Finlande a remporté le Championnat mondial junior en 2014, la quasi-totalité des observateurs croyait à un simple accident de parcours. Mais quand les Lions (c'est le nom de l'équipe nationale finlandaise) ont décroché leur second titre en trois ans la semaine dernière, l'hypothèse de la chance et des astres parfaitement alignés ne tenait plus. Nettement, il se passe quelque chose au pays de Saku Koivu.

Pour connaître la recette magique des Lions, je me suis longuement entretenu avec le directeur sportif de la Fédération finlandaise de hockey, Timo Bäckman. En raccrochant la ligne après notre conversation, j'étais pour ainsi dire ébloui.

« En tant que petit pays, nous ne pourrons jamais rivaliser avec le nombre de joueurs que développent des pays comme les États-Unis et le Canada. Comme notre base de membres est plus petite, nous avons décidé d'aborder les choses différemment, en nous donnant pour mission de former les meilleurs entraîneurs du monde », explique-t-il, tout simplement.

Pour développer les meilleurs entraîneurs du monde, et ainsi revitaliser leur système de hockey, les Finlandais n'y vont pas avec le dos de la main morte, comme dirait Jean Perron.

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Conjointement avec la Suède, la Finlande a présenté le Championnat mondial masculin en 2012 et en 2013. Le Championnat mondial étant un événement sportif majeur en Finlande, les recettes qui en ont découlé étaient importantes. La fédération finlandaise a alors décidé de porter un grand coup.

« Nous avons pris tout cet argent et nous avons embauché 26 entraîneurs d'habiletés qui sont chargés, à temps complet, de développer les habiletés de nos joueurs âgés de 10 à 14 ans », révèle fièrement Timo Bäckman.

Concrètement, ces 26 entraîneurs/spécialistes ont été sélectionnés par la fédération. Ils ont ensuite été embauchés par les 26 plus gros clubs (les plus grosses associations locales de hockey mineur) du pays. Pour aider les clubs à rémunérer leur entraîneur spécialisé, la fédération leur verse 30 000 euros (42 200 $CA) par an.

« Chaque club majeur qui embauche un entraîneur d'habiletés doit prendre trois ou quatre autres clubs sous son aile. En fin de compte, ce sont environ 60 % de nos joueurs de 10 à 14 ans qui profitent des enseignements de ces spécialistes », dit M. Bäckman.

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Impressionné? Ce n'est pas tout. La Finlande compte huit régions. Et pour venir en aide aux entraîneurs bénévoles qui dirigent les équipes de ses différentes associations locales, la fédération compte depuis longtemps 10 entraîneurs à temps plein. Ces entraîneurs professionnels assistent aux matchs, prennent part à des séances d'entraînement et repèrent les meilleurs talents disponibles dans chacune des régions.

« Notre philosophie consiste à développer les individus et non les équipes. Nos entraîneurs professionnels échangent et travaillent donc constamment avec les entraîneurs des clubs pour les conseiller et les aider à maximiser le potentiel de chacun de leurs joueurs », souligne-t-il.

En plus de ces 36 entraîneurs professionnels, la fédération finlandaise a décidé l'an dernier de créer des postes d'entraîneurs permanents pour leurs équipes nationales M-16, M-17, M-18 et M-20 (cette dernière formation étant celle qui a remporté le mondial junior la semaine dernière). L'équipe M-16 compte deux entraîneurs à temps complet, tandis que les trois autres ont chacune un entraîneur permanent.

Pourquoi embaucher des entraîneurs à temps complet pour les équipes nationales alors que, dans les faits, ces formations n'existent que 30 ou 40 jours par année?

« Quand les joueurs de l'équipe nationale retournent avec leur équipe locale, les entraîneurs de nos équipes nationales parcourent le pays pour superviser leur progression et pour venir en aide aux entraîneurs des clubs locaux », révèle Timo Bäckman, qui qualifie ces initiatives d'« innovations majeures » pour son organisation.

En tout, la Fédération finlandaise de hockey sur glace compte donc sur 41 entraîneurs permanents pour éduquer et appuyer leurs entraîneurs bénévoles tout au long de la saison, et pour favoriser directement le développement de leurs joueurs.

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Timo Backman oeuvre à la fédération finlandaise depuis 27 ans. Il occupe les fonctions de directeur sportif depuis une vingtaine d'années. Il a donc fortement contribué à l'édification de ce système. Quand on l'écoute expliquer le fonctionnement et la philosophie de son organisation, on comprend vite que ce pays ne souffre pas des excès de bureaucratie et de réglementation qui règnent, par exemple, au sein du hockey mineur québécois.

Prenons l'exemple d'un club finlandais qui compterait cinq équipes de niveau pee-wee : trois équipes de niveau A, une équipe de niveau AA et une équipe de niveau AAA.

« Dans notre système finlandais, ces cinq équipes forment un tout et les joueurs circulent facilement entre les différents niveau de jeu. Au cours d'une même saison, un joueur peut passer du niveau A, au AA et même au AAA. Et vice-versa. Vous pouvez jouer avec l'équipe AAA une semaine, et jouer avec le AA la semaine suivante. Rien ne garantit que vous passerez la saison complète avec une seule équipe. C'est très flexible et ça nous permet de maximiser le développement et le temps d'utilisation de chacun. Si un joueur n'est pas prêt à être utilisé régulièrement à un certain niveau, il faut s'ajuster et lui trouver une place qui lui permette de jouer davantage. De l'autre côté, si un joueur progresse bien, il faut le passer au niveau suivant », raconte celui qui supervise toutes les équipes nationales de son pays.

Par ailleurs, il n'y a pas de controverse au sujet des mises en échec en Finlande. « Nos joueurs commencent à appliquer des mises en échec (avec projection) à l'âge de 13 ans et nous n'avons aucun problème avec ça. Nos joueurs sont habitués parce que les contacts physiques (sans projection) sont permis dans toutes les catégories d'âge inférieures. Quand on arrive à 13 ans, cela va de soi », ajoute-t-il.

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C'est ce système, cette philosophie et cette vision qui ont mené à l'assemblage de l'équipe nationale qui a remporté, la semaine dernière, un second titre mondial en trois ans.

Quand les joueurs atteignent l'âge de 15 ans, on commence à séparer les joueurs d'élite de la masse. Les meilleurs espoirs du pays sont alors dirigés vers ce que Timo Bäckman appelle « la route des Lions ».

Au printemps, les entraîneurs permanents de la fédération repèrent les meilleurs joueurs de 15 ans de chaque région et les invitent à participer à un camp régional. Au bout du compte, les 102 meilleurs talents sont rassemblés au camp estival de l'équipe nationale. Et au terme de ce processus, on choisit 44 joueurs qui seront en lice pour faire partie de l'équipe nationale M-16 la saison suivante.

Même rendu à cette étape, il n'y a rien de garanti pour les joueurs qui accèdent au programme national. Le système demeure très flexible parce que les entraîneurs permanents mesurent les progrès des espoirs nationaux en temps réel, à la grandeur du territoire. De nouveaux joueurs remplacent constamment ceux dont la progression stagne. À la fin de son stage junior, un hockeyeur qui sera parvenu à parcourir la route des Lions au grand complet aura porté le chandail de son équipe nationale pas moins d'une centaine de fois.

Voilà comment un petit pays comme la Finlande a pu se transformer en puissance mondiale du hockey.

À toute épreuve, le blogue de Martin Leclerc.

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